l'*édit., 1733,in-8, p
♦0- Le Nécrologe, 1764, p. 9; d'Alembert, p. <74.
MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. xxx?
beri S Marivaux ait montré du fiel : « M. de Voltaii^e, disait-il, par exemple, est le premier homme du monde pour écrire ce que les autres ont pensé ; » ou bien : « M. de Voltaire est la perfection des idées communes ; » ou bien encore ce mot moins connu, et qui est mieux encore de son esprit, presque bienveillant, même lorsqu'il attaque : « Ce coquin-là a un vice de plus que les autres, îl a quelquefois des vertus ^. »
Vous devinez que, lui connaissant ces dispositions d'esprit, on dut à l'occasion songer à lui pour quelque livre contre Voltaire. En 1735, cette occasion se présenta. Les Lettres philosophiques venaient d'être condamnées, brûlées par arrêt du Parlement. On en faisait grand bruit, et il semblait hors de doute qu'un écrit arrivant, au nom de la morale, se mettre du côté de la justice, et donner raison à la sentence, réussirait. Il fut demandé à Marivaux, qui refusa. Le libraire pensa que ce refus venait de ce qu'il n'avait pas offert assez; Q doubla ia somme, et il paraîtrait qu'alors Marivaux hésita.
Voltaire qui, par ses amis, était au fait de l'afiTaire, et, quoi qu'il en pût dire, craignait Tattaque à cause du talent et de la réputation de l'assaillant, voulut profiter de ses hésitations pour empêcher le coup. Il écrivit de Cirey à son ami Berger, en février 1736, la lettre ia plus flatteuse pour Marivaux, espérant bien qu'elle lui serait montrée :
« Je serais très-fàché, y dit-il, de compter parmi mes ennemis un homme de son caractère , et dont j'estime l'esprit et la probité. Il y a surtout dans ses ouvrages un caractère de philosophie, d'humanité et d'indépendance dans lequel j'ai trouvé avec plaisir mes propres sentiments, etc. »
Le mois d'après, le ton change. Il croit savoir que l'effet de sa lettre a manqué, et que Marivaux va s'exécuter. Vite il écrit à Thiriot : « Remerciez M. de Marivaux ; il fait un gros livre contre moi qui hii vaudra cent pistoles. Je fais la fortune de mes ennemis. » Ce n'est qu'une première pointe. Le surlendemain, son inquiétude croissant, il écrit de nouveau à Thiriot' : « Je n'ai offensé ni voulu offenser jamais M. de Marivaux, que je ne connais point, et dont je ne lis jamais les ouvrages. S'il fait un livre contre moi, ce n'est point par vengeance, car il l'aurait déjà fait paraître, ce n'est que par intérêt, puisque le libraire qui ne lui en oflEirait que cinq cents francs, lui en donne cent pistoles cette année. »
A la suite viennent des injures, où il va jusqu'à traiter Marivaux de « misérable ! » Que faisait celui-ci, cependant? Il coupait court à ses hésitations par un nouveau refus, malgré la somme doublée. Au moment même où Voltaire l'injuriait et lui prêtait les pensées les plus vénales, il se décidait à ne rien écrire contre lui, quelque prix qu'on payât le libelle. Aussi l'affaire semble-t-elle en être restée là. Voltaire, qui aurait pu par quelques mots reconnaître le désiatéressement de Marivaux, se contenta de ne plus parler de lui.
Pour regagner les cent pistoles qu'il avait perdues ainsi, et dont certainement il avait grand besoin, Marivaux, qui n'était pas en fonds d'œuvres nouvelles, en livra d'anciennes, qui ne devaient pas lui faire beaucoup d'honneur. Son caractère resta sauf, mais son esprit