‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 72 sur 1238 · ANNIBAL, ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ANNIBAL, ACTE I, SCÈNE III

Et puisque avec ma foi vous reçûtes la sienne, Vos intérêts n*onl pas besoin qu*onles soutienne.

NoD, je m'occupe ici de plus nobles projets, Et ne vous parle point de mes seuls intérêts. Mon nom m'honore assez, madame, et j*ose dire Qu'au plus avide orgueil ma gloire peut suffire. Tout vaincu que je suis, jesuis craint du vainqueur: Le triomphe n'est pas plus beau que mon malheur. Quand je serais réduit au plus obscur asile, J'y serais respectable, et j'y vivrais tranquille^ Si d'un roi généreux les soins et l'amitié, Le nœud dont avec vous je dois être lié, N'avaient rempli mon cœur de la douce espérance Que ce bras fera foi de ma reconnaissance ; Et que l'heureux époux dont vous avez fait choix, Sur de nouveaux sujets établissant vos lois, Justiflra l'honneur que me fait Laodice, En souffrant que ma main à la sienne s'unisse. Oui, je voudrais encor par des faits éclatants Réparer entre nous la dislance des ans. Et de tant de lauriers orner cette vieillesse. Qu'elle effaçât l'éclat que donne la jeunesse. Mais mon courage en vain médite ces desseins, Madame, si le roi ne résiste aux Romains. Je ne vous dirai point que le Sénat peut-être Deviendra par degrés son tyran et son matlre; Et que, si votre père obéit aujourd'hui. Ce maître ordonnera de vous comme de lui ; Qu'enverra quelque jour sa politique injuste Disposer de la main d'une princesse auguste. L'accorder quelquefois, la refuser après, Au gré de son caprice ou de ses intérêts, Et d'un lâche allié trop payer le service. En lui livrant enfin la main de Laodice.

LAOOICE.

Seigneur, quand Annibal arriva dans ces lieux. Mon père le reçut comme un présent des dieux, Et sans doute il connut quel était l'avantage De pouvoir acquérir des droits sur son courage. De se l'approprier en se liant à vous, En vous donnant enfin le nom de mon époux. Sans la guerre, il aurait conclu notre hyménée ; Mais il n'est pas moins sûr, et j'y suis destinée. Qu' Annibal juge donc, sur les desseins du roi, Si jamais les Romains disposeront de moi; Si jamais leur Sénat peut à présent s'attendre Que de son fier pouvoir le roi veuille dépendre. Mais je vous laisse. 11 vient. Vous pourrez avec lui Juger si vous aurez besoin de mon appui.

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