‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 15 sur 1238 · T. I, de mai 1722, p. i · texte numérisé non relu

T. I, de mai 1722, p. i

MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. xvii

sur les exigences du beau langage, ne lui cherchaient jamais querelle pour le français quelquefois bizarre qu*il leur faisait parler.

La Surprise de r Amour, je laidit, fut un beau succès; j'ajouterai que Tannée suivante,

quoiqu'au mois d'août, en pleine canicule, la reprise réussit encore mieux '. Marivaux

ravait devancé par une nouvelle pièce, la Double Inconstance, jouée le 6 avril précédent,

mais qu'il aurait pu faire arriver encore plus tôt. D'autres préoccupations l'en avaient

empêché. Il s'était remis à la suite de La Motte, dont la tragédie de Romulus faisait alors

tapage d'admiration d'un côté, et de critique de l'autre; et — ce qui recommande moins

son bon goût, que la constance de son amitié, — il avait perdu son encre et son temps à

défendre cette mauvaise pièce, à l'exalter comme un chef-d'œuvre dans une brochure^,

que d'Âlembert' ne lui pardonnait pas, et qu'il semble avoir lui-même condamnée plus

tard, car on ne la retrouve dans aucune édition de ses œuvres.

Une affaire plus importante l'avait aussi accaparé. Il s'était mis à créer un journal, avec la prétention d'en être le seul rédacteur. Il n'avait certes pas pour si grosse entreprise demandé conseil à sa paresse.

La fortune que s'étaient faite dans le Mercure ses articles de caractères lui avait donné l'idée de ce journal ou plutôt de ce recueil, qu'il voulait tout d'observations et d'études sur les mœurs, et dont le titre renouvelé d'Addison était : le Spectateur. Une feuille en devait paraître chaque semaine. L'annonce reproduite par le Mercure, qui lui fit une propagande de très-bonne amitié^, le promettait expressément ; mais dès le second numéro, le journal manquait à sa promesse : ce n'est pas huit jours, mais quinze jours après le premier que ce second niunéro paraissait.

Marivaux ne tarda pas à se donner de bien plus grandes libertés encore. Son Spectateur ne fit bientôt plus d'apparitions que tous les trois mois, puis comme on devait s'y attendre d'après le sans-gêne de ces intermittences,, il ne parut plus du tout. « Il n'alla pas, écrit M. Hatin^, au delà de la deuxième année. »

On le regretta, non peut-être dans le public, qui l'avait laissé passer presque inaperçu, mais chez les gens de goût, même à l'étranger*, surtout en Angleterre, où l'on allait, ce qui était trop, jusqu'à le mettre, comme observation et profondeur morales, sur le même niveau que La Bruyère'. Selon M. de Paulmy*, c'était Marivaux lui-môme que ce Spectateur, D'Alembert •, qui l'y reconnaît aussi, convient qu'il n'a peut-être mis dans aucune autre de ses œuvres autant d'esprit, de variété, d'observation, de traits. Lorsque six ans après il en

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