PRÉFACE
Loin de me piquer de ne devoir rien qu'à moi-même , j'ai toujours eru , avec Longin , que l'un des plus sûrs chemins pour arriver aa anblime était Timitation des écrivains illustres qui ont vécu avant nous, puisqu'en effet rien n'est si propre à nous âever Tftme , et à la remplir de cette chaleur qui produit les grandes choses , que radmiration dont nous nous sentons saisis à la vue des ouvrages de ces grands hommes. C'est pourquoi , si je n'ai pas réussi dans les odes que j'ai tirées de David , je ne dois en accuser que la faiblesse de mon génie ; car je suis obligé d'avouer que si j'ai jamais senti ce que c'est qu'enthousiasme , c'a été principalement en travaillant à ces mftoies cantiques que je donne ici à la tète de mes ouvrages.
Je leur ai donné le titre d'odes, à l'exemple de Racan, celui de traduction ne me paraissant pas convenir à une imitation aussi libre que la mienne , qui , d'un autre côté , ne s'écarte pas assez de son orîgiualpour mériter le nom de paraphrase. Et d'ailleurs, si on a de l'ode l'idée qu'on en doit avoir, et si on la considère , non pas conune un assemblage de jolies pensées rédigées par chapitres , mais conune le véritable champ du sublime et du pathétique , qui sont les deux grands ressorts de la poésie , il faut convenir que nul ouvrage ne mérite si bien le nom d'odes que les psaumes de David : car où peut-on trouver ailleurs rien de plus divin , ni où l'inspiration se fasse mieux sentir ; rien , dis-je , de plus propre à enlever l'esprit et en même temps à remuer le cœur? Quelle abondance d'images! quelle variété de figures! quelle hauteur d'expression! quelle foule de grandes choses, dites, s'il se peut, d'une manière encore plus grande! Ce n'est donc pas sans raison que tous les hommes ont admiré ces précieux restes de l'antiquité profane, où on entrevoit quelques traits de cette lumière et de cette majesté qui éclatent dans les cantiques sacrés; et,
< Cette préface n'est qu'un extrait de celle qui se trouve à la tète des œuvres complètes de J.*B. Rousseau. Elle Justifie et semblait devoir fixer le choix que nous avons adopté dans ce recueil. Notre étonnement est que Jusqu'ici l'on n'ait point admis dans les œuvres choisies de J.-B. Rousseau ses cantates, où le poète semble surtout avoir pris plaisir à étaler avec profusion toute la richesse et le brillant de la poésie. « Ses cantates, dit la Harpe, sont des morceaux achevés : c'est un genre de poésie dont il a fait présent à notre langue, et dans lequel il n'a ni modèle ni imitateur. » --Dans ses cantates , a dit avec autant d'élégance que de vérité l'un de nos meilleurs critiques (M. Géruzez), ta musique de la poésie n'a Jamais été portée plus loin.