‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 35 sur 1238 · Mercure, février 1739, p · texte numérisé non relu

Mercure, février 1739, p

MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. xxxvii

même qui, si rarement, un contemporain Ta dit \ sortait des premières représentations de ses pièces, content de lui et du parterre, avait dû, si ce que rapporte le Mercure de l'impression générale est vrai, — et ce doit l'être, — retourner chez lui satisfait : « Cette pièce, dit ce journal, seule autorité littéraire du moment, a été très-bien reçue du public. On l'a trouvée pleine d'esprit, simple en action, et élégamment dialoguée *. »

Il s'arrêta sur ce succès. Après V Epreuve, il ne donna plus rien aux Italiens. On lui persuada qu'il devenait mûr, que cette persistance à travailler pour un théâtre inférieur, — c'est ce que la Comédie-Italienne passait pour être vis-à-vis de la Comédie-Française, — le faisait déroger, et nuisait aux chances qu'il semblait avoir, et que l'on pourrait aider, pour qu'il fût reçu à l'Académie française. Il crut bon ce conseil, qui d'ailleurs s'accordait avec sa chère paresse. Pendant deux ou trois ans, il ne fit rien, ni pour la Comédie-Italienne, où tout, même un succès, pouvait être préjudiciable à la dignité dont on l'affublait d'avance ; ni pour la Comédie-Française, où sa mauvaise chance ordinaire pouvait également le compromettre.

En 1741, nous ne lui voyons faire qu'une pièce, la Commère j dont Pont-de-Veyle possédait le manuscrit ', et qui, sans doute, fut jouée en société, comme V Heureuse surprise, dont M. de Soleinne possédait une copie ^, et qui de même, resta inédite.

L'année suivante, chômage pareil. Marivaux ne met la main à rien, si ce n'est à une pièce, pour laquelle, je ne sais pourquoi, l'on n'a jamais parlé de sa collaboration, quoique le principal auteur, — et ce n'est pas moins que Jean-Jacques Rousseau, — l'ait avouée.

n était arrivé à Paris, n'ayant qu'im ouvrage en poche, sa comédie de Narcisse, Il la fit lire à Marivaux, un des hommes en réputation qu'il avait le plus désiré connaître, et le seul avec Fontenelle et Mably, qu'il eût continué de voir. Le sujet lui sembla bien choisi, car il y avait du Narcisse en lui, chaque personnage de ses roitians et de ses pièces étant, comme l'a dit Sainte-Beuve ^, « doublé d'un autre lui-même qui le regarde et l'analyse. » n encouragea donc Jean-Jacques, lui donna des conseils, et, qui plus est, travailla à sa pièce : « Je lui montrai, lisons-nous dans les Confessions ^, ma comédie de Narcisse, Elle lui plut, et il eut la complaisance de la retoucher. » L'auteur même l'avait séduit chez ce jeune Jean- Jacques, qui jouait encore à l'ingénu, au provincial à peine déniaisé, et ne semblait s'occuper que de comédie ou de musique, sans viser au moindre système, ni prétendre à l'apostolat inspiré : « M. de Marivaux, qui Ta connu, dit Collé ^, quinze ans avant qu'il eût pris le parti d'être extraordinaire, paradoxal, et de débiter son orviétan philosophique, m'a assuré qu'il l'avait vu l'honmie du monde le plus simple, le plus uni, et le moins enthousiaste. »

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