A.U ROI HENRI LE GRAND
Mon roi , s'il est ainsi que des choses futures L'école d'Apollon apprend la vérité ,
nouir; renfermeripoxxt se renfermer; Pétrarque à dit de même muover pour muoversi, (Men.)
' Malherbe n'a pas paraphrasé la iindu psaume; il craignait de ne la pouvoir rendre en notre langue, ainsi (|u*il l'a souvent dit à plusieurs personnes qui me l'ont répété (Men.)
Quel ordre merveilleux de belles aventures Va combler de lauriers votre postérité !
Que vos jeunes lions vont amasser de proie, Soit qu*aux rives du Tage ils portent leurs combats , Soit que, de l'Orient mettant Tempire bas, Ils veuiUent rebâtir le$ murailles cte Troie ' !
Ils seront malheureux seulement en un point : C'est que si leur courage à leur fortune joint Avait assujetti Tun et l'autre hémisphère ,
Votre gloire est si grande en la bouche de tous , Que toujours on dira qu'ils ne pouvaient moins (aire , Puisqu'ils avaient l'honneur d'être sortis de vous.
SONNET
pour madame la vicomtesse d'Auchy.
11 n'est rien de si beau comme Caliste est beUe > , Cest une œuvre où nature a fait tous ses efforts; Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors , S'il n'élève à sa gloire une marque étemelle.
La clarté de son teint n'est pas chose mortelle : Le baume est en sa bouche , et les roses dehors; Sa parole et sa voix ^ ressuscitent les morts , Et l'art n'égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa goi^e éblouit les regards 4 ; Amour est en ses yeux ; il y trempe ses dards , Et la fait reconnaître un miracle visible.
> Allusion à l'ancienne fable qui fait descendre les Français d'un prétendu fils d*Hector, nommé Francus ou Francion.
* Si beau comme est un normanisme.
' Malherbe n*est pas le premier qui ait mis quelque différence entra la'voix et. la parole , et il y en a en effet. (Mén.)
4 Gela est dit hardiment, pour éblouir les yeux. Racine, dans Mithndate, a consacré cet emploi du mot regard:
El mes deralera regards ont tu fuir les Romains. (M en.)
£n ce nombre infini de grâces et d'appas ,
Qu'en dis-tu, ma raison? crois-tu qu'il soit possible
D'avoir du jugement, et ne l'adorer pas ?
SONNET '
fait à Fontaine^Bleau, sur Tabsence de la même.
Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure , Superbes de matière et d'ouvrages divers. Où le plus digne roi qui soit en l'univers Aux miracles de l'art fiait céder la nature :
Beau parc et beaux jardins qui , dans votre clôture. Avez toujours des fleurs et des ombrages verts , Non sans quelque démon qui défend aux hivers D'en effacer jamais l'agréable peinture :
Lieux qui donnez aux cœurs tant d'aimables désirs , Bois , fontaines , canaux , si parmi vos plaisirs Mon humeur est chagrine et mon visage triste ,
Ce n est point qu'en effet vous n'^ayez des appas ; Mais , quoi que vous ayez , vous n'avez point Calisle , Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.
SONNET
à Toccasion de ta goutle dont Henri le Grand fut attaqué au mois de
Janvier 1609.
Quoi donc ! c'est un arrêt qui n'épargne personne , Que rien n'est ici-bas heureux parfaitement , Et qu'on ne peut au monde avoir contentement , Qu'un funeste malheur aussitôt n'empoisonne !
** Aodré Chénier trouve oe sonnet préférable aux autres de Malherbe.
1a santé de mon prince en la guerre était bonne , Il vivait aux combats comme en son élément : Depuis que dans la paix il règne absolument , Tous les jours la douleur quelque atteinte lui donne.
Dieux , à qui nous devons ce miracle des rois , Qui du bruit de sa gloire et de ses justes lois Invite à Tadorer tous les yeux de la terre ,
Puisque seul après vous il est notre soutien , Quelques malheureux fruits que produise la guerre , FTayons jamais la paix , et qu'il se porte bien !
SONNET
Épitaphe du second fils de Henri lY et de Marie de Médieis.
Plus Mars que Mars de la Thrace , Mon père victorieux Aux rois les plus glorieux Ota la première place.
Ma mère vient d'une race Si fertile en demi-dieux , Que son éclat radieux Toutes lumières ef£ace.
Je suis poudre toutefois , Tant la Parque a fait ses lois Égales et nécessaires.
Rien ne m'en a su parer.
Apprenez , âmes vulgaires , A mourir sans murmurer.
144 SONNETS ET ËPIGRAMMES.
SONNET
Ëpitapbe de la femme cle M. Paget, qai fat dans la suite évâque
de Marseille.
( Le mari parle. )
Celle qu'avait Hymen à mon cœur attachée , Et qui fut ici-bas ce que j'aimais le mieux , allant changer la terre à de plus dignes lieux , Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.
Comme tombe une fleur que la bise a séchée ,
Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des deux ; <
Et, depuis le trépas qui lui ferma les yeux,
L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.
Ni prières ni vœux ne m'y purent servir ; La rigueur de la mort se voulut assouvir. Et mon affection n'en put avoir dispense.
Toi dont la piété vient sa tombe honorer. Pleure mon infortune ; et , pour ta récompense , Jamais autre douleur ne te fasse pleurer!
SONNET