‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 45 sur 124 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

quelques beaux raisonnements qu'on puisse étaler, on ne détruira pas cette admiration tant qu'on n'aura à leur opposer que des amplifications de collège , jetées toutes , pour ainsi dire , dans le même moide , et où tout se ressemble , parce que tout y est dit du même ton et exprimé de la même manière ; semblables à ces figures qui ont un nom particulier parmi les peintres, et qui, n'étant touchées qu'avec une seule couleur, ne peuvent jamais avoir une véritable beauté, parce que l'âme de la peinture leur manque , je veux dire le coloris.

Je me suis attaché sur toutes choses à éviter cette monotonie dans mes odes du second livre , que j'ai variées à l'exemple d'Horace , sur lequel j'ai tâché de me former, comme lui-même s'était formé sur les anciens lyriques. Ce second livre est suivi d'une autre espèce d'odes toute nouvelle parmi nous, mais dont il serait aisé de trouver des exemples dans l'antiquité. Les Italiens les nomment cantates, parce qu'elles sont particulièrement affectées au chant : Us ont coutume de les partager en trois récits , coupés par autant d'airs de mouvement ; ce qui les oblige à diversifier les mesures de leurs strophes, dont les vers sont tantôt plus longs et tantôt plus courts , comme dans les choeurs des anciennes tragédies et dans la plupart des odes de Pindare. J'avais entendu quelques-unes de ces cantates; et cela me donna envie d'essayer si on ne pourrait point , à l'imitation des Grecs , réconcilier l'ode avec le chant : mais comme je n'avais point d'autre modèle que les Italiens , à qui il arrive souvent , aussi bien qu'à nous autres Français, de sacrifier la raison à la commodité des musiciens , je m'ap^çus, après en avoir fait quelques-unes, que je perdais du cdié des vers ce que je gagnais du côté de la musique , et que je ne ferais rien qui vaille tant que je me contenterais d'entasser de vaines phrases poétiques les unes sur les autres, sans dessein ni liaison; c'est ce qui me fit venir la pensée de donner une forme à ces petits poèmes, en les renfermant dans une allégorie exacte dont les récits fissent le corps, et les airs chantants l'âme ou l'application. Je choisis parmi les fables anciennes celles que je crus les plus propres à mon dessein ; car toute l'histoire fobuleuse n'est pas propre à être allégoriée : et cette manière me réussit assez pour donner envie à plusieurs auteurs de travailler sur le même plan. De savoir si ce plan est le meilleur que j'eusse pu choisir, c'est ce qu'U ne me convient pas de décider, parce qu'en matière de nouveautés rien n'est si trompeur qu'une première vogue, et qu'il n'y a jamais que le temps qui puisse apprécier leur mérite et les réduire à leur juste valeur.

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