Bibliothèque des romans, octobre 1775, p
xTiiï MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES,
réunit, en deux volumes, les numéros épars ', le succès, qui d'abord avait échappé, lui arriva. On préférait alors le livre au journal, et les ouvrages d'ensemble à ceux qu'une périodicité, qui n'était pas encore dans les habitudes, ne livrait que morceaux par morceaux : on a bien changé depuis.
Un grand deuil, la mort de sa femme, qu'il perdit en 1723, lorsque le Spectateur en était à sa seconde année, fut peut-être pour beaucoup dans le parti qu'il prit de ne pas le continuer. Le chagrin aura fait ce que n'avaient point fait encore l'insuccès et le découragement. Il fut, à ce qu'il paraît, très-vif chez Marivaux. Il regretta toute sa vie cette jeune femme avec laquelle il n'avait été marié que deux ans à peine*.
Elle lui laissait une fille, qu'il fit bien élever, mais que faute d'être assez riche pour la doter dignement, il ne put que destiner au cloître. Encore fut-il fort empêché lorsqu'il fallut fournir aux frais de la profession. Le duc d'Orléans, celui dont on connaît la retraite dévote à Sainte-Geneviève, qui savait gré à Marivaux de n'avoir jamais oublié la morale en des œuvres où tant d'autres ne mettaient que des scandales, le tira généreusement d'affaire, en pourvoyant à tout '.
Sa fille put ainsi prendre le voile à l'abbaye du Thrésor. A quelle époque? nous l'ignorons; mais certainement avant qu'elle eût trente ans, car le duc d'Orléans mourut au commencement de 1752, lorsqu'elle était sur le point de les avoir.
Marivaux, quoique indépendant, comme il ne pouvait manquer de l'être avec son esprit de fantaisie et de caprice, ne négligeait pourtant pas de se faire bien venir des puissants. Sa réputation l'y portait; il la laissait faire, et même s'y prêtait. Au moment, par exemple, où nous en sonmies arrivé de sa vie, en 1723, à la mort de sa femme, il y avait eu une révolution de palais, avec de nouveaux venus au pouvoir, dont il n'avait pas été des derniers à saluer l'avènement. Le Régent, devenu simplement depuis quelques mois premier ministre, était mort, et M. le duc de Bourbon lui avait succédé. On sait qui gouverna pour lui. Ce fut la marquise de Prie. Marivaux, qui savait leur liaison, devina-t-il, dès lors, oii serait vraiment le pouvoir? C'est probable.
En tout cas, pour ne pas perdre de temps, à peine la marquise était-elle installée favorite qu'il lui offrait publiquement sa dernière pièce. Les trois actes de la Double inconstance paraissaient avec une épître dédicatoire à son adresse. Le présent était de valeur, car la pièce, bien qu'on y trouvât un peu trop de « métaphysique de cœur*, » avait réussi, et Marivaux, qui savait ce qu'elle lui avait demandé d'art et de ciselure de style, la considéra toujours conmie une de ses meilleures '.
Ces courtisaneries de dédicace, que d'ailleurs il ne prodigua pas, et qui, cette fois sont pardonnables dans l'état de détresse où l'avaient laissé l'insuccès du Spectateur et la