D'UNE ODE AU ROI HENRI LE GRAND
sar le même sujet que la précédente.
Soit que, de tes lauriers la grandeur poursuivant, D*un cœur où Tire juste et la gloire commande Tu passes comme un foudrç en la terre flamande, D'Espagnols abattus la campagne pavant;
Soit qu'en sa dernière tête
L'hydre civile t'arrête ;
Roi, que je verrai jouir
De l'empire de la terre.
Laisse le soin de la guerre ,
Et pense à te réjouir.
Nombre tous les succès où ta fatale main , Sous l'appui du bon droit aux batsdlles conduite, De tes peuples mutins la malice a détruite. Par un heur éloigné de tout penser humain. Jamais tu n'as vu journée De si douce destinée ; ISon celle où tu rencontras , Sur la Dordogne eu désordre , L'orgueO à qui tu fis mordre La poussière de Coutras.
Cazaux , ce grand Titan qui se moquait des deux, A vu par le trépas son audace arrêtée ; Et sa rage infidèle , aux étoiles montée. Du plaisir de sa chute a fait rire nos yeux.
' Cette ode a été trouvée incomplète dans les papiers de Malherbe.
Ce dos chargé de pourpre et rayé de clinquants A. dépouillé sa gloire au milieu de la fange ; Les dieux , qu'il ignorait, ayant fait cet échange Pour venger en un jour ses crimes de cinq ans.
La mer, en cette furie ,
A peine a sauvé Dorie > ;
£t le funeste remords
Que fait la peur des supplices
A laissé tous ses complices
Plus morts que s'ils étaient morts.
ODE
A LA REIIŒ MARIE DE MËDICIS, 80B JBA BIENVENUE EN FRANCE,
présentée à Aix, Tannée 1600.
Peuples * , qu'on mette sur la tête
Tout ce que la terre a de fleurs ^ ;
Peuples , que cette belle fête
A jamais tarisse nos pleurs :
Qu'aux deux bouts du monde se voie
Luire le feu de notre joie;
£t soient dans les coupes noyés
■ Charles Doria, introdait dans la place par Cazaux.
> Début noble et beau, dit À. Chénier. Cette répétition du moi petqptes est vive et animée. Toutefois, ajoute-t-il avec raison , cette ode, quoique bien écrite, et pleine d'images el d'expressions heureuses, est un peu froide et vide de choses, comme presque tout ce qu'a fait Malherbe. Au lieu de cet insupportable amas de fastidieuse galanterie, combien n'eût-il pas été préférable de s'étendre sur les louanges de Tillustre famille des Médicis, qui ressuscita les lettres et les arts en Italie, et sur l'influence que la France devait en ressentir par l'arrivée de la Jeune reine , qui venait épouser Henri IV ! Il eût pu faire un tableau noble et vrai de la barl>arieoù était plongée la France jusqu'au règne de François I^'. n II « eût peut-être appris à traiter l'ode de cette manière , s'il eût mieux M la, étudié, compris la langue et le ton de Pindart^ qu'il méprisait « beaucoup, au lieu de chercher à le connaître un peu. »
* Ména^^e fait observer que la reine arriva 4u mois de novembre , et que e*eBt par une licence très-permise en poésie que le poète parle ainsi .
18 LIVRE f.
Les soucis de tous ces orages Que pour nos rebelles courages Les dieux nous avaient envoyés.
A ce coup iront bn fumée Les vœux que faisaient nos mutins £n leur âme , encore affamée De massacres et de butins.
Nos doutes seront éclaircies ; Et mentiront les prophéties De tous ces visages pâlis , Dont le vain étude s'applique A chercher Tan climactérique De rétemelle fleur de lis ^
Aujourd'hui nous est amenée Cette princesse que la foi , D'amour ensemble et d'hyménée Destine au lit de notre roi.
La voici , la belle Marie, Belle merveille d'Étrurie , Qui fait confesser au soleil , Quoi que l'âge passé raconte , Que du ciel , depuis qu'il y monte, Ne vint jamais de pareil.
Telle n'est point la Cythérée , Quand , d'un nouveau feu s'allumant , Elle sort pompeuse et parée Pour la conquête d'un amant :
Telle ne luit en sa carrière Des mois l'inégale courrière :
Et telle dessus i*horizon
< Malherbe, dit Balzac, a eu le premier cette fantaisie de fleurs de lis , à laquelle je ne pus jamais être complaisant. Il me demanda mon suffrage, que je lui refusai dans la liberté de noire conversation; et, bien que je rappelasse mon père, il fut impossible au fils de laisser au père le royaume des fleurs de lis, ni V empire du croissant, attendu que la prose ne doit pas enjamber sur la poésie.
ODf:S. 19
L'Aurore au matin ne s'étale, Quand les yeux même de Cépiiale £n feraient la comparaison.
Uantique sceptre de sa race , Où rheur aux mérites est joint , Lui met le respect en la face ; Mais il ne Tenoi^eiUit point.
P^ulfe vanité ne la touche ; Les grâces parlent par sa bouche; Et son front, témoin assuré Qu'au vice elle est inaccessible , Ne peut que d'un cœur insensible Être vu sans être adoré.
Quantes fois % lorsque sur les ondes Ce nouveau miracle flottait, Neptune en ces caves profondes Plaignait-il le feu qu'il sentait !
£t quantes fois en sa pensée De vives atteintes blessée , Sans rhonneur de la royauté Qui lui fit celer son martyre , £ût-il voulu de son empire Faire échange à cette beauté !
Dix jours , ne pouvant se distraire Du plaisir de la regarder, Il a par un* effort contraire Essayé de la retarder.
Mais à la fin, soit que Faudace Au meiUeur avis ait fait place.
Soit qu'un autre démon plus fort Aux vents ait imposé silence,
' Ménage regrette la perte de ce mot quantes fois, et in vile les poètes a le remettre en usage; le mot combien de fois étant trop languissant pour être employé en vers.
ÎO
Elle est hors de sa violence , Et la voici dans notre port.
I.a voici , peuples , qui nous montre Tout ce que la gloire a de prix ; Les fleurs naissent à sa rencontre Dans les cœurs et dans les esprits :
Et la présence des merveilles Qu'en oyaient dire nos oreilles Accuse la témérité De ceux qui nous l'avaient décrite, D'avoir figuré son mérite • Moindre que n'est la vérité.
O toute-parfaite princesse , L'étonnement de l'univers, Astre par qui vont avoir cesse Nos ténèbres et nos hivers, Exemple sans autres exemples , Future image de nos temples !
Quoi que notre faible pouvoir En votre accueil ose entreprendre , Peut-il espérer de vous rendre Ce que nous vous allons devoir ?
Ce sera vous qui de nos villes Ferez la beauté refleurir, Vous qui de nos haines civiles Ferez la racine mourir; Et par vous la paix assurée N'aura pas la courte durée Qu'espèrent infidèlement, Non lassés de notre souffrance, Ces Français qui n'ont de la France Que la langue et l'habillement.
Par vous un Dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour
De la terre entière le maître, Ou par armes, ouparamoar; Et ne tarderont ses conquêtes, Dans les oracles déjà prêtes, Qu'autant que le premier coton Qui de jeunesse est le message Tardera d'être en son visage, Et de £aire ombre à son menton.
Oh ! combien lors aura de veuves < La gent qui porte le turban !
Que de sang rougira les fleuves Qui lavent les pieds du Liban !
Que le Bosphore en ses deux rives Aura de sultanes captives !
Et que de mères à Memphis, En pleurant, diront la vaillance De son courage et de sa lance , Aux funérailles de leurs fils !
Cependant notre grand Aldde^ Amolli par vos doux appas.
Perdra la fureur qui, sans bride , L'emporte à chercher le trépas :
Et cette valeur indomptée De qui l'honneur est l'Eurysthée » , Puisque rien n*a su l'obliger
* btropbe admirable, pleine de poésie, et dans le vrai goût d'Horace, dit A. Chéoier, qui remarque l'art avec lequel Malherbe crée des expressions poétiques pour rendre des détails géograpliiques. Malherbe, dit Ménage, affectait les rimes neuves, c'est-à-dire, les rimes de mots extraordinaires, comme turi)an, Lit}an, Memphis, Escurial, etc., etc.; et, en effet, elles plaisent par leur nouveauté. Théophile, dans ses poésies, se moque assez plaisamment de certains poètes de son temps qui croyaient avoir bien imité Malherbe, quand ils l'avaient Imité par ces rimes.
' Yers obscur et tourmenté , dit A. Chénier. St.-Marc regarde cette comparaison comme une des plus nobles et des plus heureuses hardiesses qui soient en notre langue. Eurysthée était un roi de Mycënes, qui, voulant faire périr Hercule pour complaire à Junon, l'engagea dans plusieurs actions périlleuses.
n LIVRE I.
A ne nous donner plus d'alarmes , Au moins, pour épargner vos larmes, Aura peur de nous affliger.
Si Fespoir qu'aux bouches des hommes
Nos beaux faits seront récités
Est l'aiguillon par qui nous sommes
Dans les hasards prédpités ;
Lui, de qui la gloire semée
Par les voix de la renommée
En tant de parts s'est fait ouïr
Que tout le siècle en est un livre.
N'est-il pas indigne de vivre,
S'il ne vit pour se réjouir?
Qu'il lui suffise que l'Espagne, Réduite par tant de combats A ne l'oser voir en campagne , A mis l'ire et les armes bas :
Qu'il ne provoque point l'envie Du mauvais sort contre sa vie ; Et puisque , selon son dessein.
Il a rendu nos troubles calmes , S'il veut davantage de palmes, Qu'il les acquière en votre sein.
Cest là qu'il faut qu'à son génie, Seul arbitre de ses plaisirs.
Quoi qu'il demande , il ne dénie Rien qu'imaginent ses désirs :
Cest là qu'il faut que les années Lui coulent comme des journées ' , Et qu'il ait de quoi se vanter Que la douceur qui tout excède N'est point ce que sert Ganymède A la table de Jupiter.
' Deux vers délicieux, dit A. Chénier.
Mais d'aller plus à ces batailles ■ Où tonnent les foudres d'enfer , Et lutter contre des murailles* D'où pleuvent la flamme et le fer, Puisqu'il sait qu'en ses destinées Les nôtres seront terminées, Et qu'après lui notre discord N'aura plus qui dompte sa rage , N'est-ce pas nous rendre an naufrage , Après nous avoir mis à bord ?
Cet Achille de qui la pique Faisait aux braves d'Ilion La terreur que fait en Afrique Aux troupeaux Fassaut d'un lion , Bien que sa mère eût à ses armes Ajouté la force des charmes , Quand les destins l'eurent permis i N'eut-il pas sa trame coup^ De la moins redoutable épée^ Qui fût parmi ses ennemis ?
Les Parques d'une même soie Ne dévident pas tous nos jours , Ni toujours par semblable voie Ne font les planètes leur cours.
Quoi que promette la Fortune , A la fin , quand on l'importune , Ce qu'elle avaitfait prospérer Tombe du ûiîte au précipice ; Et, pour ravoir toujours propice , Il la faut toujours révérer.
* A. ChéDier remarque la beauté de ces images frappantes, de ces expressions neuves, vives et hardies.
> Lutter contre des murailles, est hardi et poétique; d*ou pleuvent la Oammt et le fer, fwpçe\\e]e ferreusimberÔB y irgWe.
» Ménage reproche à Malherbe de faire tuer d'une épee Achille, qui Alt lue d'une flèche; mais ici épée est personnifié et signiiie guerrier, héros. A.-F.D.
Je sais bien que sa Carmagnole ', Devant lui se représentant , Telle qu'une plaintive idole, Va son courroux sollicitant, Et Tinvite à prendre pour elle Une légitime querelle :
Mais doit-il vouloir que pour lui Nous ayons toujours le teint blême, Cependant qu'il tente lui-même Ce qu'il peut faire par autrui?
Si vos yeux sont toute sa braise , Et vous la fin de tous ses voeux.
Peut-il pas languir à son aise En la prison de vos cheveux , Et commettre aux dures corvées Toutes ces âmes relevées Que, d'un conseil ambitieux, La faim de gloire persuade D'aller, sur les pas d'Enoelade* Porter des échelles aux cieux?
Apollon n'a point de mystère, Et sont pro&nes ses chansons Ou , devant que le Sagittaire Deux fois ramène les glaçons , Le succès de leurs entreprises , De qui deux provinces conquises Ont déjà fait preuve , à leur dam , Favorisé de la victoire , Changera la fable en histoire De Phaéton en TÉridan.
« Il s'agit ici de la gaerre de Savoie, commencée en 1600, poar lecoavrer le marquisat de Saluces, dont le duc de Savoie s'était emparé en 1&98, et dont Carmagnole est la capitale. (St.-Marc.)
> Allusion aux montagnes de la Savoie, et à la guerre qu*y faisait alon Henri IV.
Nice , payant avecque hont0 Un siège autrefois repoussé Cessera de nous mettre en compte Barberousse qu'elle a chassé ; Guise s en ses murailles forcées, Remettra les bornes passées Qu'avait notre empire marin ^ ; , £t Soissons^ , fatal aux superbes , Fera chercher parmi les herbes^ £n quelle place fut Turin.
ODE
au spjet de Tattentat commis sur le Pont- Neuf , en la personne de Henri le Grand, le 19 décembre I605 , par ËUenne de Lisle, procureur à Sentis.
Que direz-vous , races futures , Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours ?
Lirez-vous sans rougir de honte Que notre impiété surmonte Les faits les plus audacieux Et les plus dignes du tonnerre
< En 1643, Doria, commandant la flotte de Charles-Quint, fit lever le Siège de Nice, qu'assiégeaient par mer Barberousse, et par terre le duc d'Eogtiien, Tun à la tête des Turcs, Vautre des Français. '
' Charles, duc de Guise.
> Nice appartenait autrefois à la France comme faisant parUe du comté de Provence. (St-Marc.)
* Charles, duc de Soissons, célèbre par sa passion pour Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV.
^ Image forte , rendue par une expression vive et fière , dit A. Chénier. Et de Jérusalem Therbe cache les mars a dit non moins poétiquement Racine.
* On sait que cette ode , dans laquelle Malherbe a mis le plus de cet enthousiasme qui constitue le genre lyrique décida la vocation de la Fontaine pour la poésie.
Qui firent jamais à la terre Sentir la colère des deux ?
0 que nos fortunes prospères Ont un change bien apparent I 0 que du siècle de nos pères Le nôtre s'est fait différent !
La France , devant ces orages, Pleine de mœurs et de courages Qu'on ne pouvait assez louer , S'est faite aujourd'hui si tragique, Qu'elle produit ce que l'Afrique Aurait vergogne d'avouer.
Quelles preuves incomparables Peut donner un prince de soi , Que les rois les plus adorables N'en quittent l'honneur à mon roi ?
Quelle terre n'est parfumée Des odeurs de sa renommée?
Et qui peut nier qu'après Dieu, Sa gloire, qui n*a point d'exemples , N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu ?
Qui ne sait point qu à sa vaillance Il ne se peut rien ajouter , Qu'on reçoit de sa bienveillance Tout ce qu'on en doit souhaiter, Et que si de cette couronne Que sa tige illustre lui donne Les lois ne l'eussent revêtu , Nos peuples d'un juste suffrage Ne pouvaient, sans faire naufrage , Ne Foffrir point à sa vertu!
Toutefois , ingrats que nous sommes.
Barbares et dénaturés
Plus qu'en ce climat où les hommes Par les hommes sont dévorés , Toujours nous assaillons sa tête De quelque nouvelle tempête , £t, d'un courage forcené Rejetant son obéissance , Lui défendons la jouissance Du repos qu'il nous a donné !
La main de cet esprit farouche
Qui, sorti des ombres d'enfer.
D'un coup sanglant frappa sa bouche i,
A peine avait laissé le fer ,
Et voici qu'un autre perfide ,
Où la même audace réside ,
Comme si détruire l'État
Tenait lieu de juste conquête ,
De pareilles armes s'apprête
A faire un pareil attentat !
0 soleil , 6 grand luminaire ^ !
Si jadis l'horreur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin , Et d'un émerveillable change Te couchas aux rives du Gange , D'où vient que ta sévérité , Moindre qu'en la faute d'Atrée , Ne punit point cette contrée D'une étemelle obscurité?
» En 1594 Jean Chatel frappa d'an poignard Henri IV à la lèvre supérieure.
' A. Chénier, qui admire cette strophe , remarque que le troisième et le quatrième vers rendent très-bien une belle image : il n'approuve pas les deux suivants. Ménage avait aussi signalé la faiblesse du mot faute (vers 8), qui dit trop peu pour un crime que le soleil ne put éclairer. Mais, au total, cette apostroptie pathétique et inattendue est regardée par Chénier comme ce qu'il y a de plus lyrique dans tout Malherbe. Les deux strophes suivantes refroidissent ce beau mouvement.
Non , non : tu luis sur le coupable Comme tu fais sur Tinnocent ; Ta nature n'est poiut capable Du trouble qu'une âme ressent :
Tu dois ta flamme à tout le monde ; Et ton allure vagabonde , Comme une servile action Qui dépend d*une autre puissance , N'ayant aucune connaissance , N*a point aussi d'affection.
Mais , ô planète belle et claire , Je ne parle pas sagement; ' Le juste excès de la colère M'a fait perdre le jugement.
Ce traître , quelque frénésie Qui travaillât sa fantaisie , £ut encore assez de raison Pour ne vouloir rien entreprendre , Bel astre, qu'il n'eût vu descendre Ta lumière sous rhorizon*
Au point qu'il écuma sa rage ' , Le dieu de Seine était dehors A regarder croître l'ouvrage Dont ce prince embellit ses bords >.
Il se resserra tout à l'heure Au plus bas lieu de sa demeure ; Et ses Nymphes dessous les eaux , Toutes sans voix et sans haleine.
Pour se cacher furent en peine De trouver assez de roseaux.
■ Suivant Ménage le mot écumer recevait quelquefois alors une signification active.
3 La grande galerie du Louvre. A. Cliénier loue Tidée ingénieuse de faire sortir le dieu de la Seine , pour admirer les bâtiments que le roi faisait construire.
La terreur des choses passées , A leurs yeux se ramentevant , Faisait prévoir à leurs pensées Plus de malheurs qu'auparavant ; £t leur était si peu croyable Qu'eu cet accident effroyable Personne les pût secourir, Que , pour en être dégagées , Le ciel les aurait obligées S'il leur eût permis de mourir.
Revenez , belles fugitives !
De quoi versez-vous tant de pleurs?
Assurez vos âmes craintives ,
Remettez vos chapeaux de fleurs :
Le roi vit; et ce misérable ,
Ce monstre vraiment déplorable,
Qui n'avait jamais éprouvé
Que peut « "un visage d' Alcîd« ,
A commencé le parricide ,
Mais il ne l'a pas achevé.
Pucelles, qu'on se réjouisse »
Mettez-vous l'esprit en repos ; Que cette peur s'évanouisse, Vous la prenez mal à propos :
Le roi vit; et les destinées Lui gardent un nombre d'années Qui fera maudire le sort A ceux dont l'aveugle manie Dresse des plans de tyrannie Pour bâtir quand il sera mort.
O bienheureuse intelligence ,
I Que peat, aa lieu de ce que peut, licence poétique an temps de- MaU herbe.
' Chénier observe avec goût que cette strophe et la précédente auraiont dA être fondues en une. La marche en est raleptie.
Puissance , quiconque tu sois , Dont la fatale diligence ' Préside à Tempire françois !
Toutes ces visibles merveilles De soins , de peines , et de veilles , Qui jamais ne t'ont pu lasser, N'ont-ëïies pas fait une histoire Qu'en la plus ingrate mémoire L'oubli ne saurait effacer ?
Ces archers aux casaques peintes We peuvent pas n'être surpris , Ayant à combattre les feintes De tant d'infidèles esprits.
Leur présence n'est qu'une pompe; Avecque peu d'art on les trompe.
Mais de quelle dextérité Se peut déguiser une audace, Qu'en l'âme aussitôt qu'en la face
Tu n'en lises la vérité ?
Grand démon d'éternelle marque » , Fais qu'il te souvienne toujours Que tous nos maux eu ce monarque Ont leur refuge et leur secours ; Et qu'arrivant l'heure prescrite Que le trépas , qui tout limite , Nous privera de sa valeur , Nous n'avons jamais eu d'alarmes Où nous ayons versé des larmes Pour une semblable douleur.
« Fatal est pris ici dans le sens latin. Racine l'a employé de mémo dans Bajazet :
Prince, Tbeure fatale est enfin arrivée; rbeore fatale, prédite par la destinée.
* Chénier remarque avec raison que toute cette fin de l'ode devient trop longue; défaut commua à presque toutes les odes de Malherbe et ntéme de Rousseau , ajoute-t-il.
Je sais bien que par la justice,
Dont la paix accroît le pouvoir,
Il fait demeurer la malice
Aux bornes de quelque devoir ;
Et que son invincible épée
Sous telle influence est trempée.
Qu'elle met la frayeur partout
Aussitôt qu'on la voit reluire :
Mais quand le malheur nous veut nuire,
De quoi ne vient-il point à bout ?
Soit que l'ardeur de la prière
Le tienne devant un autel ,
Soit que l'honneur à la barrière
L'appelle à débattre un cartel ,
Soit que dans la chambre il médite,
Soit qu'aux bois la chasse l'invite ,
Jamais ne t'écarte si loin ,
Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre
Tu ne sois prêt à le défendre.
Sitôt qu'il en aura besoin.
Garde sa compagne fidèle , Cette reine dont les bontés De notre faiblesse mortelle Tous les défauts ont surmontés.
Fais que jamais rien ne l'ennuie ; Que toute infortune la fuie ; Et qu'aux roses de sa beauté L'âge , par qui tout se consume , Redonne , contre sa coutume , La grâce de la nouveauté.
Serre d'une étreinte si ferme Le nœud de leurs chastes amours , Que la seule mort soit le terme Qui puisse en arrêter le cours.
Bénis les plaisirs de leur couche.
Et fais renaître de leur souche Des scions si beaux et si verts , Que de leurs feuillages sans nombre A jamais ils puissent faire ombre »
Aux peuples de tout Funivers.
Surtout pour leur commune joie Dévide aux ans de leur Dauphin , A longs filets d'or et de soie , Un bonheur qui n'ait point de fin :
Quelques vœux que fasse l'envie , Conserve-leur sa chère vie ; Et tiens par elle ensevelis D'une bonace continue Les aquilons , dont sa venue A garanti les fleurs de lis.
Conduis-le , sous leur assurance , Promptement jusques au somna et De l'indubitable espérance * Que son enfance leur promet ; Et, pour achever leurs journées , Que les oracles ont bornées Dedans le trône impérial , Avant que le ciel les appelle , Fais-leur ouïr cette nouvelle , Qu'il a rasé l'Escurial.
> Métaphore bien suivie et bien exprimée, dit Ménage ;/aî/« ombre, c'est donner protection. "Virgile a dit, dans le même sens :
G qui me gelldis In valllbus Haernl
Sistat, et iogcnti rainorum protegat ambra!
Georg., 1. II , y. 489.
» Les meilleures éditions portent l'indubitable espérance, A. Cfiénier a lu Vinévitable, ainsi qu'on le voit par sa note sur ce passage. « Quatre vers fort beaux. Vinévitable espérance est de la précision la plus heureuse et la plus poétique. »
ODE'