‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 81 sur 124 · A M. RACINE · texte numérisé non relu

A M. RACINE

(FRAGMENT

De nos erreurs , tu le sais , cher Racine , La déplorable et funeste origine N'est pas toujours , comme on veut l'assurer , Dans notre esprit facile à s'égarer ; Et sa fierté , dépendante et captive , N'en fut jamais la source primitive :

Cest le cœur seul, le cœur, qui le conduit. Et qui toujours Téclalre , ou le séduit. S'il prend son vol vers la céleste voûte , L'esprit dodie y vole sur sa route ; Si de la terre il suit les faux appas , L'esprit servile y rampe sur ses pas.

L'esprit enfin , l'esprit , je le répète , West que du cœur l'esclave ou l'interprète :

Mais, en ce siècle à la révolte ouvert, L'impiété marche à front découvert :

Rien ne l'étonné ; et le crime rebelle N'a point d'appui plus intrépide qu'elle. Sous ses drapeaux , sous ses fiers étendards , L'œil assuré, courent de toutes parts Ces légions, ces bruyantes armées D'esprits subtils , d'ingénieux pygmées,

Qui, sur des monts d'arguments entassés

Contre le ciel burlesquement haussés ,

De jour en jour, superbes Encelades,

Vont redoublant leurs folles escalades ;

Jusques au sein de la Divinité

Portent la guerre avec impunité ;

Viendront bientôt, sans scrupule et sans honte,

De ses arrêts lui faire rendre compte ;

Et déjà méme^ arbitres de sa loi ,

Tiennent en main, pour écraser la foi,

De leur raison les foudres toutes prêtes.

Y songez- vous , insensés que vous êtes ?

Votre raison , qui n'a jamais flotté

Que dans le trouble et dans Tobscurité,

Et qui, rampant à peine sur la terre.

Veut s'élever au-dessus du tonnerre,

Au moindre écueil qu'elle trouve ici-bas

Bronche , trébuche , et tombe à chaque pas :

Et vous voulez, fiers de cette étincelle,

Chicaner Dieu sur ce qu'il lui révèle !

Cessez, cessez, héritage des vers,

D'interroger l'auteur de l'univers ;

Ne comptez plus avec ses lois suprêmes :

Comptez plutôt , comptez avec vous-mêmes ;

Interrogez vos mœurs, vos passions. \

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