AU ROI HENRI LE GRAND
SOT rbeareax sueoës du voyage de Sedan , entrepris pour réduire le duc de Bouillon , en mars et avril 1606.
Enfin après les tempêtes Nous voici rendus au port ; Enfin nous voyons nos têtes Hors de Finjure du sort :
Nous n'avons rien qui menace De troubler notre bonace ; Et ces matières de pleurs , Massacres , feux et rapines , De leurs funestes épines Ne gâteront plus nos fleurs ^
Nos prières sont ouïes ,
Tout est réconcilié ;
Nos peurs sont évanouies ,
Sedan s'est humilié.
A peine il a vu le foudre
Parti pour le mettre en poudre ,
Que, faisant comparaison
De l'espoir et de la crainte ,
Pour éviter la contrainte
Il s'est mis à la raison.
Qui n'eût cru que ses murailles, Que défendait un lion , Eussent fait des funérailles Plus que n'en fit Ilion ;
Cette ode est Tiine de celles que Malherbe esUmait le plus, dit Ra-
' Expression trop figurée, et d*ailleurs un peu embarrassée, dit Mé* nage. JLe poète veut dire les massacres, les feux , et les rapines, qui sont des matières de pleurs, ne troubleront plus notre Joie par des afflic* tiens.
t can.
Et qu'avant qu'être à la fête De si pénible conquête , Les champs se dissent vêtus Deux fois de robe nouvelle , ■ £tle fer eût en javelle Deux fois les blés abattus ?
Et toutefois, ô merveille!
Mon roi , l'exemple des rois.
Dont la grandeur nonpareille Fait qu'on adore ses lois , Accompagné d'un génie Qui les volontés manie , L'a su tellement presser D'obéir et de se rendre , Qu'il n'a pas eu pour le prendre Loisir de le menacer.
Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux , De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux :
Rien n'est sûr en son rivage :
Ce qu'il trouve, il le ravage , Et, traînant comme buissons Les chênes et leurs racines , Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons :
Tel , et plus épouvantable , S'en allait ce conquérant, A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant.
Son front avait une audace Telle que Mars en la Thraoe; Et les éclairs de ses yeux Étaient comme d'un tonnerre
Qui groude contre la terre , Quand elle a fâché les cieux.
Quelle vaine résistance A son paissant appareil ITeût porté la pénitence Qui suit un mauvais conseil , Et vu sa faute bornée D'une chute infortunée , Comme la rébellion Dont la fameuse folie Fit voir à la Thessalie Olympe sur Pélion ?
Voyez comme en son courage , Quand on se range au devoir, La pitié calme Forage Que rire » a fait émouvoir :
A peine fut réclamée Sa douceur accoutumée, Que , d'un sentiment humain Frappé non moins que de charmes , Il fit la paix , et les armes Lui tombèrent de la main .
Arrière, vaines chimères De haines et de rancœurs!
Soupçons de choses amères , Éloignez-vous de nos cœurs :
Loin, bien loin, tristes pensées , ^ Où nos misères passées Nous avaient ensevelis !
Sous Henri , c'est ne voir goutte, Que de révoquer en doute Le salut des fleurs de lis.
* Malherbe emploie souvent ce mot, qae Mémge frouve beaa, poétique, surtout en parlant des dieux et des rois.
3ô LIVRE I.
O roi qui du rang des hommes
T'exceptes par ta bonté ,
Roi qui de Fâge où nous sommes
Tout le mal as surmonté !
Si tes labeurs , d'où la France
A tiré sa délivrance ,
Sont écrits avecque foi ,
Qui sera si ridicule
Qu'il ne confesse qu'Hercule
Fut moins Hercule que toi ' ?
De combien dé^tragédies , Sans ton assuré secours, Étaient les trames ourdies Pour ensanglanter nos jours !
Et qu'aurait fait l'innocence, Si l'outrageuse licence , De qui le souverain bien Est d'opprimer et de nuire , N'eût trouvé pour la détruire Un bras fort comme le tien?
Mon roi , connais ta puissance ,
Elle est capable de tout ;
Tes desseins n'ont pas naissance ,
Qu'on en voit déjà le bout ;
Et la Fortune, amoureuse
De la vertu généreuse ,
Trouve de si doux appas
A te servir et te plaire ,
Que c'est la mettre en colère #
Que de ne l'employer pas.
Use de sa bienveillance.
Et lui donne ce plaisir
I Je De condamne pas les belles figures ; Je dis seulement qu'elles ne sont plus à mon usage. (Baleag, EntreL xxxi.)
Qu*elle suive ta vaillance A quelque nouveau désir.
Où que * tes bannières aillent , Quoi que tes armes assaillent , Il n'est orgueil endurci Que , brisé comme du verre , A tes pieds elle n'atterre , S'il n'implore ta merci..
Je sais bien que les orades Prédisent tous qu'à ton fils Sont réservés les miracles " De la prise de Memphis ; Et que c'est lui dont l'épée Au sang barbare trempée , Quelque jour apparaissant A la Grèce qui soupire , Fera décroître l'empire De l'infidèle croissant.
Mais tandis que les années Pas à pas font avancer L'âge où de ses destinées La gloire doit commencer, Que £sds-tu , que d'une armée A te venger animée, Tu ne mets dans le tombeau Ces voisins dont les pratiques De nos rages domestiques Ont allumé le flambeau ?
Quoique les Alpes cbenues Les couvrent de toutes parts ,
■ Blénage a condamné, comme proirincialef cette façon de parier, qui était encore d*an fréquent usage du temps de Corneille J.-J. Rousseau et Buffon ont essayé de la faire revivre. Les locutions par lesquelles on la remplace sont diffuses et prosaïques. Nos pofites moderoes auraient dû 8*efforcer de rétablir ces anciens gallicismes.
MALOERBE. 4
£t fassent monter aux nues Leurs effroyables remparts ; Alors que de ton passage On leur fera le message y Qui verront-elles venir, £nioyé sous tes auspices , Qu'aussitôt leurs prédpioes Ne se laissent aplanir ?
Crois-moi , contente Fenvie Qu*ont tant déjeunes guerriers D'aller exposa leur vie Pour t'aoquérir des lauriers ; Et ne tiens point otieuses ' Ces âmes ambitieuses Qui , jusques où le matin Met les étoiles en fuite , Oseront sous ta conduite Aller quérir du butin.
Déjà le Tésin tout morne Consulte de se cacher.
Voulant garantir la corne * Que tu lui dois arracher :
Et le Pô , tombe certaine De l'audace trop hautaine.
Tenant baissé le menton Dans sa caverne profonde , S'apprête à voir en son onde Choir un autre Phaéton.
Va , monarque magnanime ; Souffre à ta juste douleur
I C'est le mot latin otionu francisé. Il est tombé en désuétude : oiseux, oiêij l'ont remplacé.
> Les poètes ont donné des cornes aux fleuves, et les ont peints en taureaux. Ménage dit que c*est parce que leurs bras, appelés cornes par les anciens, ont quelque ressemblance avec elles.
Qu*en leurs rives elle imprime Les marques de ta valeur :
L*astxe dont la course ronde Tous les jours voit tout le monde !N'aura point achevé Tan , Que tes conquêtes ne rasent Tout le Piémont , et n'écrasent La couleuvre de Milan > .
Ce sera là que ma lyre , Faisant son dernier effort, Entreprendra de mieux dire Qu'un cygne près de sa mort ; £t, se rendant favorable Ton oreille incomparable , Te forcera d'avouer Qu'en l'aise de la victoire Rien n'est si doux que la gloire De se voir si bien louer.
11 ne faut pas que tu penses
Trouver de l'éternité
En ces pompeuses dépenses
Qu'invente la vanité ;
Tous ces chefs-d' œuvres antiques
Ont à peine leurs reliques * :
* AUiuioD aux armes du ducbé de Milan, où était peinte une oou< leavre dévorant un enfant.
* Racine a employé plusieurs fois le mot reliques ^ qui est beau et sonore, surtout comparé à celui de restes qui le remplace souvent en prose. On a reproché , et surtout dans ces derniers temps , à Malherbe d'avoir étâ réformateur trop timide, et d'avoir appauvri un peu la langue. Mais pourquoi ne pas remettre en honneur les mots et les locutions quIL avait conservés, et que notre délicatesse, ou plutôt notre incurie.', a laissés tomber en désuétude? Dans cette seule ode , sans parler des locutions, ellipses , et inversions * que nos poêles n'oseraient plus se per-
* Telles que celles-ci :
Et les éclairs de ses yeux Étaient comme d'un tonnerre ,
pour comme ceux d'un tonnerre.
Que fais-tu, que, d'une armée >
Par les Muses seulement L'homme est exempt de la Parque; Et ce qui porte leur marque Demeure éternellement.
Par elles traçant Fhistoire De tes faits laborieux , Je défendrai ta mémoire Du trépas injurieux ; Et, quelque assaut que te fasse L'oubli , par qui tout s'effoee , Ta louange , dans mes vers D'amarante > couronnée, rTaura sa fin terminée Qu*en celle de l'univers.
ODE