LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE III, SCÈNE IL
LE PAIXCE.
Non, je le dis encore, il n'y a que l'amour de Silvia qui soit véritablement de Tamour. Les autres femmes qui aiment ont l'esprit cultivé; elles ont une certaine éducation, un certain usage; et tout cela chez elles falsifie la nature. Ici c'est le cœur tout pur qui me parle ; comme ses sentiments viennent, il me les montre; sa naïveté en fait tout l'art, et sa pudeur toute la décence. Vous m'avouerez que cela est charmant. Tout ce qui la retient à présent, c'est qu'elle se fait un scrupule de m'aimer sans l'aveu d'Arlequin. Ainsi, FJaminia, hâtez-vous. Scra-t-il bientôt gagné, Arlequin? Vous savez que je ne dois ni ne veux le traiter avec violence. Que dit-il?
FLAMINIA
A vous dire le vrai, seigneur, je le crois tout à fait amoureux de moi; mais il n'en sait rien. Comme il ne m'appelle encore que sa chère amie, il vit sur la bonne foi de ce nom qu'il me donne, et prend toujours de l'amour à bon compte.
LE PRINCE
Fort bien.
FLAMINU.
Oh ! dans la première conversation, jerinstruiraî de l'état de ses petites affaires avec moi : et ce penchant, qui est incognito chez lui, et que je lui ferai sentir par un autre stratagème ; la douceur avec laquelle vous lui parlerez, comme nous en sommes convenus; tout cela, je pense, va vous tirer d'inquiétude, et terminer des travaux dont je sortirai, seigneur, victorieuse et vaincue.
LE PRmCE.
Comment donc?
C'est une petite bagatelle qui ne mérite pas de vous être dite; c'est que j'ai pris du goût pour Arlequin, seulement pour me désennuyer dans le cours de notre intrigue. Mais retirons-nous, et rejoignez Silvia; il ne faut pas qu'Arlequin vous voie encore, et je le vois qui vient.