LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE V
HORTBNSIUS.
Madame, je ne sais rien là-dessus que de trèsvague.
LA XARQUISB.
Du vague, voilà qui est bien instructif 1 Voyons donc ce vague.
HORTBNSIUS.
Je pense donc que Lisette ne disait à monsieur le chevalier que vous épousiez monsieurle comte...
Abrégez les qualités.
HORTENSIUS
Qu'aiin de savoir si ledit chevalier ne voudrait pas vous rechercher lui-même, et se substituer au lieu et place dudit comte; et même il appert, par le récit dudit Lubin, que ladite Lisette vous a offerte audit chevaJier.
LA MARQUISE
Voilà, par exemple, de ces faits incroyables. G*est promener la main d*une femme, et dire aux gens : La voulez-vous ? Ah I ah I je m'imagine voir le chevalier reculer de dix pas à la proposition, n'cst-ilpas vrai?
HORTBNSIUS.
Je cherche sa réponse littérale.
LA MARQUISE
Ne vous brouillez point; vous avez la mémoire fort nette ordinairement.
HORTBNSIUS.
Lhistoire rapporte qu'il s'est d'abord écrié dans sa surprise, et qu'ensuite il a refuse la chose.
LA MARQUISE
Oh I pour l'exclamation, il pouvait la retrancher, ce me semble : elle me parait très- imprudente et Irès-impolie. Ten approuve l'esprit; s'il pensait autrement, je ne le verrais de ma vie ; mais se récrier devant des domestiques, m'exposer à leur niilerie, ahl c'en est un peu trop : il n'y a point de situation qui dispense d'être honnête.
HORTBNSIUS.
La remarque critique est judicieuse.
LA MARQUISE
Oh I je VOUS assure que je mettrai ordre à cela. Comment donc ! cela m'attaque directement, cela va presque au mépris. Oh ! monsieur le chevalier, aimez votre Angélique tant que vous voudrez; mais que je n'en souffre pas, s'il vous platt 1 Je ne veux point me marier, mais je ne veux pas qu'on me refuse.
HORTBNSIUS.
Ce que vous dites est sans faute. (A part.) Ceci va bon train pour moi.... Mais, madame, que devîendrai-je ? Puis-je rester ici 7 N'ai-je rien à craindre?
LA MARQUISE
Allez, monsieur, je vous retiens pour cent ans. Vous n*avez ici ni comte ni chevalier à craindre; c'est moi qui vous en assure, et qui vous protège :
prenez votre livre et lisons; je n'attends personne.
{llorieniius tire un livre,)