‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1132 sur 1238 · PASQUIN, LISETTE · texte numérisé non relu

PASQUIN, LISETTE

PASQUIN, à part.

Allons, modérons-nous.

LISETTE, d*iin air sérieux et triste.

Je te cherchais.

PASQUIIT, d*icit air souriant.

Et moi j'avais envie de te voir.

LISETTE

Regarde-moi bien, ce sera pour longtemps; j*ai ordre de ne te plus voir.

PASQUIN, d'tift air badin.

Ordre!

LISETTE

Oui, ordre, oui : il n'y a point à plaisanter.

PASQUIN, toujours riant.

Et dis-moi, auras-tu de la peine à obéir?

LISETTE

Et dis-moi, à ton tour, un animal qui me répond sur ce ton-là méri(e-t-il qu'il m'en coûte?

PASQUIN, toujours riant.

Tu es fâchée de ce que je ris?

LISETTE, le regardant,

La cervelle t'aurait-elle subitement tourné, par hasard?

PASQUIN

Point du tout, je n'eus jamais tant de bon sens; ma tète est dans toute sa force.

LISETTE

C'est donc la têle d'un grand maraud. Ah, l'indigne!

PASQUIN

Ah, quelles délices! Tu ne m'as jamais rien dît de si touchant.

LISETTE, U considérant,

La maudite race que les hommes! J'aurais juré qu'il m'aimait.

PASQUIN, riant.

Bon, t'aimer! je t'adore.

LISETTE

Écoute-moi, monstre, et ne réplique plus. Tu diras à ton maître, de la part de madame Dorvillc, qu'elle le prie de ne plus parler à Constance ; que c'est une liberté qui lui déplatt, et qu'il s'en abstiendra, s'il est galant homme : ce dont l'impudence du valet fait que je doute. Adieu.

PASQUIN

Oh ! j'avoue que je ne me sens pas d'aise, et cependant tu t'abuses : je suis plein d'amour, là, ce

qu'on appelle plein : mon cœur en a pour quatre, en vérité ; tu le verras.

LISETTE, s^arréiant.

Je le verrai? Que veux-tu dire?

PASQUIN

Je dis... que tu verras; oui, ce qu'on appelle voir... Prends patience.

LISETTE, comme à part.

Tout bien examiné, je lui crois pourtant l'esprit en mauvais état.

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