A M. RACINE
(FRAGMENT
De nos erreurs , tu le sais , cher Racine , La déplorable et funeste origine N'est pas toujours , comme on veut l'assurer , Dans notre esprit facile à s'égarer ; Et sa fierté , dépendante et captive , N'en fut jamais la source primitive :
Cest le cœur seul, le cœur, qui le conduit. Et qui toujours Téclalre , ou le séduit. S'il prend son vol vers la céleste voûte , L'esprit dodie y vole sur sa route ; Si de la terre il suit les faux appas , L'esprit servile y rampe sur ses pas.
L'esprit enfin , l'esprit , je le répète , West que du cœur l'esclave ou l'interprète :
Mais, en ce siècle à la révolte ouvert, L'impiété marche à front découvert :
Rien ne l'étonné ; et le crime rebelle N'a point d'appui plus intrépide qu'elle. Sous ses drapeaux , sous ses fiers étendards , L'œil assuré, courent de toutes parts Ces légions, ces bruyantes armées D'esprits subtils , d'ingénieux pygmées,
Qui, sur des monts d'arguments entassés
Contre le ciel burlesquement haussés ,
De jour en jour, superbes Encelades,
Vont redoublant leurs folles escalades ;
Jusques au sein de la Divinité
Portent la guerre avec impunité ;
Viendront bientôt, sans scrupule et sans honte,
De ses arrêts lui faire rendre compte ;
Et déjà méme^ arbitres de sa loi ,
Tiennent en main, pour écraser la foi,
De leur raison les foudres toutes prêtes.
Y songez- vous , insensés que vous êtes ?
Votre raison , qui n'a jamais flotté
Que dans le trouble et dans Tobscurité,
Et qui, rampant à peine sur la terre.
Veut s'élever au-dessus du tonnerre,
Au moindre écueil qu'elle trouve ici-bas
Bronche , trébuche , et tombe à chaque pas :
Et vous voulez, fiers de cette étincelle,
Chicaner Dieu sur ce qu'il lui révèle !
Cessez, cessez, héritage des vers,
D'interroger l'auteur de l'univers ;
Ne comptez plus avec ses lois suprêmes :
Comptez plutôt , comptez avec vous-mêmes ;
Interrogez vos mœurs, vos passions. \