‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 60 sur 124 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Vous couvrirez de fleurs les bords du précipice Qui s'ouvre sous vos pas.

Mais enfin votre chute , à vos yeux déguisée , Aura ces mêmes yeux pour tristes spectateurs , £t votre abaissement servira de risée A vos propres flatteurs.

De cet orade af&eux tu n^as point à te plaindre , Cher prince ; ton éclat n'a point su fabuser : Ennemi des flatteurs , à force de les craindre Tu sus les mépriser.

Aussi la renommée , en publiant ta gloire , Ne sera point soumise à ces fameux revers : Les dieux t'ont laissé vivre assez pour ta mémoire , Trop peu pour l'univers.

ODE XI

Pourquoi , plaintive Philoraèie , Songer encore à vos malheurs , Quand , pour apaiser vos douleurs, Tout cherche à vous marquer son zèle?

L'univers, à votre retour, Semble renaître pour vous plaire ; Les Dryades à votre amour Prêtent leur ombre solitaire :

Loin de vous l'aquilon fougueux SoufiQe sa piquante froidure ; La terre reprend sa verdure ; Le ciel brille des plus beaux feux :

Pour vous l'amante de Céphale Enrichit Flore de ses pleurs ; Le Zéphyr cueille sur les fleurs Les parûims que la terre exhale.

Pour entendre vos doux accents

Les oiseaux cessent leur ramage ; Et le chasseur le plus sauvage Respecte vos Jours innocents.

Cependant votre âme , attendrie Par un douloureux souvenir, Des malheurs d'une sœur chérie Semble toujours s'entretenir.

Hélas ! que mes tristes pensées M'offirent des maux bien plus cuisants!

Vous pleurez des peines passées ; Je pleure des ennuis présents :

Et , quand la nature attentive Cherche à calmer vos déplaisirs , Il faut même que je me prive De la douceur de mes soupirs.

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