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VI MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES

Ce n'étaient là que des essais, qui toutefois, Pharsamon surtout, on Ta dit ', « annonçaient déjà le caractère de son esprit; » de simples entrées de jeu, où sans presque ne s'occuper encore que du chemin à prendre, Marivaux en tàtaitles abords, tout en cherchant déjà à ne pas choisir celui de tout le monde, dût-il ainsi, comme le disait Voltaire ^, préférer un peu trop les petits sentiers à la grande route.

Tout Tamusait, et le retenait dans ce travail de tâtonnement. Sur la moindre chose, sur la frivolité la plus fugitive, son plaisir était de raisonner, de moraliser. Il s'apprenait ainsi à penser, comme le Pauvre diable de Voltaire. La mode ayant, par exemple, été en 171 S de reprendre le jouet qu'avait tant aimé Henri III, et de si bien le fourrer partout, que les actrices en scène, lorsqu'elles n'avaient rien à dire, s'en amusaient en attendant une réplique ', Marivaux y trouva prétexte à brochure et à morale. Il lança un spirituel petit pasquil, où il disait, en quelques pages, son fait à cet intrus d'un autre siècle, qui venait usurper sur les choses de l'intelligence et du sentiment les instants et la place qui leur étaient dus. Il appela cette fantaisie amusante, iqu'on n'a jamais jointe à ses œuvres, le Triomphe du Bilboquet j ou la Défaite de f Esprit, de f Amour et delà Saison.

C'est à quelque temps de là qu'il semble être entré au Mercure galant, ou plutôt au Nouveau Mercure^ ainsi qu'on l'appelait depuis qu'il s'était un peu transformé, en passant des mains de Lefèvre de Fontenay dans celles de l'abbé Buchet. Pour la querelle encore fort vive alors des Anciens et des Modernes, le Nouveau Mercure était le quartier général de ces derniers. Leur coterie dans laquelle Marivaux parait s'être faufilé de bonne heure, dès son retour de Limoges à Paris, y pouvait tout, grâce à l'abbé de Pons, et plus encore grâce à La Motte, qui en était le chef. C'est par celui-ci, dont il s'était fait l'admirateur enthousiaste, l'homme-lige pour ainsi dire, que le Nouveau Mercure lui fut ouvert. Il en remercia <c son dangereux ami, » comme d'Alembert désigne La Motte avec tant de raison, par une attaque en règle contre Homère, dont il s'était fait l'ennemi à sa suite.

La Motte l'avait déshonoré, en le faisant passer par les platitudes de sa traduction, dont il ne s'était échappé, connue du lit de Procuste,qu'écourté, mutilé. Marivaux enchérit sur l'outrage . n mit le divin poète au même pilori que Scarron avait autrefois dressé pour Virgile , et cela de parti pris, par esprit de système, tandis que Scarron, dont c'est l'excuse, n'avait rimé que pour rire et par badinage. Sans respect ni vergogne, Marivaux parodia Homère, et, lui, toujours si chaste de style, lui, de qui l'on a dit avec pleine justice : « On ne peut lui refuser le mérite d'avoir assujetti partout... le bel esprit à la décence * , » il trouva pour cette triviale débauche les expressions qui en étaient dignes, des vers qu'on n'aurait jamais cru pouvoir s'échapper d'un esprit aussi délicat, d'une plume aussi finement taillée.

Ce n'est pas tout, Féneion s'étant un peu mêlé de la querelle, en paraissant tenir trop pour les Anciens, et en refusant de se prononcer pour la traduction tronquée de La Motte,

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