Dictionn, de Trévoux au mot gueux
MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. xxix
qu'avec plus d'acharnement, comme si cette philosophie, au lieu de la braver, Tencourageait. Une pièce nouvelle, que, le 18 juin 1729, Marivaux donna, avec Taide encore de Pannard', n'eut pas le moindre succès. On ne la joua qu'une fois. C'était la Nouvelle Colonie, ou la Nouvelle Ligue des Femmes , que Marivaux réduisit plus tard, de trois actes en un, qu'il fit jouer dans le monde sous cette nouvelle forme, et qu'il publia dans le Mercure du mois de décembre 1750, où nous l'avons prise, la réunissant ainsi, pour la première fois, à son théâtre, dont, comme on le verra, pour peu qu'on la lise, elle n'est pas indigne.
11 tint bon contre cette chute, en faisant vite une autre pièce et il s'en trouva bien. Les trois actes nouveaux qu'il donna aux Italiens, le 23 janvier 1730, ne furent pas moins que le Jeu de r Amour et du Hasard, l'expression la plus vive peut-être de son esprit et de sa manière, bien que lui même ne rangeât pas la pièce parmi celles qu'il préférait^.
Nous n'en dirons rien, puisque, Dieu merci, on peut encore assez souvent, au Théâtre- Français, se donner une idée, sinon de ce qu'elle est, au moins de ce qu'elle pourrait être, et de ce qu'elle fut en effet, quand Sylvia y joua le rôle, auquel par galanterie d'admiration, Marivaux avait donné son nom ; et quand le merveilleux arlequin Tomasini se livrait à tout le brio de ses lazzi, dans le personnage qui est devenu Pasquin en passant à la Comédie-Française ^ .
Ce fut un triomphe. Le Mercure — ce qui, de sa part, n'est pas commun — dit, parlant de la pièce, « elle a un très-grand succès^ » Il ajoute que, le 28 janvier, cinq jours après la première représentation, on la joua à la cour, et qu'elle y fut « très-goûtée. » C'était ainsi réussir deux fois.
Marivaux n'en profita pas. Un roman, celui de Marianne, l'absorbait alors, et, en pleine veine, le détournait du théâtre ; mais c'était, il est vrai, pour un succès nouveau. Celui de son livre, dont la première partie parut en 1731 , fut .éclatant, du moins pour cette partie. On la lut, on se l'arracha partout, et les Anglais, qui avaient déjà grande estime pour Marivaux, ne furent pas des derniers à cette lecture. Richardson s'y inspira pour son premier roman. Paméla, ainsi qu'à l'époque même on en fit la remarque ^, n'est qu'une sœur cadette de Marianne.
Celle-ci ne gagna pas à trop allonger sa route et à s'attarder. Chaque suite du roman fut de moins en moins heureuse. L'intérêt, qui languissait, fit qu'on eut plus d'attention, et, parla, plus de critique pour le style. On se plaignit de ce qu'il était trop précieux^. Marivaux se fâcha de ces plaintes', mais sans se corriger. Lui-même, à mesure que l'on se fati-
1. Les couplets du divertissement^ seule chose qui fut applaudie, se trouvent imprimés dans le 'Nouveau Thédlre-Italien, 1. 1, p. 336, 339.