‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 11 sur 1238 · XII MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES · texte numérisé non relu

XII MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES

en 1740, et que je ne sais pourquoi aucun de ses modernes biographes n'a citée '. C'est, sous un coin de sa vie, tout un côté de son caractère :

« Oui, mon cher ami, je suis paresseux, et je jouis de ce bien-là, en dépit delà fortune qui n'a pu me l'enlever, et qui m'a réduit à très-peu de chose sur tout le reste. Ce qui est fort plaisant, ce qui prouve combien la paresse est raisonnable, combien elle est innocente de tous les blâmes dont on la charge, c'est que je n'aurais rien perdu des autres biens si des gens, qu'on appelait sages, à force de me gronder, ne m'avaient pas fait cesser un instant d'être paresseux. Je n'avais qu'à rester comme j'étais, m'en tenir à ce que j'avais, et ce que j'avais m'appartiendrait encore : mais ils voulaient, disaient-ils, doubler, tripler,

quadrupler mon patrimoine, à cause de la commodité du temps', et je les en laissai

disposer, vendre pour acheter, etc. ; ils me menaient comme ils voulaient.

« Un abbé Maingui surtout, devant Dieu soit son âme, fit taire mon peu d'avidité naturelle, et cet honnête homme, vraiment homme d'honneur, à force débouté, de soin, d'intérêt, dénatura tant de bribes de mon avoir qu'il n'en est pas resté miettes de nature.

« Ah! sainte paresse! salutaire indolence! si vous étiez restées mes gouvernantes, je n'aurais pas vraisemblablement écrit tant de néant plus ou moins spirituel, mais j'aurais eu plus de jours heureux que je n'ai eu d'instants supportables.

« Mon ami, le repos ne vous rend pas plus riche que vous l'êtes, mais il ne vous rend pas plus pauvre : avec lui, vous conservez ce que vous n'augmentez pas, encore ne sais-je si l'augmentation ne vient pas quelquefois récompenser la vertueuse insensibilité poiu* la fortune. »

Obligé de renoncer à la paresse, car il allait devoir désormais se mettre sérieusement en besogne pour vivre, il continua de lui être indulgent chez les autres, surtout s'ils avaient sa franchise, et s'avouaient sincèrement paresseux. On sait, à ce propos, l'aventure du jeune pauvre, gros et gras, auquel il donna un écu de six livres parce qu'aux reproches qu'il lui faisait de ne pas travailler, étant si robuste et si bien portant, il lui avait franchement répondu : « Ah ! Monsieur, si vous saviez, je suis si paresseux ^ ! »

C'est du côté de la Comédie Italienne qu'il resta tourné. Depuis sa réouverture, peu de temps après la mort de Louis XIV, qui, nous l'avons dit dans notre Notice sur Regnard, l'avait tenu fermée pendant de longues années, pour un outrage à madame de Maintenon, elle avait un très-grand succès, où l'amusement était de moitié avec l'opposition posthume qu'on faisait ainsi à l'ancien règne. « Les Italiens, disait le Mercure de février 1716, attirent tout le monde *. »

Pour assurer cette fortune, que leur faisait le public de Paris, ils voulurent s'y natura-

1. D'Alembert, p. 158, n'en a donné qu*un fragment, mais elle est tout enlière dans VÈloge historique^ p. 29-33.

2. C'était dans le temps du Système, dit une note de VÈloge historique, p. 29, qui justiûe ce que nous avons dit tout à Theure.

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