‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1059 sur 1238 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DORANTE, LUBIN

LUBIN, iniroduisant Boranie,

Ayez la bonté, monsieur, de vous asseoir un moment dans cette salle. Mademoiselle Marthon est ehez madame, et ne tardera pas à descendre.

DORANTE

Je vous suis obligé.

LUBIN

Si vous voulez, je vous tiendrai compagnie, de peur que Tennui ne vous prenne : nous discourrons en attendant.

DORANTE

Je vous remercie, ce n'est pas la peine; ne vous détournez point.

LUBIN

Voyez, monsieur, n'en faites pas de façon : nous avons ordre de madame d'être honnêtes, et vous êtes témoin que je le suis.

DOBANTE.

Non, VOUS dis-je; je serai bien aise d'être un moment seul.

LUBIN

Excusez^ monsieur, et restez à votre fantaisie.

DORANTE, DUBOIS, entrant avec un air de myttire.

DORANTE

Ah I te voilà?

DUBOIS

Oui, je VOUS guettais.

DORANTS.

J'ai cru que je ne pourrais-me débarrasser d'un domestique qui m'a introduit ici, et qui voulait absolument me désennuyer en restant. Dis-moi| monsieur Rémi n'est donc pas encore venu?

DUBOIS

Non : mais voici l'heure à peu près qu'il vous a dit qu'il arriverait, [il cherche^ et regarde.) N'y a-t-il là personne qui nous voie ensemble? Il est essentiel que les domestiques ici ne sachent pas que je vous connaisse.

DORANTE

Je ne vois personne.

DUBOIS

Vous n'avez rien dit de notre projet à monsieur Rémi, votre parent?

DORANTE

Pas le moindre mot. Il me présente de la meilleure foi du monde, en qualité d'intendant, à cette dame-ci, dont je lui ai parlé, et dont il se trouve le procureur; il ne sait point du tout que c'est toi qui m'as adressé à lui. Il la prévint hier; il m'a dit que je me rendisse ce matin ici; qu'il me présenterait à elle; qu'il y serait avant moi, on que, s'il n'y était pas encore, je demandasse une mademoiselle Marthon. Voilà tout, et je n'aurais garde de lui conûer notre projet, non plus qu'à personne : il me paraît extravagant à moi qui m'y prête. Je n'en suis pourtant pas moins sensible à ta bonne volonté. Dubois, tu m'as servi, je n'ai pu te garder, je n'ai pu même te récompenser de ton zèle; malgré cela, il t'est venu dans l'esprit de faire ma fortune : en vérité, il n'est point de reconnaissance que je ne te doive.

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