Notice en tête de Fédition de 1781, p
MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES. vu
auquel il avait écrit, avec une politesse accablante : « Votre parti conclut que vous avez surpassé Homère, pour moi je me récuse', » Marivaux, de plus en plus emporté par son ardeur de tirailleur étourdi, prétendit lui faire payer cher ce qu'-il considérait comme un déni de justice. Après Homère, il lui donna son tour.
U Iliade y une fois exécutée, il se retourna contre Télémaque pour le parodier de même, en lui mettant aussi sa défroque à Fenvers.
La mort de Fénelon l'empêcha de laisser courir sa mascarade, qui, pendant ce deuil, eût été par trop odieuse, mais il n'en fit pas le sacrifice. Vingt ans après, en 1735, pressé par son libraire que ses succès du moment mettaient alors en appétit, mais se trouvant à court de romans et de pièces, il lui livra le manuscrit de ce Télémaque travesti, qu'il avait eu le malheur de ne pas perdre. L'effet de la publication fut déplorable, d'autant plus qu'U y avait mis son nom. Il dut se hâter d'en faire, autant que possible, disparaître les exemplaires, qui ont acquis ainsi le seul prix qu'ils pouvaient avoir, la rareté '.
V Homère travesti^ plus éhonté, avait paru à son moment, aussitôt achevé. Marivaux ne l'avait pas signé, mais le Mercure, auquel il en avait donné l'avant-goût, en y faisant publier un extrait, n'avait pas eu souci de ces précautions d'anonyme, qui ne demandaient au fond que des indiscrets. Dans le volume de février 1717, on lisait en toutes lettres : « M. de Marivaux, plein d'une burlesque audace, vient de nous donner V Iliade travestie^. » Suivaient quelques appréciations flatteuses sur le genre parodiste, puis venaient l'extrait, et, enfin, pour terminer cette longue réclame, comme nous dirions, le nom du libraire et son adresse : « V Homère travesti se vend chez P. Prault à l'entrée du Quay de Gesvres, au Paradis. »
Fontenelle était de la coterie anti-homérique. Dès le temps de Boileau et de Racine, il avait soutenu la lutte contre les Anciens. S'il ne s'y mêlait plus, il applaudissait du moins à tout ce qui pouvait l'aviver, et lui sembler, quelle qu'en fût la trempe, une arme nouvelle pour la cause des Modernes. Marivaux ne pouvait donc que se faire bien venir de lui par sa parodie de V Iliade. Il s'en trouva au mieux comme protection et entregent, car « le vieux berger normand » donnait alors le ton partout, et passait pour oracle, aussi bien à l'Académie que dans les salons en vogue de madame de Tencin, de madame de Lambert, etc. ; mais son goût et son style s'en trouvèrent fort mal.
n ne pouvait les compromettre en compagnie plus dangereuse que celle de Fontenelle. La Motte lui-même, avec sa passion pour le néologisme, et pour les phrases en quintessence, n'était pas sur ce point d'un commerce autant à craindre. C'est chez Fontenelle et dans son monde que Marivaux prit, plus encore qu'à l'école de La Motte, ces habitudes du style métaphysique et tourmenté, dont sa pensée, assez empêchée déjà pour se bien dégager d'elle-même, se fit, en tant de pages, une gêne, une entrave de plus ; cette manie
1. Cité par Hipp. Rigault, La Querelle des Anciens $t des Modernes, 1856, ia*8, p. 393.