‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 20 sur 1238 · XXII MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES · texte numérisé non relu

XXII MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES

Ses deux succès presque coup sur coup du Prince travesti et de la Fausse suivante^ aux Italiens, l'avaient fait assez remarquer pour qu'on eût l'œil sur lui à la Comédie-Française, et pour qu'on y songeât à lui demander quelque chose. Il accueillit avec plaisir l'ouverture qui lui en fut faite, mais ne promit qu'un acte, pour le donner plus vite, sans n'y rien négliger. Un des auteurs de V Histoire du Théâtre-Français , l'atné des deux frères Parfaict, qui l'avait déjà aidé pour les divertissements de sa dernière pièce*, lui prêta sa collaboration dans quelques scènes à dégrossir ', et vers le milieu de novembre l'acte se trouva prêt. Mis aussitôt au théâtre, il fut joué le 2 décembre sous ce titre : le Dénouement imprévu.

L'effet en fut médiocre. « Le sujet, disait-on, est bien conçu, mais n'est pas rempli'. » Onjoualapiècesix fois seulement, et le Mercure * ne lui consacra que quelques lignes, moins comme critique que conmie épitaphe : « Cette comédie n'a pas eu beaucoup de succès. On convient pourtant qu'elle est pleine d'esprit, et fort bien écrite. » Ce qui est vrai. Marivaux, qui savait quel public nouveau il devait affronter, et contre quel parti pris de défiance pour un intrus du théâtre rival il allait se heurter, avait pris* toutes ses précautions de soin et de style, mais, on l'a vu, presque en pure perte. Messieurs du parterre et du café de la Comédie-Française n'avîdent pas été désarmés.

Vite, il retourna à ses chers Italiens, où l'attendait une de ses meilleures fortunes au théâtre. Sa petite pièce de Vile des Esclaves, qu'il donna le 5 mars 172S, n'eut pas moins de vingt et une représentations consécutives et toutes très-suivies '. Pour le temps, c'était énorme. Le public essentiellement populaire du théâtre de la rue Mauconseil, — on sait que c'est là que jouaient les Italiens, à l'ancien hôtel de Bourgogne, — s'était fait une véritable joie de cette pièce, sorte de bergerie révolutionnaire anticipée, comme dit Sainte- Beuve ®, où les maîtres, obligés de changer de rôle et de servira leur tour, expérimentaient par eux-mêmes ce quTl en coûte d'être esclave.

Le 19 août suivant, un dimanche de canicule, Marivaux à qui l'on s'était hâté de dem£mder une pièce nouvelle, laissa jouer presque par complaisance et sans qu'on l'annonçât, V Héritier de Village, en un acte, que tant bien que mal il avait bâclé, avec des réminiscences plus ou moins arrangées et rajeunies de Georges Dandin et du Bourgeois gentilhomme. Tout alla bien, car la salle était à peu près vide. Le rédacteur du Mercure y seul critique alors, ne s'y trouvait même pas, et il se contenta d'écrire dans son voliune du mois d'août : « Nous parlerons de la pièce quand nous l'aurons vue ^. » Il n'en prit pas la. peine, car, depuis il n'en souffla mot. Elle n'eut que six représentations.

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