‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 52 sur 124 · TIRÉE DU PSAUME XCVI , ET APPLIQUÉE ÂO JUGEMENT DERNIBR · texte numérisé non relu

TIRÉE DU PSAUME XCVI , ET APPLIQUÉE ÂO JUGEMENT DERNIBR

Miaëre des réprouvés. Félicité des élus.

Peuples , élevez vos concerts ; Poussez des cris de joie et des chants de victoire ;

Voici le roi de l'univers Qui vient faire éclater son triomphe et sa gloire.

La justice et la vérité Servent de fondements à son trône terrible ; Une profonde obscurité

Aux regards des humains le rend inaccessible.

Les éclairs , les feux dévorants , Font luire devant lui leur flamme étinceiante ;

Et ses ennemis expirants Tombent de toutes parts sous sa foudre brûlante.

Pleine d^horreur et de respect, La terre a tressailli sur ses voûtes brisées :

Les monts , fondus à son aspect ' , S'écoulent dans le sein des ondes embrasées.

De ses jugements redoutés La trompette cékste a porté le message ;

£t dans les airs épouvantés En ces terribles mots sa voix s'ouvre un passage :

Soyez à jamais confondus.

Adorateurs impurs de profanes idoles ,

Vous qui , par des vœux défendus , Invoquez de vos mains les ouvrages frivoles.

Ministres de mes volontés , Anges, servez contre eux ma fureur vengeresse.

Vous , mortels que j'ai rachetés , Redoublez à ma voix vos concerts d'alégresse.

Cest moi qui , du plus haut des deux , Du monde que j'ai ^it règle des destinées :

C'est moi qui brise ses faux dieux , Misérables jouets des vents et des années.

Par ma présence raffermis , Méprisez du méchant la haine et l'artifice :

L'ennemi de vos ennemis A détourné sur eux les traits de leur malice.

Conduits par mes vives clartés , Vous n'avez écouté que mes lois adorables :

' Admirable traductioiidu texte : montes sicut cerafiuxerunt a/acié Domini, (Éd.)

Jouissez des félicités Qu^ont mérité pour tous mes bontés secourables.

Venez donc, venez en ce jour Signaler de vos cœurs l*liumble reconnaissance ;

£t , par un respect plein d'amour, Sanctifiez en moi votre réjouissance.

ODE XII

TIRËE DU PSAUME GXIX.

GoDire les calomniatean.

Dans ces jours destinés aux larmes , Où mes ennemis en fureur Aiguisaient contre moi les armes DeFimposture et de l'erreur, Lorsqu'une coupable licence Empoisonnait mon innocence.

Le Seigneur fut mon seul recours :

rimplorai sa toute-puissance , Et sa main vint à mon secours.

O Dieu , qui punis les outrages

Que reçoit l'humble vérité , '

Venge-toi : détruis les ouvrages

De ces lèvres d'iniquité :

Et confonds cet homme parjure

Dont la bouche non moins impure

Publie avec légèreté

Les mensonges que l'imposture

Invente avec malignité.

Quel rempart, quelle autre barrière Pourra défendre l'innocent Contre la fraude meurtrière De l'impie adroit et puissant ?

Sa langue aux feintes préparée

Ressemble à la flèche acérée Qui part et frappe en un moment.

Cest un feu léger dès l'entrée , Que suit un long embrasement.

Hélas ! dans quel climat sauvage Ai- je si longtemps habité !

Quel exil ! quel affîreux rivage !

Quels asiles d'impiété !

Gédar, où la fourbe et Tenvie .Contre ma vertu poursuivie Se déchaînèrent si kmgtemps, ^ A quels maux ont livré ma vie Tes sacrilèges habitants !

J'ignorais la trame invisible De leurs pernicieux forfoits ; Je vivais tranquille et paisible Qiez les ennemis de k paix :

£t lorsqu'exempt d'inquiétude Je faisais mon unique étude De ce qui pouvait les flatter , Leur détestable ingratitude S'armait pour me persécuter.

ODE XIII

TinfiË DU PSAUBfE GXLIII.

^ Image da bonheur temporel des méchants.

Béni soit le Died des armées Qui donne la force à mon bras, Et par qui mes mains sont formées Dans l'art pénible des combats l De sa clémence inépuisable Le secours prompt et favorable A fini mes oppressions :

En lui j*ai trouvé mon asile; Et par lui d'un peuple indocile Tai dissipé les actions.

Qui suis-je , vile créature ?

Qui suis-Je , Seigneur ? et pourquoi

Le souverain de la nature

S'abaisse-t-il jusques à moi ?

L'homme en sa course passagère

rTest rien qu'une vapeur légère

Que le soleil fait dissiper :

Sa clarté n'est qu'une nuit sombre ;

£t ses jours passent comme une ombra

Que Toeil suit et voit échapper.

Mais quoi ! leis périls qui m'obsèdent

Ne sont point encore passés !

De nouveaux ennemis succèdent

A mes ennemis terrassés!

Grand Dieu , c'est toi que je réclame:

Lève ton bras , lance ta flamme ,

Abaisse la hauteur des cieux ;

Et viens sur leur voûte enflammée ,

D'une main de foudres armée ,

Frapper ces monts audacieux.

Objet de mes humbles cantiques , Seigneur .je t'adresse ma voix :

Toi dont les promesses antiques Furent toujours l'espoir des rois , Toi de qui les secours propices , A travers tant de précipices .

M'ont toujours garanti d'effroi , Conserve aujourd'hui ton ouvrage , Et daigne détourner Forage Qui s'apprête à fondre sur moi.

Arrête cet affreux déluge

Dont les flots vont me submerger :

Sois mon vengeur, sois mon refoge Contre les fils de l'étranger :

Venge-toi d*un peuple infidèle De qui la bouche criminelle Ne s'ouvre qu'à l'impiété, £t dont la main vouée au crime Ne connaît rien de légitime Que le meurtre et l'iniquité.

Ces hommes , qui n'ont point encore Éprouvé la main du Seigneur, Se flattent que Dieu les ignore, £t s'enivrent de leur bonheur.

Leur postérité florissante , Ainsi qu'une tige naissante.

Croît et s'élève sous leurs yeux :

Leurs filles couronnent leurs têtes De tout ce qu'en nos jours de fêtes Nous portons de plus précieux.

De leurs grains les granges sont pleines ; Leurs celliers regorgent de fruits :

Leurs troupeaux , tout chaînés de laines , Sont incessamment reproduits :

Pour eux la fertile rosée Tombant sur la terre embrasée Rafraîchit son sein altéré ; Et pour eux le flambeau du monde Nourrit d'une chaleur féconde Le germe en ses flancs resserré.

Le calme règne dans leurs villes ; Nul bruit n'interrompt leur sommeil :

On ne voit point leurs toits fragiles Ouverts aux rayons du soleil.

C'est ainsi qu'ils passent leur âge.

Heureux , disent-ils , le rivage

OÙ Ton jouit d'un tel bonheur !

Qu'ils restent dans leur rêverie :

Heureuse la seule patrie Où Ton adore le Seigneur !

ODE XIV

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