‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 20 sur 124 · A.U ROI HENRI LE GRAND · texte numérisé non relu

A.U ROI HENRI LE GRAND

Mon roi , s'il est ainsi que des choses futures L'école d'Apollon apprend la vérité ,

nouir; renfermeripoxxt se renfermer; Pétrarque à dit de même muover pour muoversi, (Men.)

' Malherbe n'a pas paraphrasé la iindu psaume; il craignait de ne la pouvoir rendre en notre langue, ainsi (|u*il l'a souvent dit à plusieurs personnes qui me l'ont répété (Men.)

Quel ordre merveilleux de belles aventures Va combler de lauriers votre postérité !

Que vos jeunes lions vont amasser de proie, Soit qu*aux rives du Tage ils portent leurs combats , Soit que, de l'Orient mettant Tempire bas, Ils veuiUent rebâtir le$ murailles cte Troie ' !

Ils seront malheureux seulement en un point : C'est que si leur courage à leur fortune joint Avait assujetti Tun et l'autre hémisphère ,

Votre gloire est si grande en la bouche de tous , Que toujours on dira qu'ils ne pouvaient moins (aire , Puisqu'ils avaient l'honneur d'être sortis de vous.

SONNET

pour madame la vicomtesse d'Auchy.

11 n'est rien de si beau comme Caliste est beUe > , Cest une œuvre où nature a fait tous ses efforts; Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors , S'il n'élève à sa gloire une marque étemelle.

La clarté de son teint n'est pas chose mortelle : Le baume est en sa bouche , et les roses dehors; Sa parole et sa voix ^ ressuscitent les morts , Et l'art n'égale point sa douceur naturelle.

La blancheur de sa goi^e éblouit les regards 4 ; Amour est en ses yeux ; il y trempe ses dards , Et la fait reconnaître un miracle visible.

> Allusion à l'ancienne fable qui fait descendre les Français d'un prétendu fils d*Hector, nommé Francus ou Francion.

* Si beau comme est un normanisme.

' Malherbe n*est pas le premier qui ait mis quelque différence entra la'voix et. la parole , et il y en a en effet. (Mén.)

4 Gela est dit hardiment, pour éblouir les yeux. Racine, dans Mithndate, a consacré cet emploi du mot regard:

El mes deralera regards ont tu fuir les Romains. (M en.)

£n ce nombre infini de grâces et d'appas ,

Qu'en dis-tu, ma raison? crois-tu qu'il soit possible

D'avoir du jugement, et ne l'adorer pas ?

SONNET '

fait à Fontaine^Bleau, sur Tabsence de la même.

Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure , Superbes de matière et d'ouvrages divers. Où le plus digne roi qui soit en l'univers Aux miracles de l'art fiait céder la nature :

Beau parc et beaux jardins qui , dans votre clôture. Avez toujours des fleurs et des ombrages verts , Non sans quelque démon qui défend aux hivers D'en effacer jamais l'agréable peinture :

Lieux qui donnez aux cœurs tant d'aimables désirs , Bois , fontaines , canaux , si parmi vos plaisirs Mon humeur est chagrine et mon visage triste ,

Ce n est point qu'en effet vous n'^ayez des appas ; Mais , quoi que vous ayez , vous n'avez point Calisle , Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.

SONNET

à Toccasion de ta goutle dont Henri le Grand fut attaqué au mois de

Janvier 1609.

Quoi donc ! c'est un arrêt qui n'épargne personne , Que rien n'est ici-bas heureux parfaitement , Et qu'on ne peut au monde avoir contentement , Qu'un funeste malheur aussitôt n'empoisonne !

** Aodré Chénier trouve oe sonnet préférable aux autres de Malherbe.

1a santé de mon prince en la guerre était bonne , Il vivait aux combats comme en son élément : Depuis que dans la paix il règne absolument , Tous les jours la douleur quelque atteinte lui donne.

Dieux , à qui nous devons ce miracle des rois , Qui du bruit de sa gloire et de ses justes lois Invite à Tadorer tous les yeux de la terre ,

Puisque seul après vous il est notre soutien , Quelques malheureux fruits que produise la guerre , FTayons jamais la paix , et qu'il se porte bien !

SONNET

Épitaphe du second fils de Henri lY et de Marie de Médieis.

Plus Mars que Mars de la Thrace , Mon père victorieux Aux rois les plus glorieux Ota la première place.

Ma mère vient d'une race Si fertile en demi-dieux , Que son éclat radieux Toutes lumières ef£ace.

Je suis poudre toutefois , Tant la Parque a fait ses lois Égales et nécessaires.

Rien ne m'en a su parer.

Apprenez , âmes vulgaires , A mourir sans murmurer.

144 SONNETS ET ËPIGRAMMES.

SONNET

Ëpitapbe de la femme cle M. Paget, qai fat dans la suite évâque

de Marseille.

( Le mari parle. )

Celle qu'avait Hymen à mon cœur attachée , Et qui fut ici-bas ce que j'aimais le mieux , allant changer la terre à de plus dignes lieux , Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.

Comme tombe une fleur que la bise a séchée ,

Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des deux ; <

Et, depuis le trépas qui lui ferma les yeux,

L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.

Ni prières ni vœux ne m'y purent servir ; La rigueur de la mort se voulut assouvir. Et mon affection n'en put avoir dispense.

Toi dont la piété vient sa tombe honorer. Pleure mon infortune ; et , pour ta récompense , Jamais autre douleur ne te fasse pleurer!

SONNET

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