PRUSIAS, FLAMINIUS, HIÉRON
FLAMINIUS
Seigneur, il me paraît qu'il n'était pas besoin Que de notre entretien Annibal fût témoin. Et vous pouviez sans lui faire votre réponse Aux ordres que par moi le Sénat vous annonce, l'en ai qui de si près touchent cet ennemi, Que je n'ai pu, seigneur, m'expliquer qu'à demi.
PRUSIAS
Lui ! vous me surprenez,seigneur : de quelle crainte Rome, qui vous envoie, est-elle donc atteinte?
FLAMINIUS
Rome ne le craint point, seigneur; mais sa pitié
Travaille à vous sauver de son inimitié.
Rome ne le craint point, vousdis-je ; mais l'audace
Ne lui plaltpointdansceuxquî tiennent votre place.
Elle veut que les rois soient soumis au devoir
Que leur a dès longtemps imposé son pouvoir.
Ce devoir est, seigneur, de n'oser entreprendre
Ce qu'ils n'ignorent pas qu'elle pourrait défendre;
De n'oublier jamais que ses intentions
Doivent, à la rigueur, régler leurs actions;
Et de se regarder comme dépositaires [raires.
D'un pouvoir qu'ils n'ont plus dès qu'ils sont témé-
Voilà votre devoir, et vous l'observez mal.
Quand vous osez chez vous recevoir Annibal.
Rome, qui tient ici ce sévère langage.
N'a point dessei n ,seigneur,de vous faire un outrage;
Et si les fiers avis offensent votre cœur.
Vous pouvez lui répondre avec plus de hauteur.
Cette Rome s'explique en maltresse du monde. Si sur un titre égal votre audace se fonde. Si vous êtes enfin à l'abri de ses coups. Vous pouvez lui parler comme elle parle à vous. Mais s'il est vrai ,seigneur,que vous dépendiez d'elle. Si, lorsqu'elle voudra, votre trône chancelle, Et, pour dire encore plus, si ce que Rome veut. Cette Rome absolue en même temps le peut. Que son droit soit injuste ou qu'il soit équitable. Qu'importe? c'est aux dieux que Rome en csl Le faible, s'il était le juge du plus fort, [comptabje. Aurait toujours raison, et l'autre toujours tort. Annibal est chez vous, Rome en est courroucée : Pouvez- vous là-dessus ignorer sa pensée? Est-ce donc imprudence? ou n'avez- vous point sa Ce qu'elle envoya dire aux rois qui l'ont reçu?
PRUSIAS
Seigneur, de vos discours l'excessive licence Semble vouloir ici tenter ma patience.
Je sens des mouvements qui vous sont des conseils De ne jamais chez eux mépriser mes pareils. Les rois, dans le haut rang où le ciel les fait naître. Ont souvent des vainqueurs et n'ont jamais de Et, sans en appeler à l'équité des dieux, [maître ; Leur courroux peut juger de vos droits odieux. J'honore le Sénat; mais, malgré sa menace. Je me dispenserai d'excuser mon audace.
Je crois pouvoir enfin recevoir qui me platt. Et pouvoir ignorer quel est votre intérêt J'avoûrai cependant, puisque Rome est puissante. Qu'il est avantageux de la rendre contente. Expliquez-vous, seigneur, et voyons si je puis Faire ce qu'elle exige, étant ce que je suis. Mais retranchez ces mots d'ordre, de dépendance, Qui ne m'invitent pas à plus d'obéissance.
FLAMINIUS
Eh bien! daignez soufi'rir un avis important : Je demande Annibal, et le Sénat l'attend.
PBUSIAS.
Annibal?
FLAMINIUS
Oui, ma charge est de vous en instruire ; Mais, seigneur, écoutez ce qui me reste à dire. Rome pour Laodice a fait choix d'un époux. Et c'est un choix, seigneur, avantageux pour vous.
PRUSIAS
Lui nommer un époux! Je puis l'avoir promise.
FLA]LIINIUS.
En ce cas, du Sénat avouez l'entremise. Après un tel aveu, je pense qu'aucun roi Ne vous reprochera d'avoir manqué de foi. Mais agréez, seigneur, que l'aimable princesse Sache par moi que Rome à son sort s'intéresse, Que sur ce même choix interrogeant son cœur, Moi-même...
PBUSIAS.
Vous pouvez l'en avertir, seigneur.
J'admire ici les soins que Rome prend pour elle, Et de son amitié l'entreprise est nouvelle;