Manuel des Châteaux, p
xxTi MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES,
madame du Maine, que le roman singulier dont nous parlons : VEcumoire ou Tanzaî et Neardané, histoire japonaise^ est dirigé; or, d'après la place qu'y occupe Tallusion satirique contre Marivaux, on peut juger de celle qui lui était faite dans cette société.
Son style y est tourné en ridicule et c'est à une taupe qu'on en prête la parodie : « Avançons, taupe, mon amie ; des faits et point de verbiage, etc. » Comme tout le monde, Marivaux lut ce roman, qui fit grand bruit et fut même cause que Crébillon fils fut mis à la Bastille ; comme tout le monde, il s'y reconnut, mais sans se fâcher d'abord. La contrefaçon de son style était si bien saisie, qu'il en fut la dupe : « Il crut, dit d'AIembert^ — car personne n'était plus facile à tromper — qu'on avait voulu rendre hommage à sa manière d'écrire, n eut bientôt le malheur d'être désabusé, et ne pardonna pas à son critique cette double injure, ou plutôt il ne l'oublia jamais, car il était sans fiel, mais non pas sans mémoire. » La verte leçon de morale, que, dans le Paysan parvenu^ un vieux chevalier de Saint- Louis donne à un jeune corrompu, à propos du dernier roman à scandale de Crébillon le fils, fut la vengeance de Marivaux'. « L'âme se raffine à mesure qu'elle se gâte, » dit-il avec trop de raison pour son siècle, dans un autre endroit du Paysan parvenu. Il avait pu du moins, lui, n'être que raffiné ; Crébillon fils était gâté.
En dehors de l'hôtel du Maine et du château de Sceaux, dont nous venons de parler, on connaît à peu près toutes les maisons, la plupart bureaux d'esprit, que Marivaux fréquenta, et dont son caractère aimable, quoique pointilleux, le fit moins l'hôte que l'ami; mais on ignore la place qu*il y tenait, tant il l'avait su limiter aux seules choses de l'esprit. Il y avait le même que dans ses pièces. Lorsqu'on sait donc quel ton de conversation aisé et rapide il savait prendre au théâtre, il est facile de se figurer ce qu'il devait être* dans le monde : l'auteur fait deviner le causeur. « Il croyait, dit d'Alembert*, être naturel dans ses comédies parce que le style qu'il prête à ses acteurs est celui qu'il avait lui-même sans relâche et sans effort dans la conversation. »
Jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusque dans le salon de madame du Boccage, qui fut son dernier, on ne fut pas, carie brillant de son esprit et de ses vues originales était resté sans éclipse, on ne fut pas un seul soir sans faire cercle autour de lui^ 11 avait du bonheur à se laisser écouter, mais il tenait rigueur à quiconque chuchottait en le regardant*. « On n'osait, dit Voisenon^, se parler bas devant lui, sans qu'il crût que c'était à son préjudice. »
Le président Hénault, qui le vit beaucoup chez madame du Defifand et chez madame Geofl&in, se plaint aussi, quoique l'estimant fort du reste, de ce qu'il lui sembla toujours