‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 94 sur 124 · JUPITER · texte numérisé non relu

JUPITER

Orgueilleux , connais mon empire :

Vois-tu ces géants foudroyés ?

l'amour.

Dieu tonnant, vois Léda sourire ; Deviens cygne , et tombe à mes pieds !

ODE

Yitas hinnaleo, etc. hor.

Tu fuis , bergère timide !

Tu fuis , hélas ! plus rapide Qu'un faon dans l'ombre égaré , Qui cherche , au bois solitaire , Les pas errants de sa mère , Dont la nuit Fa séparé.

Que l'air agite un feuillage , Qu'un ramier, sur son passage , Ébranle un peu les buissons ; Plein d*une frayeur mortelle, Il bondit , tremble , chancelle , Et se perd dans les vallons.

Ainsi la frayeur f égare.

Mais suis-je un tigre barbare ?

Suis-je un lion en courroux ?

Et toi, farouche bergère, N'as- tu point l'âge où ta mère Subit le joug d'un époux ?

ODE

L'ÂMOUR DES FRANÇAIS POUR LEURS ROIS, CONSACRÉ PAR LES MONUMENTS PUBLICS.

Tel qu'aux cris de l'oiseau ministre du tonnerre , Plus léger que les vents et plus prompt que l'éclair, Un aigle , jeune encore , élancé de la terre,

S'essaye à l'empire de l'air :

En vain d'oiseaux jaloux une foule rivale Veut le suivre, l'atteindre, et voler son égale; Vainqueur, il disparaît, et plane au haut des deux : Tel , au cri d'Apollon , soudain brûlant de gloire , J'irais ,j'airais saisir le prix de la victoire Loin des vulgaires yeux.^

Mais quels traits de lumière ont embrasé mon âme !

D'un jour pur et divin mes yeux sont éclairés :

Déjà dans les torrents d'une céleste flamme

Nagent tous mes sens égarés.

Un dieu vainqueur m'agite , il me guide , il m'entraîne

Va-t-il porter mes pas aux sources d'Hippocrène?

do

OÙ suis-je? quel séjour a fixé mes regards ? Je reconnais ces murs et ces rives fécondes Où la Seine , élevant le trône de ses ondes , Voit triompher les arts.

Quel spectacle pompeux de vivantes merveilles ! Quel art fait respirer ces marbres , ces métaux? Quel heureux Phidias, par de savantes veilles ,

Nous ressuscite les héros ?

0 rois de nos aïeux , rois conquérants ou justes , L*amour vous éleva ces monuments augustes ; Par eux , vos noms chéris bravent les temps jaloux ; Et , des peuples encor recueillant les hommages , Sur ce bronze animé vos illustres images Revivent parmi nous.

Puis-je te méconnaître , ô vainqueur de Mayenne ? Sur un noble coursier t'élançant aux combats , Tel on te vit jadis aux rives de la Seine Briguer l'empire ou le trépas.

Que j'aime à contempler ce front doux et terrible . Où brille sans orgueil ta valeur invincible ! Le peuple , avec amour, se presse autour de toi. La France , en te nommant, se croit heureuse encore; Tu revis dans le cœur d'un peuple qui f adore ; Ton souvenir est roi.

Mais ton fils ne l'est plus , malgré ce nom de Juste Que lui prodigue encore et le marbre et l'airain : Richelieu , sans pudeur, donna ce titre auguste

A son esclave souverain.

De Thou , Montmorency , trop illustres victimes , De ce règne sanglant nous attestent les crimes. . Marbre , airain , taisez-vous , lâches adulateurs ! Ces noms qu'aux rois vivants donne la flatterie , De ces rois que n'a point avoués la patrie , Sont les accusateurs.

ODëS. 459

Est-ce un dieu qui paraît ? Quel éclat Tenvironne ! Sur ces rives deux fois il frappe mes regards : La Victoire , en volant , d*une main le couronne :

I Serait-ce le terrible Mars ?

Des Titans enchaînés les fureurs menaçantes , Sur un débris épars d*armes étincelantes , Frémissent à ses pieds , et frémissent en vain. 11 a de Jupiter la majesté suprême; La foudre est dans ses yeux; c^est Jupiter lui-même, Ou le vainqueur du Rhin.

Longtemps il a de Mars allumé les tempêtes ; Sa gloire fatigua l'Europe et ses sujets : Enfin quelques revers , expiant ses conquêtes ,

Trahirent ses vastes projets.

Mais le flambeau des arts dissipa ces nuages ; Le siècle de Louis , malgré de vains orages , S'élève , avec splendeur, sur les siècles divers , Comme on voit du Mont-Blanc la cime éblouissante , Des Alpes, à ses pieds, souveraine imposante , S'élever dans les airs.

Les voilà ces palais , ces temples, ces portiques, Ces témoins solennels des règnes éclatants. J'entends Clio graver ses fastes métalliques ,

Mobiles archives du temps.

Quelle pompe, ô Français, règne dans vos hommages! Votre amour pour vos rois embellit ces rivages. Quel bord n'est point orné de ces tributs heureux ? Poursuis , peuple fidèle ! en consacrant leur gloire , Ces nobles monuments consacrant la mémoire De ton zèle pour eux.

Mais quel bruit de la Seine émeut les flots tranquilles ? Je l'entends soupirer au fond de ses roseaux : « France! arrosé-je en vain la reine de tes villes?

« Suis-je en vain la reine de tes eaux.^ « Une superbe nymphe , à ma honte honorée ,

« De Louis sur ses bords voit Timage adorée; a Fière d'un tel honneur, elle s'égale à moi. « Ah ! quand pourront un jour mes ondes outragées, « De la Garonne altière heureusement vengées , « Reconnaître leur roi? »

Nymphe, suspens tes pleurs ; ta voix s'est fait entendre; Tous les arts , à l'envi , déjà servent tes vœux : Un Lysippe nouveau , d'un nouvel Alexandre

Va t'ofïrir les traits généreux.

Non! des héros sanglants qu'il abjure le titre ; Qu'il soit des nations et le père et l'arbitre ; Du nom de Bien-aimé qu'il goûte les douceurs ; £t ne rentre jamais dans la foule vulgaire De ces rois oubliés , dont l'urne funéraire

N'a point reçu de pleurs !

ODE

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