‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 990 sur 1238 · ERGASTE, HORTENSE, FRONTIN · texte numérisé non relu

ERGASTE, HORTENSE, FRONTIN

[Hortense, en entrant en scène, tient son masque à ta main pour $e faire eonnattre du.spectateur ; mais elle le remet sur son visage^ dis que Frontin tourne la tête,)

HORTENSE, traversant le théâtre»

N'est-ce pas là le cavalier que je vis hier ramasser le gant de ma sœur? Je n'en ai guère vu de si bien fait. Il me regarde. J'étais hier démasquée avec ce même habit ; il me reconnaît, sans

doute. {Elle va pour se retirer.)

ERGASTE, qui la prend pour Clarice, V aborde et la salue.

Puisque le hasard vous offre encore à mes yeux, madame, permettez que je ne perde pas le bonheur qu'il me procure. Que mon action ne vous irrite point; ne la regardez pas comme un manque de respect pour vous; le mien est infini, j'en suis pcuctré. Jamais on ne craignit tant de déplaire; mais jamais cœur, en même temps, ne fut forcé de céder à une passion ni si soumise, ni si Icudre.

HORTENSE

Monsieur, je ne m'attendais pas à un tel abord;

et quoique vous m'ayez vue hier ici, comme en effet j'y étais, et démasquée, cette façon de se voir n'établit entre nous aucune connaissance; tel n'est point l'usage avec les personnes de mon sexe. Ainsi, vous voulez bien que l'entretien finisse.

ERGASTE

Ah I madame, arrêtez, de grâce, et ne me laissez point en proie à la douleur de croire que je vous ai offensée. La joie de vous retrouver ici m'a égaré, j'en conviens; je dois vous paraître cou pable d'une hardiesse que je n'ai pourtant point; car je n'ai su ce que je faisais, et je tremble devant vous au moment où je vous parle.

HORTENSE

Je ne puis vous écouter.

ERGASTE

Voulez-vous ma vie en réparation de l'audace dont vous m'accusez? Je vous l'apporte, elle est à vous; mon sort est entre vos mains; je ne saurais plus vivre si vous me rebutez.

HORTENSE

Vous, mannenr?

ERGASTE

J'explique ce que je sens, madame. Je me donnai hier à vous; je vous consacrai mon cœur, je conçus le dessein d'obtenir grâce du vôtre, et je mourrai, s'il me la refuse. Jugez si un manque de respect est compatible avec de pareils sentiments.

HORTENSE

Vos expressions sont vives et pressantes, assurément; il est difficile de rien dire de plus fort. Mais enfin, plus j'y pense, et plus je vois qu'il faut que je me retire monsieur; il n'y a pas moyen de se prêter plus longtemps à une conversation comme celle-ci, et je commence à avoir plus de tort que vous.

ERGASTE

Ehl de grâce, madame, encore un mot qui décide de ma destinée, et je finis. Me haïssezvous?

flORTENSB.

Je ne dis pas cela ; je ne pousse point les choses jusque-là; elles ne le méritent pas. Sur quoi voudriez-vous que fût fondée ma haine? Vous m'êtes inconnu, monsieur, attendez donc que je vous connaisse.

ERGASTE

Me sera-t-il permis de chercher à vous être présenté, madame?

HORTENSE

Vous n'aviez qu'unmot à me dire tout à l'heure. Vous me l'avez dit, et vous continuez, monsieur. Achevez donc, ou je m'en vais, car il n'est pas dans l'ordre que je reste.

ERGASTE

Ah I je suis au désespoir I Je vous entends ; vous ne voulez pas que je vous voie davantage.

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