‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 231 sur 1238 · LA RÉUNION DES AMOURS, SCÈNE Y · texte numérisé non relu

LA RÉUNION DES AMOURS, SCÈNE Y

iOl

tez toujours après leurs femmes quelque chasseur qui les attrape.

CUPIDON

Et moi, je vous dis que mes chasseurs ne poursoiveat que ce qui se préseate.

PLUTUS

Cest-à-dire que les femmes sont bien aises d'être courues?

cupiDOir.

Voilà ce que c'est. La plupart sont des coquettes, qui en demeurent là, ou bien qui ne se retirent que pour agacer; qui n'oublient rien pour exciter renvie du chasseur, qui lui disent : mirez-moi. On les mire, on les blesse, et elles se rendent. Est-ce ma faute? Parbleu I non; la coquetterie les a déjà bien étourdies avant qu'on les tire.

MBRCURB.

Vous direz ce qu'il vous plaira. Ce n'est point à moi à vous donner des leçons: mais prenez-y garde : ce sont les hommes, ce sont les femmes qui crient, qui disent que c'est vous qui passez les contrats de la moitié des mariages. Après cela, ce sont des vieillards quevous donnez à expédier à de jeunes épouses, qui ne les prennent vivants que pour les avoir morts, et qui, au détriment des héritiers, ont tout le proOt des funérailles. Ce sont de vieilles femmes dont vous videz le coffre pour Tachât d'un mari fainéant, qu'on ne saurait ni troquer ni revendre. Ce sont des malices qui ne finissent point, sans compter votre libertinage : car Bacchus, dit-on, vous fait faire tout ce qu'il veut. Plutus avec son or, dispose de votre carquois; pourvu qu'il vous donne, toute votre artillerie est à son service, et cela n'est pas joli; ainsi, tenez-vous en repos et changez de conduite.

Puisque vous m'exhortez à changer, vous avez donc envie de vous retirer, seigneur Mercure?

MERCURE

Laissons là cette mauvaise plaisanterie.

PLUTUS

Quant à moi, je n'ai que faire' d'être dans les caquets. Tout ce que je prends de lui, je l'achète : je marchande, nous convenons, et je paie; voilà toute la Gnesse que j'y sache.

CUPIDON

Celui-là est comique! se plaindre de ce que j*aime la bonne chère et l'aisance, moi qui suis FAmour ! A quoi donc voulez-vous queje m'occupe? à des traités de morale? Oubliez-vous que c'est moi qui mets tout en mouvement, que c*est moi qui donne la vie ; qu'il faut dans ma charge un fonds inépuisable de bonne humeur, et que je dois être à moi seul plus sémillant, plus vivant que tous les dieux ensemble?

MERCURE

Ce sont vos affaires. Mais je pense que voici Apollon qui vient à nous.

PLUTUS

Adieu donc, je m'en vais. Le dieu du bel esprit et moi ne nous amusons pas extrêmement ensemble. Jusqu'au revoir, Gupidon.

CUPIDOIT.

Adieu, adieu, je vous rejoindrai.

Page 1