‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 8 sur 1238 · Mercure, février 1717, p · texte numérisé non relu

Mercure, février 1717, p

vm MARIVAUX, SA VIE ET SES OEUVRES.

du phœbusy comme on disait alors, sur laquelle sa préciosité naturelle sut encore enchérir, et qui, lorsqu'il se le fut pour ainsi dire incarné, devint le marivaudage.

On le lui attribue à grand tort. Il y ajouta des raffinements, mais c'est de La Motte et de Fontenelle qu'il vint pour s'arrêter à lui, et trouver son dernier mot dans sa manière. Quelques-uns, entre autres Moncrif, voulurent, mais inutilement, le continuer. Marivaux parti, on put dire : adieu le marivaudage I Piron en faisait l'histoire, et en dressait la généalogie en quelques mots qui sont bien vrais et bien spirituels : a: Fontenelle, disait-il, a engendré Marivaux, Marivaux a engendré Moncrif, Moncrif n'engendrera rien*. »

On s'était, à leur moment même, singulièrement moqué de ces rages de quintessence et de néologismes. L'abbé Desfontaines, le puriste à outrance, en fit le thème de deux grosses brochures satiriques : le Dictionnaire néologiquej où il égrenait une à une toutes les phrases du nouveau jargon qui lui paraissaient ridicules; et Y Eloge de Pantalon- Phœbus, où il faisait agir et parler, conune dans une pantalonnade à l'italienne, un type de sa façon, qui personnifiait ironiquement, avec leur langage même, tous les beaux esprits de la coterie.

Le Sage, qui n'en était pas — on le sent de reste à la netteté simple et aisée de son style — leur lança aussi, en passant, dans Gil-Blas^ qu'il achevait alors, quelques traits qu'on n'a peut-être pas assez aperçus, et qui valent à eux seuls les deux brochures de l'abbé : « Ton sonnet, dit Gil-Blas à Nunez, sorte de néologue et de Pantalon- Phœbus castillan, n'est qu'un pompeux galimatias ; il y a dans la préface des expressions trop recherchées, des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées, pour ainsi dire. En un mot, ton style est singulier, les livres de nos bons et anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. — Pauvre ignorant ! s'écria Fabrice, tu ne sais pas que tout prosateur, qui aspire aujourd'hui à la réputation d'une plume délicate, affecte cette singularité de style, ces expressions détournées qui te choquent. Nous sommes cinq ou six novateurs hardis, qui avons entrepris de changer la langue du blanc au noir; et nous en

viendrons à bout s'il plaît à Dieu, en dépit de tous les beaux esprits qui nous chicanent

Tu peux m'en croire, notre style nouveau l'emporte sur le style de nos antagonistes. Je veux par un seul trait te faire sentir la différence qu'il y a de la gentillesse de notre diction à la platitude de la leur. Ils diraient, par exemple, tout uninement : les intermèdes embellissent une comédie; et nous, nous disons plus joliment : les intermèdes font beauté dans une comédie. Remarque bien ce font beauté. En sens-tu tout le brillant, toute la délicatesse, tout le mignon? »

C'est tout à fait le style de la coterie, le phœbus dans toute sa prétention. Marivaux n'en était pas encore trop profondément empreint, lorsqu'il conunença d'écrire au Mercure. Une série d'articles, qu'il donna, comme véritable début, en 1717, n'en porte même pas encore la marque. Ce sont quelques-unes de ces « pièces détachées, » que l'éditeur de 1784 ,

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