‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 51 sur 124 · TIRÉE DU PSAUME XC · texte numérisé non relu

TIRÉE DU PSAUME XC

Que rien ne peut troubler la tranquillité de ceux t|ui s'assurent on

Dieu.

Celui qui mettra sa vie Sous la garde du Très-Haut Repoussera de l'envie Le plus dangereux assaut.

Il dira :*Dieu redoutable , C'est dans ta force indomptable Que mon espoir est remis :

Mes jours sont ta propre cause ;

Et c*est toi seul que j'oppose Ames jaloux ennemis.

Pour moi , dans ce seul asile , Par ses secours tout-puissants , Je brave l'orgueil stérile De mes rivaux frémissants.

En vain leur fureur m'assiège :

Sa justice rompt le piège De ces chasseurs obstinés ; Elle confond leur adresse , Et garantit ma faiblesse De leurs.dards empoisonnés.

O toi que ces cœurs féroces Comblent de crainte et d'ennui , Contre leurs complots atroces Ne cherche point d'autre appui.

Que sa vérifé propice Soit contre leur artifice Ton plus invincible mur ; Que son aile tutélaire Contre leur âpre colère Soit ton rempart le plus sûr.

Ainsi, méprisant l'atteinte De leurs traits les plus perçants , Du froid poison de la crainte Tu verras tes jours exempts ; Soit que le jour sur la terre Vienne éclairer de la guerre Les implacables fureurs; Ou soit que la nuit obscure Répande dans la nat&e Ses ténébreuses horreurs.

Quels effroyables abîmes S'entr'ouvrent autour de moi!

Quel déluge de vietimes S'offîre à mes yeux pleins d'ef&oi !

Quelle épouvantable image De morts , de sang , de carnage , Frappe mes regards tremblants !

£t quels glaives invisibles Percent de coups si terribles Ces corps pâles et sanglants ?

Mon cœur, sois en assurance , Dieu se souvient de ta foi ; Les fléaux de sa vengeance N'approcheront point de toi :

Le juste est invulnérable :

De son bonheur immuable Les anges sont les garants ; Et toujours leurs mains propices A travers les précipices * Conduisent ses pas errants.

Dans les routes ambiguës Du bois le moins fréquenté , Parmi les ronces aiguës Il chemine en liberté; Nul obstacle ne l'arrête :

Ses pieds écrasent la tête Du dragon et de l'aspic; Il affronte avec courage La dent du lion sauvage Et les yeux du basilic.

Si quelques vaines faiblesses Troublent ses jours triomphants Il se souvient des promesses Que Dieu fait à ses enfants.

A celui qui m'est fidèle , Dit la Sagesse éternelle ,

J'assurerai mes secours ; Je rafifermirai sa vole, Et dans des torrents de joie Je ferai couler ses jours.

Dans ses fortunes diverses Je viendrai toujours à lui ; Je serai dans ses traverses Son inséparable appui :

Je le comblerai d'années Paisibles et fortunées ; Je bénirai ses desseins :

Il vivra dans ma mémoire, Et partagera la gloire Que je réserve à mes saints.

ODE X

TIBfiE DU PSAUME XGIU.

Que la Jostioe divine est présente à toutes nos acUons.

Paraissez , roi des rois ; venez , juge suprême ,

Faire éclater votre courroux

Contre Forgueil et le blasphème

De l'impie armé contre tous.

Le Dieu de l'univers est le Dieu des vengeances : Le pouvoir et le droit de punir les offenses

N'appartient qu'à ce Dieu jaloux.

Jusques à quand, Seigneur, souf&urez-vous l'ivresse

De ces superbes criminels

De qui la malice transgresse

Vos ordres les plus solennels , *

Et dont rimpiété barbare et tyrannique - Au crime ajoute encor le mépris ironique De vos préceptes étemels?

Us ont sur votre peuple exercé leur furie ;

Ils n*ont pensé qu'à Taflfliger :

Ils ont semé dans leor patrie

L'horreur, le trouble et le danger :

Ils ont de l'orphelin envahi l'héritage; Et leur main sanguinaire a déployé sa rage

Sur la veuve et sur l'étranger.

Ne songeons , ont-ils dit , quelque prix qu'il en coûte , Qu'à nous ménager d'heureux jours :

Du haut de la céleste voûte Dieu n'entendra pas nos discours :

Nos offenses par lui ne seront point punies ;

Il ne les verra point , et de nos tyrannies Il n'arrêtera pas le cours.

Quel charme vous séduit, quel démon vous conseiUe,

Hommes imbéciles et fous?

Celui qui forma votre oreille

Sera sans oreilles pour vous!

Celui qui fit vos yeux ne verra point vos crimes ! Et celui qui punit les rois les plus sublimes

Pour vous seuls retiendra ses coups !

Il voit 9 n'en doutez plus , il entend toute chose :

Il lit jusqu'au fond de vos coeurs.

L'artifice en vain se propose

D'éluder ses arrêts vengeurs; Rien n'échappe aux regards de ce juge sévère : Le repentir lui seul peut calmer sa colère,

Et fléchir ses justes rigueurs.

Ouvrez , ouvrez les yeux, et laissez- vous conduire

Aux divins rayons de sa foi.

Heureux celui qu'il daigne instruife

Dans la science de sa loi I C est l'asile du juste , et la simple innocence Y trouve son repos, tandis que la licence

N'y trouve qu'un sujet d'effroi.

Qui me garantira des assauts de Tenvie?

Sa fureur n'a pu s'attendrir.

Si vous n'aviez sauvé ma vie ,

Grand Dieu , j'étais près de périr.

Je vous ai dit : Seigneur, ma mort est infaillible ; Je succombe. Aussitôt votre bras invincible

S'est armé pour me secourir.

Non , non, c'est vainement qu'une main sacrilège

Contre moi décoche ses traits;

Votre trône n'est point un siège

Souillé par d'injustes décrets :

Vous ne ressemblez point à ces rois implacables Qui ne font exercer leurs lois impraticables

Que pour accabler leurs sujets.

Toujours à vos élus l'envieuse malice

Tendra ses filets captieux :

Mais toujours votre loi propice

Confondra les audacieux.

Vous anéantirez ceux qui nous font la guerre ; Et si l'impiété nous juge sur la terre ,

Vous la jugerez dans les cieux.

ODE XI

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