‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1218 sur 1238 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ARTHENIGE, M«* SORBIN, LINA.

LINA

Pourquoi donc le maltraitez-vous, ma mère? Est-ce que vous ne voulez plus qu'il m'aime, ou qu'il m'épouse?

MADAME SORBIN

Non, ma fille, nous sommes dans une occurence OÙ l'amour n'est plus qu'un sot.

LINA

Hélas ! quel dommage !

ARTHENIGE.

Et le mariage, tel qu'il a été jusqu'ici, n'est plus aussi qu'une pure servitude que nous abolissons, ma belle enfant; car il faut bien la mettre un peu au fait pour la consoler.

LINA

Abolir le mariage! Eh! que mettra-t-on à la place?

MADAME SORBIN

Rien.

LINA

Gela est bien court.

ARTHENIGE.

Vous savez, Lina, que les femmes jusqu'ici ont toujours été soumises à leurs maris.

LINA

Oui, madame; c'est une coutume qui n'empèchc pas l'amour.

MADAME SORBIN

Je te défends l'amour.

LINA

Quand il y est, comment l'ôter? Je ne lai pas pris; c'est lui qui m'a prise, et puis je ne refuse pas la soumission.

MADAME SORBIN

Gomment soumise, petite âme de servante, jour de Dieu ! soumise, cela peut-il sortir de la bouche d'une femme? Que je ne vous entende plus proférer cette horreur-là, apprenez que nous nous révoltons.

ARTHENIGE.

Ne vous emportez point, elle n'a pas été de nos délibérations, à cause de son âge, mais je vous réponds d'elle, dès qu'elle sera instruite. Je vous assure qu'elle sera charmée d'avoir, autant d'autorité que son mari dans son petit ménage, et quand il dira je veux, de pouvoir répliquer, moi, je ne veux pas.

LINAjp/flirffWf.

Je n'en aurai pas la peine; Persinet et moi, nous voudrons toujours la même chose; nous en sommes convenus entre nous.

MADAME SORBIN

Prends-y garde avec ton Persinet; si tu n'as pas des sentiments plus relevés, je te retranche du noble corps des femmes ; reste avec ma camarade

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