‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 5 sur 1238 · ÉLoge historique^ p · texte numérisé non relu

ÉLoge historique^ p

MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. y

petite aventure qu'il a dû toutes les réflexions philosophiques qu'il a faites pendant sa vie ; » mais je croirai sans peine que s'il a multiplié, dans ses pièces, les amants qui se défient, les Dorante qui veulent connaître avant de commencer tout engagement, les Lucidor qui, pour se rassurer sur l'avenir, poussent les épreuves jusqu'à la cruauté, c'est qu'il n'avait pas oublié son ingénue au miroir.

La déconvenue de ce roman trop réel semble aussi alors lui avoir fait prendre en haine le romanesque partout où il le rencontra. Son Pharsamon, qu'il écrivit en 1712, mais qu'il n'osa risquer sous le couvert et l'enseigne de la réputation de ses autres œuvres, que vingtcinq ans plus tard, en 1737, quoiqu'il se fût prémuni, dès 1712, de l'approbation du censeur \ n'est qu'une sorte de parodie du genre, ainsi que d'ailleurs l'annonçait le sous-titre : Les Folies romanesques. Il y prenait à partie nos romans, avec leur jargon et leurs langueurs, comme Cervantes, dans Don Quichotte, s'était moqué de ceux de la chevalerie et de leurs grands sentiments. Aussi, plus tard, à cause de cette ressemblance, lorsque Pharsamon dut être imprimé, avec quelques modifications, dans les Œuvres complètes, lui fit-on échanger son titre pour celui-ci : Le Don Quichotte moderne^.

Presque aussitôt diçvh^ Pharsamon, lorsqu'il était encore dans cette pleine ferveur du néophyte littéraire, qui croit à l'originalité et, par suite, à l'utilité de tout ce qu'il écrit, et qui souvent, comme lui, qui était riche alors, produit d'autant plus qu'il en a moins besoin, il composa le bizarre imbroglio, dans la façon de Cervantes encore, qu'il appela les Aven-turcs de ***, avec ce second titre : Ou les effets surprenants de la sympathie, qui indiquait encore une intention de parodie romanesque. Marivaux, à qui plus tard toute raillerie devait être si sensible, n'avait donc pas eu d'abord lui-même d'amusement plus familier. C'est, comme il arrive souvent, c'est en se jouant avec l'arme qui devait devenir sa terreur, qu'il avait appris à la craindre.

Il fit pour les Aventures^ bien qu'elles ne fussent guère, comme on l'a dit ', « qu'un canevas d'épisodes incohérents, et d'assez mauvaises contre-épreuves de Cervantes, » ce qu'il n'avait pas fait pour Pharsamon : il les publia, mais sans les signer. En 1713, parurent les deux premiers volumes, et, l'an d'après, les trois autres.

Dans l'intervalle, par une des habitudes de son esprit, que nous trouverons toujours changeant et sans persévérance, et auquel, comme à La Fontaine les longs ouvrages faisaient peur, il écrivit, avec du reste le même ton, la Voiture embourbée^ qu'il ne signa pas davantage, mais qu'il avoua indirectement à ceux qui étaient dans le secret de l'autre livre, en mettant au titre : « Par l'auteur des deux premiers volumes des Aventures de **\ »

L'ouvrage ne fit pas fortune, il n'alla que cahin-caha, comme le pauvre coche dont il contait les accidents, et il finit par s'embourber avec lui.

\. Voir V Avertissement de rimprimeur, en tête de Touvrage, i737, in-i2, 2 vol.

2. DuTÎquet et, après lui, Quérards'y sont trompés. Ils n'ont vu, niTun ni Tautre, que P^rsamon et le Dan Quiehùtte éialeni le même roman, avec deux titres différents.

3. Pelitot, dans son article Marivaux de la Biographie universelle.

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