‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 54 sur 124 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Pour uoe personne convalescente.

Tai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant ; Au midi de mes années Je touchais à mon couchant :

La mort , déployant ses ailes ,

Couvrait d'ombres étemelles La clarté dont je jouis ; £t , dans cette nuit funeste , Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.

Grand Dieu, votre main réclame

Les dons que j'en ai reçus ;

Elle vient couper la trame

Des jours qu'elle m'a tissus :

Mon dernier soleil se lève;

Et votre souffle m'enlève

De la terre des vivants , ^

Comme la feuille séchée,

Qui , de sa tige arrachée,

Devient le jouet des vents.

Comme un tigre impitoyable, Le mal a brisé mes os ; Et sa rage insatiable Ne me laisse aucun repos.

Victime faible et tremblante , A cette image sanglante Je soupire nuit et jour ; Et, dans ma crainte mortelle , Je suis comme l'hirondelle Sous les griffes du vautour.

Ainsi , de cris et d'alarmes Mon mal semblait se nourrir ; Et mes yeux , noyés de larmes , Étaient lassés de s'ouvrir.

Je disais à la nuit sombre :

O nuit , tu vas dans ton ombre M'ensevelir pour toujours !

Je redisais à l'aurore :

Le jour que tu fais éclore Est le dernier de mes jours !

Mon âme est dans les ténèbres , Mes sens sont glacés d*effroi :

Écoutez mes cris funèbres , Dieu juste , répondez-moi.

Mais enfin sa main propice A comblé le précipice Qui s'entr'ouvrait sous mes pas :

Son secours me fortifie , Et me fait trouver la vie Dans les horreurs du trépas.

Seigneur, il faut que la terre Connaisse en moi vos bienfaits :

Vous ne m*avez fait la guerre Que pour me donner la paix.

Heureux l'homme à qui la grâce Départ ce don efficace Puisé dans ses saints trésors, Et qui , rallumant sa flam me , Trouve la santé de l'âme Dans les souffrances du corps !

Cest pour sauver la mémoire De vos immortels secours.

C'est pour vous , pour votre gloire , Que vous prolongez nos jours.

Non, non, vos bontés sacrées Ne seront point célébrées Dans l'horreur des monuments :

La mort, aveugle et muette , Ne sera point l'interprète De vos saints commandements.

Mais ceux qui de sa menace ,

Comme moi , sont rachetés ,

Annonceront à leur race

Vos célestes vérités.

J'irai , Seigneur, dans vos temples

Réchauffer par mes exemples Les mortels les plus glacés , Et, vous offrant mon hommage, Leur montrer l'unique usage Des jours que vous leur laissez.

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