XXXII MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES
quand U sut que les Serments indiscrets étaient 'reçus au Théâtre-Français, il avait commencé à en mal parler :
<( Nous allons avoir cet été, écrivait-il le 9 à M. de Fourmont, avec un dédain du plus mauvais augure, une comédie en prose du sieur Marivaux, sous le titre : Les Serments indiscrets. Vous croyez bien qu'il y aura beaucoup de métaphysique, et peu de naturel; et que les cafés applaudiront, pendant que les honnêtes gens n'entendront rien. »
Il n'est pas le moins du monde impossible qu'avec une pareille prévention, et ne fût-ce que pour ne pas la démentir, Voltaire, comme je l'ai dit, ait été pour quelque chose dans la chute des Serments indiscrets y le premier soir. Ils se traînèrent pendant huit représentations encore, puis on prit prétexte de l'indisposition d'un acteur' pour les faire tout à fait disparaître de l'affiche. Ils furent repris plus tard, et beaucoup plus heureusement. La préférence de Marivaux pour cette pauvre pièce, à laquelle pas une avanie n'avait manqué : sifflets à la comédie, couplets moqueurs à la Foire, etc.^, se trouva ainsi justifiée. Il avait, du reste, été toujours certain qu'elle se relèverait quelque jour, et, pour cela, quoiqu'il semble qu'on l'eût prié de la modifier, et sans doute même de la réduire de cinq actes en trois, jamais il n'y avait remis la main : « Je suis, écrit Favart, le 42 juillet 1761 , au comte de Durazzo, je suis allé avant-hier chez monsieur de Marivaux lui demander s'il avait fait quelques changements aux Serments indiscrets; il m'a assuré qu'il n'avait jamais retouché cette pièce, et qu'il n'était pas dans le dessein d'y rien changer'. »
La Comédie-Italienne, qui l'avait déjà plus d'une fois consolé de ses déconvenues au Théâtre-Français, lui donna encore cettte satisfaction, et cela sans retard, dans le mois même qui suivit la chute des Serments indiscrets. Sa petite pièce Y Ecole des Mères, bien qu'elle ne soit qu'une assez pâle contre-épreuve de V Ecole des Femmes, avec une mère au lieu d'un futur, madame Argante à la place d'Arnolphe, y fut, dit le Mercure^, reçue trèsfavorablement.
L'an d'après, le 6 juin, il y réussit encore, et pour une plus forte partie. Ses trois actes de Y Heureux Stratagème, dont vingt-trois ans plus tard La Noue devait reprendre le sujet, pour les cinq actes en vers de sa Coquette corrigée, eurent un très-vif et très-chaud succès. On y aurait voulu peut-être un peu moins d'esprit, et, comme dit le Mercure *, « des beautés un peu plus à la portée de tout le monde ; » mais on se décida à convenir, — ce n'était certes pas trop tôt — que l'auteur, tout bien examiné, <cavoit une parfaite connoissance du cœur humain, et que peu de gens seroient capables de faire une plus exacte analyse de celui des femmes *. »