‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 87 sur 124 · SUR LEBRUN ET SES OUVRAGES · texte numérisé non relu

SUR LEBRUN ET SES OUVRAGES

PoDce-Denis-Éoouchard Lebrun naquit à Paris en 1729. Ses parents étaient attachés au service du prince de Gouti. Des yen de leur fils encore enfant méritèrent J*attention et les premiers bienfaits du prince.

Lebrun fit des études brillantes au collège Mazarin. En sortant de rhétorique il récita publiquement, à la distribution des prix, un discours en Ters qui fut regardé non-seulement comme le présage , mais comme le garant assuré d*un grand talent.

£n 1748 l'Académie française proposa, pour sujet du prix de poésie, r Amour des Français pour leurs rois, consacré par les monuments publics. Lebrun concourut, fit d'assez beaux vers, et ne fut point couronné ; mais son ode eut le suffrage de Louis Racine , et ce prix-là yalait peut-être la médaille de l'Académie. Racine désira connaître Lebrun, Taccueillit, et l'encouragea. Le jeune poète, comme on peut le croire, n'eut rien plus à cœur que de eultiyer une liaison dont il était fier, et dont il appréciait tous les avantages.

Louis Racine avait eu le malheur de perdre son père avant l'âge où il eût pu mettre encore plus à profit les leçons d'un aussi grand maître Mais Despréaux, fidèle à l'illustre ami qu'il pleurait, déclara qu'il ne céderait à personne le droit de diriger l'éducation du plus jeune de ses fils; et ce fut lui qui confia Louis Racine au premier des instituteurs, à Rollin. Louis puisa tous les bons principes à l'école de cet homme sage ; mais il y fut nécessairement élevé dans une doctrine que les jésuites poursuivaient en ce moment avec fureur. Telle était même l'activité de la persécution , que RoUin , le plus tolérant des h ommes , ne fut pas épargné.

Louis Racine, plus que suspect de jansénisme, et comme fils de Racine et comme élève de Rollin , en porta la peine : ce ne fut point par un autre motif que le cardinal de Fleury, en lui montrant une

* Les œuvres complètes de Lebrun , publiées par Ginguené, forment quatre vol. in>8% I8ii.

florte d'intérêt, en rengageant, en Taidant à s'occuper de sa fortune, l'éloigna tout doucement de l'Académie française.

Louis Racine a^ait un fils, objet de toutes ses affections , de toutes ses espérances. Lebrun et ce jeune homme se lièrent intimement. Tous deux aimaient passionnément les lettres; tous deux se promettaient d'en parcourir ensemble la carrière, où ils espéraient acquérir la célébrité. Un frère de madame Racine fit évanouir en grande partie ces beaux rêves : c'était un de ces hommes sérieux et ftoids qui demandent à quoi sert un poète, et ce que prouve Iphigénie, Celui-ci désapprouva le projet qu'annonçait son neveu de se livrer exclusivement à la littérature, et combattit son idée de tous les arguments de la raison contre l'enthousiasme. Il lui rappela que Corneille , au milieu de sa gloire, avait connu le besoin et la gêne ; q^e le premier des fabulistes n'avait eu d'autre asile que celui que l'amitié lui prêtait; que son aïeul enfm , que Racine, aimé de Louis XIV , et riche un moment de ses bienfaits , avait laissé sa veuve dans une situation difficile. Il en conclut que la poésie n'enrichissait pas ceux même qu'elle immortalisait , et que le seul moyen qu'eût R»* cine de s'ouvrir un chemin à la fortune était d'appliquer son intelligence aux spéculations du commerce.

. Ce jeune homme se laissa persuader. Bientôt après il partit pour .Cadix , recommandé par des négociants français à la maison la phis accréditée de cette capitale. On ne lui laissa pas même le temps d'écrire à Lebrun , et de l'en informer.

Lebrun s'afQigea de ce départ : mais quelle fut sa douleur lorsqu'il apprit l'affreux désastre du l^^*^ novembre 1755, et la déplorable fin d'un ami qu'il chérissait * ? L'infortuné Louis Racine n'exista plus que pour le pleurer.

Ces affreux événements inspirèrent à Lebrun deux odes qui parurent à peu d'intervalle l'une de L'autre. Nous n'avons inséré que la seconde, parce qu'on y retrouve le même fonds d'idées, les mêmes tableaux que dans la première, et que la mort du malheureux Racine répand sur les dernières strophes un intérêt plus touchant.

Lebrun n'avait que vingt-six ans, et se montrait déjà d'une manière assez brillante pour être remarqué par l'envie , qu'il ne cherchait à désarmer ni par sa déférence aux conseils de la critique , n/ par sa modestie.

La seconde ode à Buffon, encore plus belle peut-être que la

> Sa voiture, qui côtoyait la rive, fut entraînée par le gonflement ■obtt do la mer de Cadix.

première, fat mide en musique et chantée par madame de Genifs devant Buffon, qui ne put, dans plusieurs endroits, retenir ses larmes d'attendrissement et de plaisir, surtout aux deux sublimes et touchantes strophes qui la terminent :

Buffon , lorsque , rompant ses toUcs Et fugitive du cercueil...

Il eut à se féliciter d'une bonne inspiration, lorsqu'il fit connaître à Voltaire une jeune et malheureuse héritière du nom de Corneille , réduite à Taumône des comédiens français.

Voltaire était trop sensible à la gloire pour ne pas répondre à l'appel que lui fît Lebrun au nom de Corneille , et déclara que , dans cette ode , il y avait des strophes admirables. 11 adopta M^e Corneille, la fit élever chez lui, et prit de son éducation trop négligée des soins tout paternels.

Voici la lettre que Voltaire écrivit à Lebrun en acceptant cette proposition , et celle qu'il adressa à M. Corneille. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici tout ce qui , dans la correspondance de Voltaire et de Lebrun , concerne cette honorable adoption. On y verrait la juste indignation de Voltaire , de sa nièce madame Denis , et de mademoiselle Corneille elle-même , au sujet des calomnies que Fréron avait répandues contre Voltaire, relativement à l'éducation donnée à mademoiselle Corneille.

Lettre de M. de Voltaire à M. Lebrun.

Au château de Ferney , pays de Gex , par Genève , 6 octobre 1760.

Je vous ferais, monsieur, attendre ma réponse quatre mois au moins, si Je prétendais la faire en aussi beaux vers que les vôtres. Il faut me borner à vous dire en prose combien j'aime votre ode et votre proposition.

Il convient assez qu'un vieux soldat du grand Corneille tâche d'être utile à la petite-fille de son général . Quand on bâtit des châteaux et des églises, et qu'on a des parents pauvres à soutenir, il ne reste guère de quoi faire ce qu'on voudrait pour une personne qui ne doit être secourue que par les plus grands du royaume.

Je suis vieux ; j'ai une nièce qui aime tous les arts , et qui réussit dans quelques-uns : si la personne dont vous me parlez , et que vous connaissez sans doute, voulait accepter auprès de ma nièce l'éducation la plus honnête , elle en aurait soin comme de sa lille, et je eherclterais à lui servir de père. Le sien n'aurait absolument rien à dépenser pour elle. On lui payerait son voyage jusqu'à Lyon. Elle serait adressée à Lyon , à M. Troncbin , qui lui fournirait une voiture jusqu'à mon château ; ou bien une femme irait la prendre dans mon équipage. Si cela

convient, Je sais à ses ordres; et J'espère avoir à tous remercier Jiift> qu'au dernier Jour de ma vie de m'avoir procuré l'honneur de faire ce que devait faire M. de Fontenelle. Une partie de l'éducation de cette demoiselle serait de nous voir jouer quelquefois les pièces de son grandpère, et nous lui ferions broder les sujets de Cinna et du Cid.

rai l'honneur d'être , avec toute l'estime et tous les sentiments que Je vous dois.

Monsieur,

Votre très-humble et très^béisant serviteur,

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