AU ROI LOUIS XUL
Qu'avec une valeur à nulle autre seconde , Et qui seule est fatale à notre guérlson, Votre courage, mûr en sa verte saison, Nous ait acquis la paix sur la terre et sur l'onde ;
Que l'hydre de la France , en révoltes féconde ,
Par vous soit du tout morte ou n'ait plus de poison :
Certes c'est un bonheur dont la juste raison
Promet à votre front la couronne du monde.
Maisqu^en de si beaux faits vous m'ayez pour témoin, Connaissez-le, mon roi, c'est le comble du soiu Que de vous obliger ont eu les destinées.
Tous vous savent louer, mais non également : Les ouvrages communs vivent quelques années ; Ce que Malherbe écrit dure éternellement.
SONNET
pour M. le cardinal de Richelieu, premier ministre d'Ëtat.
1625 ou 1626.
Peuples , çà de Tencens ; peuples , <^ des victimes A ce grand cardinal , grand chef-d'œuvre des cieux, Qui n'a but que la gloire , et n'est ambitieux Que de faire mourir l'insolence des crimes!
A. quoi sont employés tant de soins magnanimes Où son esprit travaille et fait veiller ses yeux , Qu'à tromper les complots de nos séditieux , Et soumettre leur rage aux pouvoirs légitimes ?
Le mérite d'un homme ou savant ou guerrier Trouve sa récompense aux chapeaux de laurier Dont la vanité grecque a donné les exemples :
Le sien , je l'ose dire , est si grand et si haut ,
Que si comme nos dieux il n'a place en nos temples ,
Tout ce qu'on lui peut faire est moins qu'il ne lui faut.
SONNET
sur la mort de son iils
Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle , Ce fils qui fut si brave, et que j'aimai si fort,
Je ne Timpute point à l'injure du sort , Puisque iinir à Thomme est chose naturelle.
Mais que de deux marauds la surprise infidèle Ait terminé ses jours d'une tragique mort ; En cela ma douleur n'a point de réconfort , Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.
O mon Dieu, mon Sauveur, puisque , par la raison Le trouble de mon âme étant sans guérison, Le vœu de la vengeance est un vœu légitime ,
Fais que de ton appui je sois fortifié; Ta justice t'en prie , et les auteurs du crime Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.
SONNET
sur la mort d'ao geotilhomme qui fut assassiné.
Belle âme , aux beaux travaux sans repos adonnée , Si parmi tant de gloire et de contentement Rien te fâche là-bas , c'est l'ennui seulement Qu'un indigne trépas ait clos ta destinée.
Tu penses que d'Ivry la fatale journée, Où ta belle vertu parut si clairement, Avecque plus d'honneur et plus heureusement Aurait de tes beaux jours la carrière bornée.
Toutefois , bel esprit , console ta douleur ; Il faut par la raison adoucir son malheur. Et telle qu'elle vient prendre son aventure.
Il ne se fit jamais un acte si cruel : Mais c'est un témoignage à la race future Qu'on ne t'aurait su vaincre en un juste duel.
SONNETS ET EPIGRAMMES. i 47
sur nademoiselle Marie deBoarbon, fille de François de Bourljon, priQce de CooU, et de Louise-Marguerite de Lorraine, fille de Henri ï, duc de Guise.
N'^lons point cette petite Aux déesses que nous récite L'histoire des siècles passés; Tout cela n'est qu'une chimère.
U faut dire, pour dire assez :
Elle est belle comme sa mère.
ÉPlGRAMMË
«ur la Puc^le d'Orléans , brûlée par les Anglais.
L'ennemi , tous droits violant , Belle amazone , en vous brûlant , Témoigna son âme perfide :
Mais le destin n'eut point de tort; Celle qui vivait comme Alcide Devait mourir comme il est mort.
sur ce que la statue érigée en Phonneur de la Pucelle, sur le pont de la ville d'Orléans , était sans inscription. *
Passants , vous trouvez à redire Qu'on ne voit ici rien gravé De l'acte le plus relevé Que jamais l'histoire ait fait lire :
La raison qui vous doit suffire, C'est qu'en un miracle si haut 11 est meilleur de ne rien dire , Que ne dire pas ce qu'il faut
pour mettre aa-devant des Heures de la vicomtesse d*Aacby.
Tant que vous serez sans amour, Calisle, priez nuit et jour, Vous n'aurez point miséricorde.
Ce n'est pas que Dieu ne soit doux :
Mais pensez-vous qu'il vou« accorde Ce qu'on ne peut avoir de vous ?
8ur le même sujet.
Prier Dieu qu'il vous soit propice Tant que vous me tourmenterez , C'est le prier d'une injustice :
Faites-moi grâce, et vous l'aurez.
imitée de la quaranUème du sixième livre de MarUal.
Jeanne , tandis que tu fus belle , Tu le fus sans comparaison; Anne à cette heure est de saison , Et ne vois rien si beau comme elle.
Je sais que les ans lui mettront
Comme à toi les rides au front , £t feront à sa tresse blonde Même outrage qu'à tes cheveux.
Mais voilà comme va le monde :
Je te voulus , et je la veux.
pour servir d'épitaphe à un grand '
Cet Absynthe au nez de barbet £n ce tombeau fait sa demeure.
Chacun en rit, et moi j'en pleure :
Je le voulais voir au gibet.