‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 707 sur 1238 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LÉLIO, LE CHEVALIER

uIlio.

Que diantre signifie cela? elle me prend au mot ; que dites-vous de ce qui se passe là?

LB chevalier.

Ce que j'en dis? rien ; je crois que je rêve, et je tâche de me réveiller.

LBUO.

Me voilà en belle posture, avec sa main qu'elle m'ofl're, que je lui demande avec fracas, et dont je ne me soucie point! Mais ne me trompez-vous point?

LE CHEVAUER.

Ah! que dites-vous là? Je vous sers loyalement, ou je ne suis pas soubrette. Ce que nous voyons là peut venir d'une chose. Pendant que nous nous parlions, elle me soupçonnait d'avoir quelque inclination à Paris ; je me suis contenté de lui répondre galamment là-dessus. Elle a tout d'un coup pris son sérieux; vous êtes entré sur-le-champ, et ce qu'elle en fait n'est sans doute qu'un reste de dépit, qui va se passer ; car elle m'aime.

LÉUO.

Me voilà fort embarrassé.

LE CHEVALIER

Si elle continue à vous offrir sa main, tout le remède que j'y trouve, c'est de lui dire que vous l'épouserez, quoique vous ne l'aimiez plus. Tournez-lui cette impertinence-là d'une manière polie ; ajoutez que, si elle ne le veut pas, le dédit sera son affaire.

LÉUO.

Il y a bien du bizarre dans ce que tu me proposes là.

LE CHBVAUEU.

Du bizarre! Depuis quand êtes- vous si délicat? Est-ce que vous reculez pour un mauvais procédé de plus qui vous sauve dix mille écus? Je ne vous aime plus, madame; cependant je veux vous épouser. Ne le voulez-vous pas? payez le dédit; donnez-moi votre main ou de l'argent. Voilà tout.

Page 1