‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 12 sur 1238 · Éloge historique, p · texte numérisé non relu

Éloge historique, p

A. Février me, p. 281.

MARIVAUX, SA VIE ET SES ŒUVRES. xiii

User mieux. Jusqu'alors, ils n'avaient donné que des pièces italiennes mélangées de scènes françaises ; ils décidèrent de ne plus jouer que de celles-ci, et d'avoir de cette façon, au lieu de fragments de pièces mi-parties, en deux langues, tout un répertoire de comédies véritables, qui pussent, aussi bien que possible, se mettre en concurrence avec celles du Théâtre français.

Ils firent appel aux auteurs, surtout aux nouveaux, qui ne se laissèrent pas appeler deux fois. Il y avait là pour eux tout un champ de ressources : on jouerait leurs pièces et on les payerait bien. Lesitaliens, en effet, n'avaient pas oublié de faire cette promesse, qui,paralt-il, fut tenue : « Ils ont, dit Boindin, dans sa Quatrième lettre sur les spectacles ', engagé des auteurs français à travailler pour eux ; on assure même qu'ils en agissent parfaitement bien avec ceux qui leur présentent des pièces : s'ils continuent à avoir la même politesse, je suis persuadé que nos meilleurs auteurs se feront un plaisir de travailler pour leur théâtre, les procédés leur étant d'autant plus sensibles que rarement les a-t-on pour eux. » Vous devinez que ce dernier trait va droit à l'outrecuidance de messieurs et de mesdames de la Comédie française, dont l'habitude était de traiter les auteurs avec l'insolence de privilégiés, qui jusqu^alors n'avaient pas eu de rivaux à craindre.

Ce qui sembla d'abord empêcher que les Italiens en fussent de bien redoutables, c'est qu'ils manquaient de la première qualité nécessaire pour jouer les pièces françaises qu'ils demandaient : ils parlaient français ou fort peu ou très-mal. « Flaminia et Sylvia, dit Boindin*, sont celles qui le parlent le mieux. Pour Violette, comme on a remarqué qu'elle n'en sait encore qu'un mot, il est à présumer que cette langue ne lui sera pas de sitôt familière. Lélio la parle à peu près comme un Suisse ; Mario se fait entendre à force de tâtonner. . . A l'égard d'Arlequin, il faut qu'il s'en tienne à son bergamasque, jusqu'à ce qu'il se soit rendu intelligible dans notre langue. 2>

On s'en tirait, toujours d'après Boindin, en priant les auteurs d'arranger les scènes et de distribuer les rôles de telle façon que ceux qui parlaient le mieux français eussent seuls à dire les choses les plus nécessaires à l'intelligence de la pièce. Sylvia et Flaminia avaient ainsi, de droit, toujours la plus belle part. Le public ne s'en plaignait pas, surtout pour Sylvia, et les auteurs s'en plaignaient moins encore.

Elle était, cette « petite Sylvia, » — on ne l'appelait guère autrement, — la comédienne que Marivaux préférait entre toutes. Il ne parlait d'elle et de son talent, suivant d'Alembert', qu'avec une sorte d'enthousiasme. Sticotti la déclare inimitable : a Elle n'avait, dit-il, qu'une manière pour jouer trente rôles différents, mais elle nous charmait d'un plaisir toujours nouveau : son caractère était la naïveté, et les grâces tout son art^. »

Marivaux, qui lisait ses pièces avec « une perfection peu commune S » avait contribué

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