‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 29 sur 1238 · Le Nécroîogej 1764, in*12, p · texte numérisé non relu

Le Nécroîogej 1764, in*12, p

MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. xxxi

bon, ardent au bien, se souvenant de son passé misérable, pour penser à ceux qu'il y a laissés, etc. Tout cela est à merveille, mais ne suffit pas. Il faudrait le voir à l'œuvre de cette bienfaisance. Marivaux, qui connaissait les pratiques des fermiers généraux de son temps, aura reculé devant l'invraisemblance.

Entre ces deux romans, .qu'il n'achevait pas, il avait continué de travailler pour le théâtre, qui, lui, du moins, n'acceptait rien sans dénoùment.

Le 5 novembre 1731, il avait donné à la Comédie-Française sa petite pièce allégorique, la Réunion des Amours, où je ne sais quel regain des Anciens et des Modernes lui était encore revenu, mais qui, malgré toute l'ingéniosité spirituelle qu'il y avait mise, et l'adorable jeu de mademoiselle Dangeville, F Amour ancien, et de mademoiselle Gaussin, l'Amour moderne, n'avait que faiblement réussi'. Il s'y était fait nommer monsieur de La Clède*. Pourquoi? Un auteur de ce nom, qui, trois ans après, publia une Nouvelle histoire du Portugal^ ^ Ty avait peut-être aidé.

La pièce plus importante, le Triomphe de V Amour, en prose et en trois actes, jouée au mois d'avril suivant par les comédiens italiens, ne s'était qu'à grand'peine, à force d'esprit, tirée d'une vraie débâcle* ; et, deux mois plus tard, le 8 juin, les Serments indiscrets, sur lesquels il comptait, qui restèrent une de ses pièces préférées^ , avaient eu, au Théâtre- Français, un sort encore plus déplorable, du moins le premier soir.

C'était une grosse partie. Pour la première fois, il risquait cinq actes de comédie. On ne permît pas, tant le tumulte fut grand, qu'ils allassent jusqu'au bout.

On cria, du côté des amis de l'auteur, qu'il y avait cabale. Il n'y crut pas, ou, du moins, avec un tact parfait, il feignit de n'y pas croire : « La représentation de cette pièce, dit-il dans la préface^ avec la sérénité qu'il savait prendre à l'occasion, n'a pas été achevée. EUe demande de l'attention; il y avait beaucoup de monde, et bien des gens ont prétendu qu'il y avait une cabale pour la faire tomber, mais je n'en crois rien : elle est d'un genre dont la simplicité aurait pu toute seule lui tenir lieu de cabale, surtout dans le tumulte d'une première représentation. »

Nous ne partagerons pas sa candeur. Nous croirons à un coup monté, comme on dit, et qui devait d'autant mieux réussir, que Marivaux avait encore eu l'imprudence de laisser donner sa pièce, pour la première fois, un dimanche, «jour, dit le Mercure^, où le parterre est plus impatient et plus turbulent que les autres. »

Un des hommes qui lui furent toujours le plus hostiles, Voltaire, d'ailleurs, était à Paris. Or, l'on sait quelle était déjà son influence sur le monde des théâtres, et avec quelle double adresse il avait Fart de faire réussir ses pièces et tomber celles des autres. Dès le mois d'avril,

f . OhserxiaJtewr Littéraire, f759, in-i2, t. I, p. 80.

t. P. Malassis, Théâtre de Marivaux, Bibliographie, p. H.

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