SCÈNE II
LA COMTESSE, GOLOMBINE.
LA COMTESSE, ovee humeur.
Ah l vous voilà? A4-on trouvé mon portrait?
GOLOMBINE.
Je n'en sais rien, madame; je le fais chercher.
LA COMTESSE
Je viens de rencontrer Arlequin ; ne vous a-t-il point parlé? N'a-t-il rien à me dire de la part de son maître?
GOLOMBINE.
Je ne l'ai pas vu.
LA COMTESSE
.Vous ne l'avez pas vu?
GOLOMBINE.
Non, madame.
LA COMTESSE
Vous êtes donc aveugle? Avez-vous dit au cocher de mettre les chevaux au carrosse?
GOLOMBINE.
Moi! non, vraiment.
LA COMTESSE
Et pourquoi, s'il vous platt?
GOLOMBINE.
Faute de savoir deviner.
Gomment, deviner ! Faut-il tant de fois vous répéter les choses?
GOLOMBINE.
Ge qui n'a jamais été dit n'a pas été répété, madame ; cela est clair; demandez à tout le monde.
LA COMTESSE
Vous êtes une grande raisonneuse.
GOLOMBINE.
Qui diantre savait que vous voulussiez partir pour aller quelque part? Mais je m'en vais avertir le cocher.
LA COMTESSE
Il n'est plus temps.
GOLOMBINE.
11 ne faut qu'un instant.
LA COMTESSE
Je vous dis qu'il est trop tard.
GOLOMBINE.
Peut-on vous demander où vous vouliez aller, madame?
LA COMTESSE
Ghez ma sœur, qui est à sa terre ; j'avais dessein d'y passer quelques jours.
GOLOMBINE.
Et la raison de ce dessein-là?
Pour quitter Lélio, qui s'avise de m'aimer, je pense.
GOLOMBINE.
Oh! rassurez-vous, madame; je crois maintenant qu'il n'en est rien.
LA COMTESSE
Il n'en est rien I Je vous trouve bien plaisante, de me venir dire qu'il n'en est rien, vous de qui je sais la chose en partie.
GOLOMBINE.
Gela est vrai, je l'avais cru; mais je vois que je me suis trompée.
LA COMTESSE
Vous êtes faite aujourd'hui pour m'impatienter.
GOLOMBINE.
Ge n'est pas mon intention.
LA COMTESSE
Non, aujourd'hui vous ne m'avez répondu que des impertinences.
GOLOMBINE.
Hais, madame, tout le monde peut se tromper.
LA COMTESSE
Je vous dis encore une fois que cet homme-là m'aime, et que je vous trouve ridicule de me disputer cela. Prenez-y garde, vous me répondrez de cet amour-là, au moins 1
GOLOMBINE.
Moi, madame? m'a-t-il donné son cœur en garde? Eh l que vous importe qu'il vous aime?
LA COMTESSE
Ge n'est pas son amour qui m'importe, je ne m'en soucie guère; mais il m'importe de ne point prendre de fausses idées des gens, et de n'être pas la dupe éternelle de vos étourderies.
GOLOMBINE.
Voilà un sujet de querelle furieusement tiré par les cheveux ; cela est bien subtil.
I«A COMTESSE
En vérité, je vous admire dans vos récits l Monsieur Lélio vous aime, madiime ; j'en suis ter-