MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES
journaux, aux recueils, le Mercure entre autres, dont il fut toujours, — ce qu'on n'a pas dit, — plus ou moins le collaborateur, depuis son entrée dans les lettres jusqu'à ses dernières années, que nous nous sommes surtout adressé. Ce que nous y avons découvert n'est pas d'un bien gros volume, mais forme toutefois un lot de documents assez peu connus, assez inexplorés, pour que nous ayons cru pouvoir les dire nouveaux.
Marivaux était de Paris^ mais d'origine normande, ce qui se devine à quelques-uns de ses types. Ses vakts, — je ne parle pas de ceux qui mènent Tintrigue de ses pièces, mais des autres plus à côté. Biaise de VEpréuve, Lubin des Fausses confidences^ Lépine même du Legs, malgré son accent gascon, — sont tous de vrais bas-normands, niais ou madrés.
On savait qu'il était né en 1688, l'année même où parut la première édition des Caractères de La Bruyère, avec lesquels quelques-uns de ses recueils : Le Cabinet (Tun philosophe,, le Spectateur, ont été plus d'une fois comparés surtout par les Anglais, mais on Ignorait que le jour exact de sa naissance fût le 4 février de cette année-là. M. Jules Ravenel Is découvrit le premier et l'indiqua dans ses éphémérides de V Annuaire de la Société de r histoire de France \ où Sainte-Beuve, à qui nous avions fait longtemps honneur de la découverte,, en prit bonne note pour son premier article.
Ce n'^est rien que cette date, mais pour ceux qui aiment certains rapprochements, elle a toutefois son intérêt : il se trouve ainsi que le mois de février est vraiment celui qui prime dans la biographie de Marivaux. Lui-même, qui poussait jusqu'à la superstition la curiosité de ces rencontres en eût été frappé chez tout autre. Il naquit le 4 février; on le reçut à l'Académie française, — ce qui fut, suivant d'Alembert, le seul grand événement de sa viCy — le même jour du même mois, en 1743 ; enfin, c'est le 12 février que, vingt ans après, il mourut.
Revenons à sa naissance. Son baptême, où on lui donna le nom de Pierre, se fit à Saint- Gei"vais, la grande paroisse du Marais, qui était encore, à cette époque, le quartier des gens de finance. M. Carlet de Chamblain de Marivaux en était un, moins en vue que bien d'autres, mais, pour cela même, plus estimé. Sa famille, nous l'avons dit, venait de Normandie; D'Alembert nous apprend qu'elle tenait à la magistrature, et que plusieurs membres distingués du Parlement de Rouen en étaient sortis; puis il ajoute, avec un dédain malheureusement trop mérité par les hommes d'argent de son temps, « elle était descendue de la robe à la finance ^. »
Le nom patronymique était Carlet, celui de Chamblain s'y ajouta, par une de ces greflfes plus ou moins adroites, qui sont fort ordinaires aux époques où l'argent qui se croit tout permis commence par s'adjuger la noblesse, ou du moins ce qui en est l'apparence. Le nom de Chamblain se trouva malheureusement pris aussi par d'autres, et dans ce même monde de financiers, qui pis est. Il y eut alors, outre notre Carlet de Chamblain, un