CEuvres, t. IV, p
MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. xxvii
(( un peu pointilleux par la délicatesse de son amour-propre ^ » Sur ce point, il était plus que femme, il était sensitive, et sans le vouloir. Une de ses maximes, en effet, était « qu'il faut avoir assez d'amour-propre pour n'en pas trop laisser paraître^. » Or, c'était en lui ce qui paraissait le plus. Chez lui aussi « Timpatience de faire preuve de finesse et de sagacité perçait visiblement. » C'est Marmontel qui le dit', et le contraire nous eût surpris. Avec des pièces comme celles qu'il a faites, on ne pouvait, M. Nisard l'a très-justement remarqué, on ne pouvait être partout qu'un « entêté du fin*. »
C'est chez madame de Tencin que le connut Marmontel. Il était avec Fontenelle, Mairan, Duclos, Montesquieu, « une de ses bêtes, » comme elle appelait, par antiphrase, ces beaux esprits. Piron, qui en était aussi, rend sur Marivaux le même témoignage. Il nous le donne comme c< l'homme du monde le plus attentif à bien penser et à se bien exprimer * ; » et ailleurs encore, il dit de lui : « Marivaux qui mettait de l'esprit partout®. » Aussi un jour qu'une dame lui demandait des vers, commença-t-il par ce quatrain :
L*esprit qui dans mon cœur pétille Fait feu des quatre pieds pour vous :
Je veux qu*à chaque mot il brille :
Saint Marivaux, priez pour nous "^ !
Madame de Tencin était sa véritable amie, sa plus intime conseillère. Quelque critique l'avait-il un peu trop vivement piqué, vite en voisin — ils demeuraient l'un et l'autre rue Saint-Honoré, près Sain1>-Roch — il courait tout endolori lui conter sa peine.
Un jour elle voulut qu'il répondit et rendît attaque pour attaque, dût-il blesser plus profondément le critique qui l'avait blessé : J'aime mon repos, se contenta-t-il de lui dire, et je ne veux pas troubler celui des autres^.
Fontenelle, à qui Marivaux devait d'être entré dans cette maison, où lui-même avait été plus qu'im ami, s'y permettait, avec l'amour-propre de son protégé, des franchises, qui parfois le faisaient regimber sous l'aiguillon : « Il faut, dit-il, par exemple, un soir, qu'il avait poussé l'originalité un peu loin, il faut passer les expressions singulières à M. de Marivaux, ou bien renoncera son commerce. » Marivaux crut à une critique, et fit grise mine. Fontenelle qui le vit, s'expliqua, et quand il lui eut prouvé que son propos n'avait rien de désobligeant, il ajouta : « ne vous pressez pas de vous fâcher quand je parle de vous^. »
On voit par là quel amour-propre sur le qui-vive, quelle sensitive effarouchée il fut partout et toute sa vie.
La maison où il se reposait le mieux, parce qu'il y avait moins de finesse à dépenser,