‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 37 sur 1238 · Id. Ibid · texte numérisé non relu

Id. Ibid

MARIVAUX, SA VIE ET SES ŒUVRES. xxxix

d*une leçon, qui pouvait être juste, mais qui, parla circonstance et par la forme, n'était pas à en ce moment fort à sa place. »

Marivaux ne fit pas grande figure à FAcadémie française. Ses compliments comme directeur, en 17S1, au chancelier et au garde des sceaux, ne furent pas des plus heureux S et, peu de temps après, la lecture en séance publique de ses Réflexions sur les hommes et sur les Romains i n'eut pas plus de succès *. « C'est peut-être ce jour-là, dit Sainte-Beuve ', que, voyant qu'il n'était pas écouté à son gré, il termina avec un mécontentement visible, dont nous sommes informés par d'Alembert. » Ce qu'on lui reprocha surtout c'est qu'il paraissait trop viser au sérieux ^.

Son but, en effet, était là désormais. D'où lui venait sa réputation? de ses pièces du Théâtre-Italien. Il sembla, devenu grave, prendre à tâche de les faire oublier. 11 ne travailla plus qpie pour la Comédie-Française, où le succès qu'il y avait toujours inutilement cherché ne le paya pas de sa préférence. La Dispute j première pièce qu'il y donna après sa réception à l'Académie fut outrageusement sifflée, et il dut la retirer dès le premier soir. 11 finit par croire à un parti pris, à une sorte de conspiration contre lui. Aussi, deux ans après, — il ne lui avait pas fallu moins pour vaincre le découragement, le dégoût qui l'avaient gagné, — lorsque, le 26 août 1746, il fit jouer le Préjugé vaincu, eut-il la précaution de ne pas se nommer. Il s'en trouva bien ; sa pièce passa sans difficulté. C'était la première qui fut aussi heureuse à ce théâtre. S'il eût été prudent, c'eût été la dernière ; mais près de dix ans plus tard, cette fièvre d'être joué qui ne vous quitte plus dès qu'on l'a sentie, l'ayant repris, il revint à la Comédie-Française avec son petit acte, les Acteurs de bonne foi. Il fut joué le 16 septembre 1755 et tomba. Pour le coup, il ne put croire à une cabale personnelle : comme pour le Préjugé vaincu y il avait gardé l'anonyme, et l'on fut même longtemps sans être sûr que la pièce fût de lui ^.

Son seul succès à visage découvert pendant cette période académique de sa vie, fut, ce qui semblera surprenant, une reprise de sa tragédie à'Annibal, On lui avait conseillé de la demander aux comédiens, pour prouver à ceux qui l'accusaient d'être futile, qu'il avait pu, à l'occasion, être tout comme un autre, tragique et ennuyeux ; il suivit le conseil. Annibal fut repris le 27 octobre 1747 ; il réussit •, et si bien même, que par la plus bizare taquinerie de la fatalité, on pourrait presque dire que le plus beau succès de Marivaux, si heureux à la Comédie-Italienne, si malheureux à la Comédie-Française, fut, sur ce dernier théâtre, une tragédie !

Il avait, par bonheur, à ce même moment, pour ses comédies, des dédommagements sur les théâtres du monde, et du mieux titré. Le comte de Clermont, qui disposait d'une troupe

i. Gément, les cinq années littéraires, t. m, p. oG, 59.

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