‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 9 sur 1238 · Livre VIÏ, chap. xui · texte numérisé non relu

Livre VIÏ, chap. xui

MARIVAUX, SA VIE ET SES ŒUVRES, ix

puis Duviquet en 182S, quand ils les réimprimèrent*, donnèrent, faute d'en savoir l'origine, comme ayant été écrites « dans le goût du Spectateur ^ » tandis qu'il eût été beaucoup plus vrai de dire que le Spectateur^ dont, on le verra, la publication ne vint que plus tard, avait été écrit dans le goût de ces pièces.

Il y a là des vues sur Paris, des Réflexions sur la populace y les bourgeois et les marchands, les hommes et les femmes de qualité ^ les beaux esprits"^ y etc., qui sont déjà de l'excellent Marivaux. L'observateur s'y laisse voir sagace et fin, ayant le mot aussi juste que le coup d'œil, sachant saisir le mouvement des types qu'il dessine, et semblant ne plus attendre que le jeu de la scène pour trouver mieux encore sa véritable allure, et leur donner la vie.

Marivaux, qui alors était riche, et ne travaillait, coname nous dirions, qu'en amateur plus soucieux d'amuser son loisir que de se faire un nom, n'avait pas mis le sien au premier de ces articles. Le rédacteur du Mercure, qui en avait été fort satisfait, le signa résolument le Théophraste moderne. C'était dans le goût du temps. Marivaux réclama, et sa réclamation fut im aveu qu'il ne retira plus. Les articles suivants parurent avec son nom.

Sa lettre de réclamation est intéressante, d'abord parce qu'elle est modeste, ce qui est chez lui chose moins ordinaire que d'exception ; ensuite parce qu'il se montre, ce qui semblera encore plus singulier, admirateur des Anciens, ou tout au moins de celui dont on visait à le faire le continuateur : « Quand on aurait, à présent, dit-il', autant de génie que les hommes de cet ordre, on n'irait jamais jusqu'à gagner leur nom ou la valeur de l'idée qu'on a d'eux. C'en est fait, ils ont moissonné dans l'esprit des hommes le plus beau de Festime qu'il peut donner là-dessus, et l'on ne fait plus qu'y glaner : moi, qui n'y prétends rien ; moi, qui n'y peux rien prétendre ; moi, dont tous les petits ouvrages sont nés du

caprice , je me trouverais chargé ainsi du poids d'un nom qui compromettrait avec le

public le peu que j'ai de force ^. »

Ses articles de critique pure, à hautes visées littéraires, ne furent pas, au Mercure, aussi heureux que ses Caractères. Il y pérorait sur le ton de La Motte, et alors, au lieu de cette vérité de trait, nette et brillante, qu'il avait si bien dans ses articles d'observation et d'action, il ne trouvait plus sous sa plume que du phœbus double et triple. En mars 1719 , par exemple , il donna des Pensées sur différents sujets, entr' autres sur la pensée sublime et sur la clarté du discours^. Or, savez-vous comment, en quel style, avec quelle sorte de phrases il définissait celle-ci? Écoutez un peu : « C'est l'exposition nette de notre pensée, au degré précis de force et de sens dans lequel nous l'avons conçue. » Voilà qui est fort bien, mais continuons : « Si la pensée, ou le sentiment trop vif passe toute expression,

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