Année 1839, p
2. D'Alembert, Histoire des membres de l'Académie française, 1787, in-S, t. YI, p. 54.
MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. m
François de Chamblain, un Bullette de Chamblain, etc/. C'était trop, d'autant que ces derniers Chamblain n'étant pas des mieux vus^ il importait de ne pas être confondus avec eux. Ils comptaient parmi les plus rapaces, et les plus gloutons de la finance, conune on Je vit sous le Régent, quand la taxe de 171 6 leur fit rendre gorge. C'est, sans nul doute, pour parer à cette confusion, et afin de couvrir son premier nom d'emprunt, qui ne le distinguait plus assez, que M. Carlet en emprunta un second, celui de Marivaux, qui, loin d'avoir les mêmes disgrâces, devait devenir célèbre.
Peu d'années après la naissance du fils qui valut à son nom cette célébrité, dans les premiers mois de i694, le directeur de la Monnaie de Riom ayant été révoqué pour malversations^, M. Carlet de Marivaux fut nonuné à sa place, et, conune cette charge exigeait résidence, il partit pour l'Auvergne avec sa famille. C'est donc à Riom que Pierre encore tout enfant fut élevé, ce qui longtemps fit croire qu'il y était né *.
De Riom, M. de Marivaux nous semble avoir dû passer avec le titre de directeur à Limoges, où il y avait aussi alors un hôtel des Monnaies. C'est, en effet, dans cette ville que n(»us verrons bientôt son fils composer, faire jouer en société, et publier sa première pièce.
Quelle avait été son éducation? Quelles études avait-il faites? D'assez médiocres sans doute, conune celles qu'on pouvait faire alors en Auvergne et dans le Limousin. « L'histoire n'en est ni longue ni brillante ]>, dit d'Alembert^, qui donne ensuite à entendre que si le jeune Marivaux glissa sans trop appuyer sur le latin, ce ne fut pas pour pousser jusqu'au grec. Le mépris que nous lui trouverons tout à l'heure pour les anciens, surtout pour Homère, vint un peu de là. Il faut les avoir connus et pratiqués d'enfance, pour les respecter, pour leur vouer, sous la parole autorisée de quelque bon maître, ce culte d'admiration dont la foi, au lieu de vous gagner lorsqu'on vient à eux trop tard, en dehors des classes, fait place au contraire assez volontiers au dédain sceptique, et même, comme chez Marivaux, à la plus irrespectueuse impertinence.
S'il nous fallait une preuve sans réplique de l'infériorité de sa première instruction, qu'il n'eut au reste que plus de mérite à compléter comme il le fit , sa comédie de début nous en servirait. Après l'avoir lue, après y avoir compté les vers faux, les accolements de quatre rimes de même espèce féminines ou masculines mises à la suite, les hiatus qui conunencent dès le onzième vers, pour se multiplier ensuite à l'infini, on ne se demande plus : avait-il fait de bonnes études? Mais on se dit, avec un de ses premiers biographes ' : en avait-il même fait ?
Cette première pièce fut une gageure, lorsqu'il avait dix-huit ans. On parlait beaucoup dans une des premières maisons de Limoges, où il se trouvait, de la difficulté qu'il y avait
i. Vie privée de L(mi8 XV, i78<, t. I,p. 476, 485, 180.
2. Boislisie, Correspondance des Contrôleurs généraux, 1876, grand ia-4, p. 356.
3. Notice en tête de rédition des Œuvres, 1781, in-8, 1. 1, p. 1.