‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 602 sur 1238 · FLAMINIA, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

FLAMINIA, ARLEQUIN

TRIVELIIV.

naUe-Ià I dites : Monseigneur.

ARLEQUIN

Mettez les deux, afîa qu*il choisisse.

TRIVELIN

Fort bien.

ARLEQUIN

K Vous saurez que je m'appelle Arlequin. »

TRIVELIN

Doucemcat! vous devez dire : Votre grandeur ioura.

ARLEQUIN

Foire grandeur saura! C'est donc un géant, ce secrélaire d'État?

TRIVELIN

Non; ma^s n'importe.

ARLEQUIN

Quel diantre de galimatias ! Qui a jamais entendu dire qu'on s'adresse à la taille d'un homme, quand on a affaire à lui?

TRIVELIN

Je meltrai comme il vous plaira. Vous saurez que je m* appelle Arlequin, Après?

« Que j'ai une maltresse qui s'appelle Silvia, bourgeoise de mon village, et fille d'honneur. »

TRIVELIN

Courage I

ARLEQUIN

« Avec une bonne amie que j'ai faite depuis pou, qui ne saurait se passer de nous, ni nous dVIIe; ainsi, aussitôt la présente reçue... »

TRIVELIN

Flaminia ne saurait se passer de vous? Aïe I la plume me tombe des mains.

ARLEQUIN

Oh! ohl que signifie donc cette impertinente pàmorson-là?

TRIVELIN

Il y a deux ans, seigneur Arlequin, il y a deux ans que je soupire en secret pour elle.

ARLEQUIN , tirant sa laite.

Cela est fâcheux, mon mignon ; mais , en attendant qu'elle en soit informée, je vais toujours TOUS en faire quelques remerctments pour elle.

TRIVELIN

Des remerclments à coups de bâton ! je ne suis paa friand de ces compliments-là. Eh ! que vous importe que je l'aime? Vous n'avez que de l'amitié pour elle, et l'amitié ne rend point jaloux.

Vous vous trompez; mon amitié fait tout comme l'amour; en voilà des preuves. {Il le bat,)

TRIVELIN

Oh ! diable soit de l'amitié I (1/ sort.)

FLAMINIA

Qu'est-ce que c'est? Qu'avez-vous, Arlequin?

ARLEQUIN

Bonjour, m'amie; c'est ce faquin qui dit qu'il vous aime depuis deux ans.

FLAVINU.

Cela se peut bien.

ARLEQUIN

Et vous, m'amie, que dites-vous de cela .

FLAMINU.

Que c'est tant pis pour lui.

ARLEQUIN

Tout de bon ?

FLAMINIA

Sans doute ; mais est-ce que vous seriez fâché que l'on m'aimât?

ARLEQUIN

Hélas I vous êtes votre maîtresse; mais si vous aviez un amant, vous l'aimeriez peut-être; cela gâterait la bonne amitié que vous me portez, et vous m'en feriez ma part plus petite. Oh! de cette part-là, je n'en voudrais rien perdre.

Arlequin, savez-vous bien que vous ne ménagez pas mon cœur?

ARLEQUIN

Moi! et quel mal lui fais-je donc?

FLAMINIA

Si vous continuez de me parler toujours de même, je ne saurai plus bientôt de quelle espèce seront mes sentiments pour vous. En vérité, je n'ose m'examiner là-dessus; j'ai peur de trouver plus que je ne veux.

ARLEQUIN

C'est bien fait; n'examinez jamais, Flaminia; cela sera ce que cela pourra. Au reste, croyezmoi, ne prenez point d'amant; j'ai une maîtresse, je la garde; si je n'en avais point, je n'en chercherais pas; qu'en ferais-je avec vous? elle m'ennuierait.

FLAMINIA

Elle vous ennuierait! Le moyen, après tout ce que vous dites, de rester votre amie?

ARLEQUIN

Eh! que screz-vous donc?

FLAMINIA

Ne me le demandez pas, je n'en veux rien savoir; ce qui est de sûr, c'est que dans le monde je n'aime rien plus que vous. Vous n'en pouvez pas dire autant; Silvia va devant moi, comme de raison.

Chut ! vous allez de compagnie ensemble.

FLAMINLA.

Je vais vous l'envoyer, si je la trouve, Silvia ; en serez- vc!!s bien aise ?

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