DE
Soigneuse de le conserver.
Content du partage modeste Qu'il tient de la bonté céleste , Il vit sans trouble et sans iannul ; £t si son climat lui refuse Quelques biens dont FEurope abuse.
Ce ne sont jflns des biens pour lui.
Couché dans un antre rustique»
Du nord il brave la rigueur ; Et notre luxe asiatique ITa point énervé sa vigueur :
Il ne regrette point la perte De ces arts dont la découverte A Fhomme a coûté tant de soins , Et qui , devenus nécessaires , N^ont fait qu'augmenter nos misères En multipliant nos besoins.
Il méprise la value étude D'un philosophe pointilleux Qui , nageant dans l'incertitude.
Vante son savoir merveilleux :
II ne veut d'autre connaissance Que ce que la Toute-Puissance A bien voulu nous en donner; Et sait qu'elle créa les sages Four {HTofiter dé ses ouvrages , Et non pour les examiner.
Ainsi d'une erreur dangereuse Il n'avale point le poison ; Et notre clarté ténébreuse N'a point offusqué sa raison.
Il ne se tend point à lui-même Le piège d'un adroit système , Pour se'cacher la vérité :
Le crime à ses yeux paraît crime ;
Et jamais rien d'illégitime Chez lui n'a pris l'air d'équité.
Maintenant , fertiles contrées.
Sages mortels, peuples heureux.
Des nations hjrperborées Plaignez l'aveuglement affreux; Vous qui, dans la vaine noblesse , Dans les honneurs , dans la mollesse.
Fixez la gloire et les plaMrs ; Vous de qui l'infâme avarice Promue au gré de son capriee Les insatiables désirs.
Oui , c'est toi , monstre détestable , Superbe tyran des humains , Qui seul du bonheur véritable A l'homme as fermé les chemins.
Pour apaiser sa soif ardente , , La terre , en trésors abondante , Ferait germer l'or sous ses pas :
Il brûle d'un feu sans remède ; Mdns riche de ce qu'il possède , Que pauvre de oe qu'il n'a pas.
Ah ! si d'une pauvreté dure Nous cherchons à nous affranchir, Rapprochons-nous de la nature , Qui seule peut nous enrichir.
Forqons de funestes obstacles ; Réservons pour nos tabernad^ Cet or, ces rubis , ces métaux ; Ou dans le sein des mers avides Jetons ces richesses perfides , L'unique étément de nos maux.
Ce sont là les vrais sacrifices Par qui nous pouvons étouffer
J^s semences de tous les vices Qu'on voit iei-bas triompher.
Otez l'intérêt de la terre , Vous en exilerez la guerre ^ L'honneur rentrera dans ses droits ; £t , plus justes que nous ne sommes y Nous verrons régner chez les hommes Les mœurs à la place des lois.
Surtout réprimons les saillies De notre curiosité, Source de toutes nos folies , Mère de notre vanité.
Nous errons dans d'épaisses ombres , Où souvent nos lumières sombres Ne servent qu'à nous éblouir.
Soyons ce que nous devons être; £t ne perdons point à connaître Des jours destinés à jouir.
ODE X
Sar la mort de S. A. S. monseigneur le prince de Ck)Dti, arrivée au
mois de février 1709 .
Peuples , dont la douleur aux larmes obstinée De ce prince chéri déplore le trépas, Approchez, et voyez quelle est la destinée Des grandeurs d'ici bas.
C8nti n'est plus , ô ciel ! Ses vertus, son courage ^ La sublime valeur, le zèle pour son roi , N'ont pu le garantir , au milieu de son âge , De la commune loi.
» On peut compter celte ode parmi les meilleures de ce genre (Code morale.) C'est un lieu commun , il est vrai ; mais le style est en général d'une précision énergique , malgré quelques faiblesses; et si les Idées ne sont pas toi:?Jour8 exactement vraies pour la raison , qui considère les choses sous toutes ses faces, elles le sont assez pour la poésie, qui peut, comme l'éloquence, ne les présenter que sous un seul aspect. (La Hakpe.)
Il n'est plus ; et les dieux , en des temps si funesl«s , N'ont fait que le montrer aux regards des mortels. Soumettons-nous. Allons porter ses tristes restes Au pied de leurs autels.
Élevons à sa cendre un monument célèbre ; Que le jour de la nuit emprunte les couleurs. Soupirons, gémissons sur ce tombeau funèbre , Arrosé de nos pleurs.
Mais que dis-je? ah ! plutôt à sa vertu suprême Consacrons un hommage et plus noble et plus doux. Ce héros n'est point mort ; le plus beau de lui-même Vit encor parmi nous.
Ce qu'il eut de mortel s'éclipse à notre vue : Mais de ses actions le visible flambeau , Son nom, sa renommée en cent lieux épandue, Triomphent du tombeau.
£n dépit de la mort, l'image de son âme , Ses talents, ses vertus vivantes dans nos cœurs , Y peignent ce héros avec des traits de flamme , De la Parque vainqueurs.
Steinkerque, ou sa valeur rappela la victoire, Nervinde , où ses efforts guidèrent nos exploits , Éternisent sa vie , aussi bien que la gloire De l'empire françois.
Ne murmurons donc plus contre les destinées. Qui livrent sa jeunesse au ciseau d'Atropos ; £t ne mesurons point au nombre (ks années La course des héros.
Pour qui compte les jours d'une vie inutile, L'âge du vieux Priam passe celui d'Hector : Pour qui compte les faits , les ans du jeune Achille L'égalent à Nestor.
Voici, voici le temps où, libres de contrainte ,
Nos voix peuvent pour lui signaler leurs accents : Je puis à mon h^os , sans bassesse et sans crainte , Prodiguer mon encens.
Muses , préparez-lui votre plus riche offrande ; Placez son nom fameux entre les plus grands noms Rien ne peut plus faner rimmorteUe guirlande Dont nous le couronnons.
Oui, cher prince, ta mort, de tant de pleurs suivie Met le comble aux grandeurs dont tu fus revêtu , Et sauve des écueils d'une plus longue vie Ta gloire et ta vertu.
Au faîte des honneurs, un vainqueur indomptable Voit souvent ses lauriers se flétrir dans ses mains. La mort, la seule mort met le sceau véritable Aux grandeurs des humains.
Combien avons-nous vu d'éloges unanimes Condamnés, démentis par un honteux retour ! Et combien de héros glorieux , magnanimes. Ont vécu trop d*un jour !
Du Midi jusqu'à l'Ourse on vantait ce monarque' Qui remplit tout le Nord de tumulte et de sang. Il fuit; sa gloire tombe, et le destin lui marque Son véritable rang.
Ce n'est plus ce héros guidé par la victoire , Par qui tous les guerriers allaient être ^aoés : C'est un nouveau Pyrrhus, qui va grossir rhistoir€ Des fameux «isensés.
Ainsi de ses bienfsdts la Fortune se venge. Mortels, défions-nous d'un sort toujours heureux Et de nos ennemis songecms que lalouange Est le plus dangereux.
Jadis tous les humains , errant à l'aventure,
> Charles XTI.
A leur sauvage instinct vivaient abandonnés. Satisfaits d'assouvir de l'aveugle nature Les besoins effrénés :
La raison , fléchissant leurs humeurs indociles ^ De la société yint former les liens , £t bientôt rassembla sous de communs asiles Les premiers citoyens.
Pour assurer entre eux la paix et l'innocence Les lois firent alors éclater leur pouvoir; Sur des tables d'airain l'audace et la licence Apprirent leur devoir.
Mais il fallait encor, pour étonner le crime, Toujours contre les lois prompt à se révolter, Que des chefs, revêtus d'un pouvoir légitime , Les fissent respecter.
Ainsi, pour le maintien de ces lois salutaires , Du peuple entre vos mains le pouvoir fut remis, Rois ; vous fûtes élus sacrés dépositaires Du glaive de Thémis.
Puisse en vous la vertu faire luire sans cesse De la divinité les rayons glorieux !
Partagez ces tnbuts d'amour et de tendresse Que nous offrons aux dieux.
Mais chassez loin de vous la basse flatterie , Qui, cherchant à souiller la bonté de vos mœurs , Par cent détours obscurs s'ouvre avec industrie La porte de vos cœurs.
Le pauvre est à couvert de ses ruses obliques : Orgueilleuse, elle suit la pourpre et les faisceaux : Serpent contagieux, qui des sources publiques Empoisonne les eaux.
Craignez que de sa voix les trompeuses délices N'assoupissent enfin votre faible raison ;
De cette enchanteresse osez , nouveaux Ulysses , Rejeter le poison.
Némésis vous observe , et frémit des blasphèmes Dont rougit à vos yeux Taimable vérité : N'attirez point sur vous, trop épris de vous-mêmes , Sa terrible équité.
C'est elle dont les yeux , certains , inévitables , Percent tous les replis de nos cœurs insensés ; £t nous lui répondons des éloges coupables Qui nous sont adressés.
Des châtiments du ciel implacable ministre , De l'équité trahie elle venge les droits ; Et voici les arrêts dont sa bouche sinistre Épouvante les rois :
Écoutez , et tremblez , idoles de la terre : D'un encens usurpé Jupiter est jaloux ; Vos flatteurs dans ses mains allument le tonnerre Qui s'élève sur vous.
Il détruira leur culte ; il brisera l'image A qui sacrifiaient ces faux adorateurs ; Et punira sur vous le détestable hommage De vos adulateurs.
Moi , je préparerai les vengeances célestes : Je livrerai vosjours au démon de l'orgueil. Qui , par vos propres mains , de vos grandeurs funestes Creusera le cercueil.
Vous n'écouterez plus la voix de la sagesse ; Et , dans tous vos conseils , Taveugle vanité, L'esprit d'enchantement, de vertige et d'ivresse , Tiendra lieu de clarté.
Sous les noms spécieux de zèle et de justice Vous vous déguiserez les plus noirs attentats ;