‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 50 sur 124 · TIRÉE DU PSAUME LXXII · texte numérisé non relu

TIRÉE DU PSAUME LXXII

loquiétades de Pâme sar les voies de la Providence.

Que la simplicité d'une vertu paisible

Est sâre d'être heureuse en suivant le Seigneur!

DessiUez-vous, mes yeux ; coDSole-toi , mon oœur : Les voiles sont levés : sa conduite est visible Sur le juste et sur le pécheur.

Pardonne, Dieu puissant, pardonne à ma faiblesse : A l'aspect des méchants , confus , épouvanté , Le trouble m'a saisi, mes pas ont hésité : Mon zèle m'a trahi , Seigneur, je le confesse , En voyant leur prospérité.

Cette mer d'abondance où leur âme se noie Ne craint ni les écueils ni les vents rigoureux : Ils ne partagent point nos fléaux douloureux ; Ils marchent sur les fleurs , ils nagent dans la joie ; Le sort n'ose changer pour eux.

Voilà donc d'où leur vient cette audace intrépide Qui na jamais connu craintes ni repentirs! Enveloppés d'orgueil» engraissés de plaisirs, Enivrés de bonheur, ils ne prennent pour guides Que leurs plus insensés désirs.

Leur bouche ne vomit qu'injures , que blasphèmes , Et leur cœur ne nourrit que pensers vicieux : Us affrontent la terre , ils attaquent les cieux , Et n'élèvent leur voix que pour vanter eux-mêmes liCurs forfaits les plus odieux.

De là , je l'avouerai , naissait ma défiance. Si sur tous les mortels Dieu tient les yeux ouverts , Comment , sans les punir, voit-il ces coeurs- pervers ? Et , s'il ne les voit point, comment peut sa science Embrasser tout cet univers ?

Tandis qu'un peuple entier les suit et les adore , Prêt à sacrifier ses jours mêmes aux leurs , Accablé de mépris , consumé de douleurs , Je n'ouvre plus mes yeux aux rayons de l'aurore , Que pour ^re place à mes pleurs.

Ah ! c'est donc vainement qu'à ces âmes parjures Pai toujours refusé l'encens que je te doi I Cest donc en vain , Seigneur, que , m'attachant à toi , Je n*ai jamais lavé mes mains simples et pures Qu'avec ceux qui suivent ta loi !

C'était en ces discours que s'exhalait ma plainte : Mais , ô coupable erreur ! ô transports indiscrets ! Quand je parlais ainsi , j'ignorais tes secrets ; Poffensais tes élus , et je portais atteinte A l'équité de tes décrets.

Je croyais pénétrer tes jugements augustes , Mais , grand Dieu , mes efforts ont toujours été vains , Jusqu'à ce qu'éclairé du flambeau de tes saints, J'ai reconnu la fin qu'à ces hommes injustes Réservent tes puissantes mains.

J'ai vu que leurs honneurs , leur gloire , leur richesse ; Ne sont que des filets tendus à leur orgueil ; Que le port n'est pour eux qu'un véritable écueil ; Et que ces lits pompeux où s'endort leur mollesse Ne couvrent qu'un af&eux cercueil.

Comment tant de grandeur s'est-elle évanouie ? Qu'est devenu l'éclat de ce vaste appareil ? Quoi ! leur clarté s'éteint aux clartés du soleil ! Dans un sommeil profond ils ont passé leur vie ; £t la mort a fait leur réveil.

Insensé que j'étais de ne pas voir leur chute Dans l'abus criminel de tes dons tout-puissants ! De ma faible raison j'écoutais les accents; Et ma raison n'était que l'instinct d'une brute , Qui ne juge que par les sens.

Cependant , 6 mon Dieu , soutenu de ta grâce , Conduit par ta lumière , appuyé sur ton bras , J'ai conservé ma foi dans ces rudes combats :

Mes pieds ont chancelé ; mais enfin de ta trace Je n'ai point écarté mes pas.

Puis-je assez exalter l'adorable clémence Du Dieu qui m'a sauvé d'un si mortel danger? Sa main contre moi-même a su me protéger ; Et son divin amour m'offire un bonlieur immense Pour un mal faible et passager.

Que me reste-t-il donc à chérir sur la terre? Et qu'ai-je à désirer au céleste séjour ? La nuit qui me couvrait cède aux clartés du jour : Mon esprit ni mes sens ne me font plus la guerre ; Tout est absorbé par l'amour.

Car enfin , je le vois , le bras de sa justice , Quoique lent à frapper, se tient toujours levé Sur ces hommes charnels dont l'esprit dépravé Ose à de faux objets offrir le sacrifice

D'un cœur pour lui seul réservé.

Laissons-les s'abîmer sous leurs propres ruines. Ne plaçons qu'en Dieu seul nos vœux et notre espoir : Faisons-nous de l'aimer un éternel devoir; Et publions partout les merveilles divines De son infaillible pouvoir.

ODE VIII

TIRÉE DU PSAUME LXXV, Br APPLIQUÉE À LA DERNIÈRE GUERRE DES TURCS.

Quelle est la véritable reconnaissance que Dieu exige des hommes.

Le Seigneur est connu dans nos climats paisibles : Il habite avec nous ; et ses secours visibles Ont de son peuple heureux prévenu les souhaits. Ce Dieu , de ses faveurs nous comblant à toute heure ,

A fait de sa demeure

La demeure de paix.

Du haut de la montagne où sa grandeur réside , Il a brisé la lance et Tépée homicide Sur qui l'impiété fondait son ferme appui. Le sang des étrangers a fait fumer la terre ;

£t le feu de la guerre

S'est éteint devant lui.

Une affreuse clarté dans les airs répandue A jeté la frayeur dans leur troupe éperdue : Par l'effiroi de la mort ils se sont dissipés ; Et l'éclat foudroyant des lumières célestes

A dispersé leurs restes

Aux glaives échappés.

Insensés , qui , remplis d'une vapeur légère , Ne prenez pour conseil qu'une ombre mensongère Qui vous peint des trésors chimériques et vains , Le réveil suit de près vos trompeuses ivresses ;

Et toutes vos richesses

S'écoulent de vos mains.

L'ambition guidait vos escadrons rapides ; Vous dévoriez déjà , dans vos courses avides , Toutes les r^ous qu'éclaire le soleil : Mais le Seigneur se lève ; il parle , et sa menace

Convertit votre audace

En un morne sommeil.

O Dieu , que ton pouvoir est grand et redoutable ! Qui pourra se cacher au trait inévitable Dont tu poursuis l'impie au jour de ta fureur ? A punir les méchants ta colère fidèle

Fait marcher devant elle

La mort et la terreur.

Contre ces inhumains tes jugements augustes S'élèvent pour sauver les humbles et les justes Dont le cœur devant toi s'abaisse avec respect. Ta justice parait , de feux étincelante ;

£t la terre tremblante S'arrête à ton aspect.

Mais ceux pour qui ton bras opère ces miracles M'en cueilleront le fruit qu'en suivaat tes oracles , En bénissant ton nom , en pratiquant ta loi. Quel encens est plus pur qu'un si saint exercice !

Quel autre sacrifice

Serait digne de toi!

Ce sont là les présents , grand Dieu , que tu demandes. Peuples, ce ne sont point vos pompeuses offirandes Qui le peuvent payer de ses dons immortels : C'est par une humble foi , c'est par un amour tendre ,

Que l'homme peut prétendre

D'honorer ses autels.

Venez donc adorer le Dieu saint et terrible Qui vous a délivrés par sa force invincible Du joug que vous avez redouté tant de fois , Qui d'un soufQe détruit l'orgueilleuse licence ,

Relève l'innocence ,

Et terrasse les rois.

ODE IX

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