CHAPITRE
Pour uoe personne convalescente.
Tai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant ; Au midi de mes années Je touchais à mon couchant :
La mort , déployant ses ailes ,
Couvrait d'ombres étemelles La clarté dont je jouis ; £t , dans cette nuit funeste , Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.
Grand Dieu, votre main réclame
Les dons que j'en ai reçus ;
Elle vient couper la trame
Des jours qu'elle m'a tissus :
Mon dernier soleil se lève;
Et votre souffle m'enlève
De la terre des vivants , ^
Comme la feuille séchée,
Qui , de sa tige arrachée,
Devient le jouet des vents.
Comme un tigre impitoyable, Le mal a brisé mes os ; Et sa rage insatiable Ne me laisse aucun repos.
Victime faible et tremblante , A cette image sanglante Je soupire nuit et jour ; Et, dans ma crainte mortelle , Je suis comme l'hirondelle Sous les griffes du vautour.
Ainsi , de cris et d'alarmes Mon mal semblait se nourrir ; Et mes yeux , noyés de larmes , Étaient lassés de s'ouvrir.
Je disais à la nuit sombre :
O nuit , tu vas dans ton ombre M'ensevelir pour toujours !
Je redisais à l'aurore :
Le jour que tu fais éclore Est le dernier de mes jours !
Mon âme est dans les ténèbres , Mes sens sont glacés d*effroi :
Écoutez mes cris funèbres , Dieu juste , répondez-moi.
Mais enfin sa main propice A comblé le précipice Qui s'entr'ouvrait sous mes pas :
Son secours me fortifie , Et me fait trouver la vie Dans les horreurs du trépas.
Seigneur, il faut que la terre Connaisse en moi vos bienfaits :
Vous ne m*avez fait la guerre Que pour me donner la paix.
Heureux l'homme à qui la grâce Départ ce don efficace Puisé dans ses saints trésors, Et qui , rallumant sa flam me , Trouve la santé de l'âme Dans les souffrances du corps !
Cest pour sauver la mémoire De vos immortels secours.
C'est pour vous , pour votre gloire , Que vous prolongez nos jours.
Non, non, vos bontés sacrées Ne seront point célébrées Dans l'horreur des monuments :
La mort, aveugle et muette , Ne sera point l'interprète De vos saints commandements.
Mais ceux qui de sa menace ,
Comme moi , sont rachetés ,
Annonceront à leur race
Vos célestes vérités.
J'irai , Seigneur, dans vos temples
Réchauffer par mes exemples Les mortels les plus glacés , Et, vous offrant mon hommage, Leur montrer l'unique usage Des jours que vous leur laissez.