‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 46 sur 124 · TIRÉE DU PSAUME XIV · texte numérisé non relu

TIRÉE DU PSAUME XIV

Caractère de Tbomme juste.

Seigneur , dans ta gloire adorable Quel mortel est digne d'entrer ?

Qui pourra, grand Dieu, pénétrer Ce sanctuaire impénétrable Ou tes saints inclinés, d'un œU respectueux, Contemplent de toû front l'éclat majestueux?

Ce sera celui qui du vice

Évite le sentier impur ;

Qui marche d'un pas ferme et sûr

Dans le chemin de la justice; Attentif et fidèle à.distinguer sa voix , Intrépide et sévère à maintenir ses lois.

Ce sera celui dont la bouche Rend hommage à la vérité; Qui , sous un air d'humanité , Ne cache point un cœur farouche ; Et qui, par des discours faux et calomnieux , Jamais à la vertu n'a fait baisser les yeux :

Celui devant qui le superbe , Enflé d'une vaine splendeur, Paraît plus bas , dans sa grandeur, Que l'insecte caché sous l'herbe; Qui, bravant du méchant le faste couronné, Honore la vertu du juste infortuné :

Celui , dis-je, dont les promesses

SoDt un gage toujours certain :

Celui qui d*un infâme gain

Ne sait point grossir ses richesses :

Celui qui, sur les dons du coupable puissant , N^a jamais décidé du sort de l'innocent.

Qui marchera dans cette voie ,

Comblé d'un éternel bonheur,

Un jour, des élus du Seigneur

Partagera la sainte joie; Et les frémissements de l'enfer irrité Ne pourront faire obstacle à sa félicité.

ODE II

TIRÉE DU PSAUME XVni.

Mouvements d'une âme qui s'élève à la connaissanoe de Dieu par la

contemplation de ses ouvrages.

Les deux instruisent la terre A révérer leur auteur :

Tout ce que leur globe enserre Célèbre un Dieu créateur.

Quel plus sublime'cantique Que ce concert magnlGque De tous les célestes corps ?

Quelle grandeur infinie !

Quelle divine harmonie Résulte de leurs accords !

De sa puissance immortelle

Tout parle , tout nous instruit ;

Le jour au jour la révèle ,

La nuit l'annonce à la nuit.

Ce grand et superbe ouvrage

N'est point pour T homme un langage

Obscur et mystérieux :

Son admirable structure Est la Yoix de la nature , Qui se fait entendre aux yeux.

Dans une éclatante voûte Il a placé de ses mains Ce soleil qui dans sa route Éclaire tous les humains.

Environné de lumière , Il entre dans sa carrière Comme un époux glorieux Qui , dès Faube matinale , De sa couche nuptiale Sort brillant et radieux.

L'univers , à sa présence ^ Semble sortir du néant.

Il prend sa course , il s'avance Comme un superbe géant.

Bientôt sa marche féconde Embrasse le tour du monde Dans le cercle qu'il décrit ; Et, par sa chaleur puissante , La nature languissante Se ranime et se nourrit.

O que tes œuvres sont belles , Grand Dieu! quels sont tes bienfaits!

Que ceux qui te sont fidèles Sous ton joug trouvent d'attraits !

Ta crainte inspire la joie ; Elle assure notre voie ; EUe nous rend triomphants :

Elle éclaire la jeunesse , Et fait briller la sagesse Dans les plus faibles enfants.

Soutiens ma foi chancdaiite , Dieu puissant ; inspire-moi Cette crainte vigilante Qui fait pratiquer ta loi.

Loi sainte, loi désirable, Ta richesse est préférable A la ridiesse de l'or; Et ta douceur est pareille Au miel dont la jeune abeille Compose son cher trésor.

Mais , sans tes clartés sacrées , Qui peut connaître , Seigneur, Les faiblesses égarées Dans les replis de son cœur?

Prête-moi tes feux propices :

Viens m'aider à fuir les vices Qui s'attachent à mes pas :

Viens consumer par ta flamme Ceux que je vois dans mon âme , Et ceux que je n'y vois pas.

Si de leur triste esclavage Tu viens dégager mes sens , Si tu détruis leur ouvrage , Mes jours seront innocents .

rirai puiser sur ta trace Dans les sources de ta grâce :

Et , de ses eaux abreuvé , Ma gloire fera connaître Que le Dieu qui m'a fait naître Est le Dieu qui m'a sauvé.

ODE III

TIR£E DU PSAUME XLVIIl.

Sur rayeaglemeot des hommeB da siècle.

Qu'aux accents de ma Yoix la terre se réveille : Rois , soyez attentifis ; peuples , ouvrez Toreille : Que l'univers se taise , et m'écoute parler. Mes chants vont seconder les accords de ma lyre : L'esprit saint me pénètre ; il m'échauffe, et m'inspire Les grandes vérités que je vais révéler.

L'homme «n sa propre force a mis-sa confiance ; Ivre de ses grandeurs et de son opulence, L'éclat de sa fortune enfle sa vanité.

Mais , ô moment terrible , ô jour épouvantable, Où la mort saisira ce fortuné coupable , Tout chargé des liens de son iniquité!

Que deviendront alors , répondez , grands du monde , Que deviendront ces biens où votre espoir se fonde. Et dont vous étalez l'orgueilleuse moisson? Sujets , amis , parents , tout deviendra stérile ; Et, dans ce jour fatal , l'homme à l'homme inutile Ne paiera point à Dieu le prix de sa rançon.

Vous avez vu tomber les plus illustres têtes ; Et vous pourriez encore , insensés que vous êtes , f ghorer le tribut que Ton doit à la mort ? Non , non , tout doit franchir ce terrible passage : Le riche et l'indigent , l'imprudent et le sage , Sujets à même loi , subissent même sort.

D'avides étrangers , transportés d'alégresse , Engloutissent déjà toute cette richesse , Ces terres , ces palais de vos noms ennoblis. Et que vous reste-t-il en ces moments suprêmes ?

Un sépulcre funèbre , où vos noms , où Yous-mémes Dans réternelle nuit serez ensevelis.

Les hommes , éblouis de leurs honneurs frivoles , Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles , Ont de ces vérités perdu le souvenir : Pareils aux animaux farouches et stupides , Les lois de leur instinct sont leurs uniques guides , Et pour eux le présent paraît sans avenir.

Un précipice afâreux devant eux se présente ; Mais toujours leur raison , soumise et complaisante , Aq-devant de leurs yeux met un voile imposteur. Sous leurs pas cependant s'ouvrent les noirs abîmes , Où la cruelle mort , les prenant pour victimes , Frappe ces vils troupeaux , dont elle est le pasteur.

Là s'anéantiront ces titres magnifiques , Ce pouvoir usurpé , ces ressorts politiques , Dont le juste autrefois sentit le poids fatal : Ce qui fit leur bonheur deviendra leur torture ; Et Dieu , de sa justice apaisant le murmure , Livrera ces méchants au pouvoir infernal.

Justes , ne craignez point le vain pouvoir des hommes ; Quelque élevés qu'ils soient , ils sont ce que nous sommes : Si vous êtes mortels , ils le sont comme vous. Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères, Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères ; Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous.

ODE IV

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