‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 10 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Nous avons beau éloigner de nous l'image de la mort , chaque jour nous la rapproche. La jeunesse s'éteint, les années se précipitent ; et semblables, dit l'Ecriture, aux eaux qui coulent dans la mer, et qui ne remontent plus vers leur source , nous nous rendons rapide<^ ment dans l'abîme de l'éternité, où, engloutis pour toujours, nous ne revenons plus sur nos pas reparoi tre encore sur la terre : £t quasi aquas dilabimur in terram^ quœ non revertmitur (^11, Reg. i4; i4}»

Je sais que nous parlons tous les jours de la brièveté et de l'incer-* titude de la vie. La mort de nos proches , de nos sujets , de nos amis , de nos maîtres » souvent soudaine, toujours inopinée, nous fournît mille réflexions sur le fragilité de tout ce qui passe. Nous redisons sans cesse que le monde n'est rien; que la vie est un songe; et qu'il est bien insensé de tant s'agiter pour ce qui doit durer si peu. Mais ce n'est là qu'un langage, ce n'est pas un sentiment : ce sont des discours qu'on donne à l'usage, et c'est Pusage qui fait qu'en même temps on les oublie.

Or, M. F., faites-vous ici-bas une destinée a votre gré,'prolon- ^n-j vos jours dans votre esprit au-delà même de vos espérances; je veux vous laisser jouir de cette douce illusion. Mais enfin , il faudra tenir la voie qu'ont tenue tous vos pères ; vous verrez enfin arriver ce jour auquel nul autre jour ne succédera plus ; et ce jour sera pour

vous le jour de votre éternité : heureuse, si vous mourez dans le Seigneur; malheureuse, si vous mourez dans votre péché. C'est Tune de ces deux destinées qui vous attend : il n'y aura que la droite ou la gauche, les boucs ou les brebis , dans la décision finale du sort de tous les hommes. Souffrez donc que je vous rappelle au lit de votre mort, et que je vous y expose le double spectacle de cette dernière heure, si terrible pour le pécheur, et si consolante pour le Juste.

. Je dis terrible pour le pécheur, lequel endormi par de vaines espérances de convtîrsion, arrive enfin à ce dernier moment, plein de désirs^ vide de bonnes œuvres; ayant à peine connu Dieu, et ne pouvant lui offrir que ses crinaes , et le chagrin de voir finir des jours qu'il avoit cru éternels. Ôr, M. F., je dis que rien n'est plus affreux que la situation de cet infortuné dans les derniers momens de sa vie ; et que, de quelque côté qu'il tourne son esprit, soit qu'il rappelle le passé, soit qu*ilconsidèretoutcequisepasseàsesyeux, soit enfin qu'il perce jusques dans cet avenir formidable auquel il touche; tous ces objets, les seuls alors qui puissent l'occuper et se présenter à lui, ne lui offrent plus rien que d'accablant, de désespérant, et de capable de réveiller en lui les images les plus sombres et les plus funestes.

Car, M. F. , que peut offrir le passé à un pécheur qui , étendu dans le lit de la mort, commence à ne plus compter sur la vie, et lit sur le visage de tous ceux qui l'environnent, la terrible nouvelle que tout est fini pour lui? Que voit-il dans cette longue suite de jours qu'il a passés sur la terre? Hélas I il voit des peines inutiles; des plaisirs qui n'ont duré qu'un instant; des crimes qui vont durer éternellement.

Des peines inutiles : toute sa vie passée en iin clin d'œil s'offre à lui, et il n'y voit qu'une contrainte et une agitation éternelle et inutile. Il rappelle tout ce qu'il a souffert pour un monde qui lui échappe; pour une fortune qui s'éiyanouit ; pour une vaine réputation qui ne l'accompagne pas devant Dieu; pour des amis qu'il perd ; pour des maîtres qui vont l'oublier ; pour un nom qui ne sera écrit quesur les cendres de son tombeau. Quel regrot aloi < pour cet infortuné, de voir qu'il a travaillé toute sa vie, et qu'i n'a rien fait pour lui ! Quel regret de s'être fait tant de violences et de n'en être pas plus avancé pour le ciel; de s'être toujours cru trop foible pour, le service de Dieu , et d'avoir eu la force et la cons' tance d'être le martyr de la vanité, et d'un monde qui va périr Ah 1 c'est alors que le pécheur accablé, effrayé de son aveuglemen et de sa méprise ; ne trouvant plus qu'un grand vide dans une \'u que le monde seul a toute occupée; voyant qull n'a pas encore commencé à vivre après une longue suite d'années qu'il a vécu; laissan peut-être les histoires remplies de ses actions , les monumens pu blics chargés des événemens de sa vie , le monde plein du bruit d< son nom, et ne laissant rien qui mérite d'être écrit dans le llv*re di l'éternité ^ et qui puisse le suivre devant Dieu ; c'est alors qu'il com mence , mais trop tard , à se tenir à lui-même un langage que noui

MORT DU PECHEUR, etc. ai

avons souvent entendu : Je n'ai donc vécu que pour la vanité ! que n'ai-je fait pour Dieu toi^t ce que^'ai fait pour mes maitres ? Hélas !• falloit-il tant d'agitations et de peines pour se perdre ? Que ne recevois-je du moins ma consolation en ce monde i j'^aurois du moins joui du présent , de cet instant qui m'échappe , et je n'aurois. ]>as tout perdu. Mais ma vie a toujours été pleine d'agitations, d'assu* jettissemens , de fatigues, de contraintes; et tout cela pour me préparer un malheur éternel. Quelle folie d'avoir plus souffert pour me perdre,, qu'il n'en eût fallu, souffrir pour me sauver 7; et d'avoir re-: gardé la. vie des ge.n| de bien, comme une. vie triste et insoutena» ble ; puisqu'ils n'ont rien fait de si difficile pour Dieu, que je ne Taie fait au centuple pour le monde qui n'est rien, et de qui par^ conséquent je n'ai rien. à espérer! Ambulavimus vias difficiles ;..*, êrravîjttus à via veritads {^Sup, 5; 6,7). • «

Oui , M. F. ,'«'est dans ce demier^noment \ que toute votre vîe' s'offrira à vous, sous des idées bien différentes de celles q^ue vou& en avez aujourd'hui. Vous' comptez maintenant les services rendus à l'Eiat; les places que vous avez occupées ; les actions où vous vous.' êtes -distingués; les plaies qui rendent encore témoignage à votre valeur; le nombre dé vos' campagnes ; la distinction de vos comman-' démens : tout cela vous paroit réel. Les applandissemens publics qiii l'accompagnent ; les récompenses qui le suivent ; la renommée qui le publie; les distinctions qui y sont attachées : tout cela ne vousrapp^lle vos jours passés que comme des jours pleins, occupés , marqués chacun par des actions mémorables , et par des événemensi' dignes d'être conservés à la postérité. Vous vous distinguez même dans votre esprit de ces hommes oiseux de votre /ang, qUi ont: toujours mené une vie obscure , lâché , inutile , et déshonoré leur nom par l'oisiveté et par les mœurs efféminées , qui les ont laissés dans la poussière. Mais au lit de la mort , mais dans ce dernier moment, où le monde s'enfuit et l'éternité approche, vos yeux s'ouvriront ; la scène changera; l'illusion qui vous grossit ces objets, sedissipera ; vous vei^rez tout au naturel; et ce qui vous paroissoît si grand , comme vous ne l'aviez fait que pour le monde , pour la gloire , pour la fortune, hé vous parpitra plus tien : ^periet oculos. suos y dit Job, et nihil inveniet ^^Joh. 27; 19 ). Vous ne trouverez plus rien de réel dans votre vie que ce que vous aurez fait pour Dieu; rien de louable que les œuvres' de la foi et de la piété; rien de grand que ce qui sera digne de Tétemité : et un verre d'eau froide donné au nom de J. C , et une seule larme répandue en sa présence, et la plus hégèrc violence soufferte pour lui ; tout cela vous paroîtra plus précieux, phis-estimaèle, que toutes ces merveilles que le mondeadmire , et qui périront avec le monde.

Ce n'est pas que le pécheur mourant ne trouve dans sa vie passéeq«e des peines perdues , il y trouva encore le souvenir de ses plai-^. sirs; mais c'est ressouvenir même qui le consterne et qui l'accable^ I^es plaisirs, ^uji i^*oa; duré qiCuu instant! il V4)i^x]^i^'il ^ik s^crifié-sou^

M et: jour des morts.

ame et son éternité à un moment fugitif de Volupté et d^ÎTfe^lse. Hélas ! la vie lui avoit paru trop longue pour être tout entière consacrée à Dieu ; il n'osoit prendre de trop bonne heure le parti de la "vertu, de peur de n'en pouvoir soutenir Tennui, les longueurs et les suites ; il regardoit les années qui étoient encore devant lai , comme un espace immense qu*il eût fallu traverser en portant la croix, en vivant séparé du monde', dan» la pratique des œuvres chrétiennes : cette seule pensée avoit toujours suspendu totis ses bons désirs, et il attendoit, pdut revenir à Dieu, le dernier âge, comme celui où la persévérance est plus sûre. Quelle surprise dans cette dernière heure , de trouver, que ce qui lui avoit paru si long n'a duré qu'un moment; que son enfance et sa Tieillesse se touchent de sî près , qu'elles ne forment presque qu'un seul jour ; et que àa seitt de sa mère il n'a fait , pour ainsi dire , qu*un pas vers le tombeau ! Ç^^n'esiX pas encore ce qu'il érouve de plus amer clans le souvenir de ses plaisirs. Ils ont disparu comme un songe ; mais Ini, qui s'ea çtoit fait autrefois honneur, en est maintenant couvert de honte et de.cQnfusion : tant d'emportemens honteux, tant de foiblesse et d'àhandpnnement ! Lui qui s'étoit piqué de raison, d'élévation, de fierté devant les hommes , 6 mon Dieu ! il se trouve alors le plus foiblc, le plus méprisable de tous les pécheurs! Une vie sage peutêtre en apparence , et cependant toute dans l'infamie des sens et la puérilité des passions ! une vie glorieuse peut-être devant les hommes , et cependant aux yeux de Dieu la plus honteuse, la plus digne de mépris et d'opprobre! une vie que le succès avoit peut-être toujours accompagnée, et cependant en secret la plus insensée, la plus fri- Yole , la plus vide de réflexions et de sagesse ! Enfin, des plaisirs qui Qnt été même 1& source de tous ses chagrins ; qui ont empoisonné tpute la douceur de sa vie ; qui ont changé ses plus beaux jours en des jours de fureur et de tristesse ; des plaisirs qu'il a toujours fallu acheter bien cher, et dont il n'a presque jamais senti que le désa* grément et l'amertume : voilà à quoi se réduit cette vaine félicité. Ce soBl ses passions qui l'ont fait vivre malheureux; et il n'y a eu de tranquille dans toute sa vie, que les momens.où son cœur en a été libre. Les jours de mes plaisirs se sont enfuis, se dit alors à lui-même le pécheur , mais dans des dispositions bien différentes de celles de Job; ces jours, qui ont fait tou^ les malheurs de ma vie , qui ont troublé mon repos, et changé même peur moi le calme de la nuit en des. pensées noires et inquiètes : Dies mei transie" Tunt , cogitationes tnece dissipatœ sunt , torquenfes cor meuni ( Job. 17 ; 1 1 ) ; et cependant, grand Dieu, vous punirez encore les chagrins et les inquiétudes de ma vie infortunée ! vous écrivez contre moi dans le livre dé voire colère toutes les amertumes de mes passions ; et vous préparez à des plaisirs qui ont toujours fait tons mes malheurs ^ un malheur sans fin et sans mesure ! Scribis contra me amaritudines , etconsumere me vis peccatis adolescenUûs mece {^Job, i3; a6)!

£t voilà ce que le pécheur mourant trouve encore dans le son-

MORT DU PÉCHEUR, etc. a3

venir du passé.: des crimes qui dureront éternellement ; les foibles* ses de Teniance , les dissolutions de la jeunesse , les passions et les scandales d'un âge plus avancé ; que sais-je ? peut-être encore les dérèglemens honteux d'une vieillesse licencieuse. Ah ! M. F. , du* rant la santé nous ne voyons de notre conscience que la surface : nous ne rappelons de notre vie qu'un souvenir vague et confus : nous ne voyons de nos passions que celle qui actuellement nous captive : une habitude d'une vie entière ne nous paroit qu'un crime seul. Mais au lit de la mort, les ténèbres répandues sur la conscience du pécheur se dissipent. Plus il approfondit son cœur, plus de nouvelles souillures se manifestent : plus il creuse dans cet abîme, plus s'offrent à lui de nouveaux monstres. Il se perd dans ce chaos : il ne sait par où s'y prendre , pour commencer a l'éclaireir ; il lui faudroit une vie entière , hélas ! et le temps passe ; et à peine restet-il quelques moyens ; et il faut précipiter une confession à laquelle le plus grand loisir pourroit à peine sufQre , et qui ne doit précéder que d'un moment le jugement redoutable de la justice de Dieu. Hélas ! on se plaint souvent durant la vie qu'on a la mémoire infidèle , qu'on oublie tout ; il faut qu'un Confesseur supplée à notre inattention, et nous aide à nous juger et à nous connoitre nous-mêmes. Mais , dans ce dernier momeift , le pécheur mourant n'aura pas besoin de ce secours ; la justice de Dieu , qui l'avoit livré durant la santé à toute la profondeur de ses ténèbres , l'éclairera alors dans sa colère. Tout ce qui environne le lit de sa mort fait revivre dans son souvenir quelque nouveau crime : des domestiques qu'il a scandalisés ; des enfans qu'il a négligés ; une épouse qu'il a contristée par des passions étrangères ; des ministres de l'Eglise qu'il a méprisés ; les images criminelles de ses passions encore peintes sur ses murs , lc;| biens dont il a abusé ; le lij^xe qui l'entoure , dont les pauvres et ses créanciers ont souffert ; l'orgueil de ses édifices , que le bien de la veuve et de l'orphelin , que la misère publique a pe^-étre élevés;; tout enfin, le ciel et la terre, dit Job^ s'élèvent contre lui, et lui rap* pellent Thistoire affreuse de ses passions et de ses crimes : Révéla^ hunt cœli iniquitatem ejus , et terra cOnsurget adversàs eum ( Job y îio; 27)., .

Voilà comme le souvenir du passé forme une des plus terribles situations du pécheur mourant , parce qu'il n'y trouve que des peines perdues, des plaisirs qui n'ont duré qu'un instant, et des crimes qui Vjoat duricr éternellement.

Mais tout ce qni se passe à ses yeux n'est pas moins triste pour cet infortuné : ses Surprises , ses séparations , ses changemens.

Ses surprises! Il s'étoit toujours fiatté que le jour du Seigneur ne le snrprendroit point. Tout ce qu'on disoit là -dessus dans la chaire chrétienne , ne l'avoit pas empêché de se promettre qu'il mettroit ordre à sa conscience avant ce dernier moment : et cependant l'y voiià arrivé , encore chargé de tous ses crimes , sans préparation «

mens et tant de talens pour lai plaire! Son corps en va sortir, mais son cœur, mais toutes ses affections y demeurent encore ; le monde raeart pour lui , mais lui-même en mourant , ne menrt pas encore au monde.

Enfin , séparation de toutes les créatures! Tput est anéanti autour de lui : il tend les mains à tous les objets qui Tenviro/inent , comme pour s*j pi^cndre encore; et il ne saisit que des fantômes, qu'une fumée qui se dissipe , et qui ne laisse rien de réel dans ses mains : JElnihil inveneruniomnes viri dividarum in inanibus suis (JPir. 75; 6 }.

C'est alors que Dieu est grand aux yeux du pécheur mourant. C'est dans ce moment terrible , que le monde entier fondant, dispa* roissant à ses yeux , il ne voit plus que Dieu seul qui demeure, qui remplit' tout, qui seul ne passe et ne change point. Il se plaignoit autrefois d'un ton d'ironie et d'impiété, qu'il étoit bien difficile de sentir quelque chose de yif pour un Dieu qu'on ne Yoyoit point; et de ne pas aimer des créatures qu'on yoyoit , et qui occupoient tons nos sens. Ah ! dans ce dernier moment , il ne verra plus que Dieu seul ; l'invisible sera visible pour lui ; ses sens déjà éteints se refuseront à toutes les choses sensibles ; tout s'évanouira autour de lui ; et Dieu prendra la place de tous ces prestiges qui l'avoient abusé pendant sa vie.

, Ainsi tout change pour cet infortuné; et ces changemens font avec ses surprises et ses séparations, la dernière amertume du spectacle de sa mort.

Changement dans son crédit et dans son autorité ! Dès qu'on n'espère plus rien de sa vie , le monde commence à ne plus compter sur lui : ses amis prétendus se retirent ; ses créatures se cherchent déjà ailleurs d'autres protecteurs et d'autres maîtres ; se^ esclaves mêmes sont occupés à s'assurer après sa mort une fortune qui leur convienne : à peine en reste-t-il auprès de lui pour recueillir ses derniers soupirs. Jout l'abandonne , tout se retire ; il ne voit plus autour de lui ce nombre empressé d'adulateurs : c'est peut-être un successeur qu'on lui désigne déjà , chez qui tout se rend en foule , tandis que lui 9 dit Job, seul dans le lit de sa douleur , n'est plus environné que des horreurs de la mort , entre déjà dans cette solitude affreuse que le tombeau lui prépare , et fait des réflexions amères sur l'incons-x tance du monde, et sur le -peu de fonds qu'il y a à faire sur les hommes : -AffUgetur reUctns in tahernaculo suo {^ob^ 20 ; 26 )•

Changement dans l'estime publique dont il avoit été si flatté , si ^enivré ! Hélas ! lé monde qui l'avoit tant loué , l'a déjà oublié. Lo changement que sa mort va faire sur la scène , réveillera encore du • rant quelques jours les discours publics; mais, ce court intervalle passé , il va retomber dans le néant et dans l'oubli ; à peine se souviendra-t-on qu'il a vécu ; on ne sera peut-être occupé que des merveilles d'un successeur , qu'à l'élever sur les débris de sa réputation et de sa mémoire. Il voit déjà cet oubli : qu'il n'a qu'à mourir 3 que le vide sera bientôt rempli; qu'il ne restera pas mên^eMe vestiges^ de

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lui cbins le monde ; et qne les gens de bien tont seuh , qui Tavoient Va environné de tant de gloire , se diront à eux-mêmes : où est-il maintenant ? que sont devenus ces applandissemens que lui attiroit sa puiftsance? voilà à quoi conduit le monde, et ce qu'on gagne en le servant : Et quieum videranty dicent : Ubi est[fob^ 20; 7 ) ?

Changement dans son corps ! Cette chair qu'il avoit tant flattée , idolâtrée ; cette vaine beauté qui lui avoit attiré tant de regards, et corrompu tant de cœurs, n'est déjà plus qu*un spectacle d'horreur , doilt on peut à peiue soutenir la vue : ce n'est plus qu'un cadavre dont on craint déjà l'approche. Celte infortunée créature qui avoit allumé tant de passions injustes , hélas ! ses amis , ses proches , ses esclaves mêmes la fuient, s'écartent, se rerirent, n'osent approcher qu'avec précaution , ne lui rendent plus que des offices de bienséance et de contrainte; elle-même ne se souffre plus qu'avec peine, et ne se regarde qu^ayec horreur. Mol qui attirois autrefois tpus les re* garda , se dit- elle avec Job I mes esclaves que j'appelle refusent maintenant de m'approcher ; et mon souffle même est devenu une infection I et an souffle de mort pour mes eofans et pour mes proches : Servum meum yocavi^ et non respondit*... Halùum meum exhomdt uxor mea, et orahamfiUos uteri mei ( Job. 19; 16, 17 ).

Enfin, changement dans tout ce qui Tenvironne ! Ses yeux cherchent à te reposer quelque part , et ils ne retrouvent par- tont que les images lugubres de la mort. Mais ce n'est rien encore pour ce pécheur mourant, que le souvenir du passé et le spectacle du présent; il neseroit pas si malheureux, s'il pouvoit borner là toutes ses peines \ c'est la pensée de l'avenir, qui le jette dans un saisissement d'hor^ reur et de désespoir: cet avenir, cette région de ténèbres où il va entrer seul, accompagné de sa seule conscience ! cet avenir, cette terre inconnue d'où nul mortel n'est revenu , où il ne sait ni ce qu'il trouvera, ni ce qu'on lui prépare ! cet avenir, cet abime immense , où son esprit se perd et se confond , et où i! va s*ensevelir incertain de sa destinée l cet avenir, ce tombeau , ce séjour d'horreur , où il va prendre sa place avec les cendres et les cadavres de ses ancêtres ! cet avenir, cette éternité étonnante , dont il^ne peut soutenir le premier coup d'œil! cet avenir enfin, ce jugement redoutable où il va pa-ireitre devant la colère de Dieu , et rendre compte d'une vie, dont tous les momens presque ont été des crimes! Ah! tandis qu'il ne voyoit cet aven ft terrible que de loin, il seTaisoit une gloire affreuse de ne pas le craindre; il deraandoit sans cesse d'un ton de blasphème et de dérision : "Qui en est revenu ? Il se moquoit des frayeurs vulgaires 9 et se piqnoit là-dessus de fermeté et de bravoure^ Mais dès qu'il est frappé dé la main de Dieu ; dès que la mort se fait voir de près , que les xM>rtes de l'éternité s'ouvrent à lui , et qu'il touche enfin à cet avenir terrible contre lequel il avoit paru si rassuré : ah ! il devient alorft, oufoible, tremblant, éploré, levant au ciel des mains suppliantes ; ou , sombre , taciturne , agité , roulant au dedans de lui des pensées affreuses, et n'attendant pas plus de res-*

5t5 LE JOUR: 1>ES MORTS.

source du c6!é de Dieu de la foiblesse de ses lamentations et de s

larme$ , que de ses fureurs et de son désespoir.

Oui , M. F. , cet infortuné qui s^éioit toujours endormi dans s désordres ; toujours flatté qu'il ne falioit qu'un bon moment , qu'ui|| sentiment de componction à la mort pour apaiser la colère de Dieu^ désespère alors de sa clémence. En vain on lui parle de ses mi^éri cordes éternelles : il comprend à quel point ii en est indigne; en vain le ministre de l'Eglise tâche de rassurer ses frayeurs , en lu{ ouvrant le sein de la clémence divine : ces promesses le touchent peu, parce qu*il sent bien que la charité de l'Eglise, qui ne désespère jamais du salut de ses enfans, ne change pourtant rien aux ar-*! rets formidables delà justice de Dieu ; en vain ou lui promet le pari don de ses crimes : une voix secrète et terrible lui dit au fond dû c^Bur , qii*il n'y a point de salut pour l'impie i et qu'il ne faut paa compter sur des espérances qu'on donne à ses malheurs plutôt qu'à la vérité; en vain on l'exhorte à recourir aux derniers remèdes que la Religion offre aux mourans : il les regarde comitie ces remèdes désespérés , qu'on hasarde lorsqu'il n'y a plus d'espérance, et qu'où donne plus pour la consolation des vivans, que pour l'utilité de celui qui meurt. On appelle des serviteurs de J. C. pour le soutenir dans cette dernière heure; et tout ce qu'il peut faire, c'est d'envier eu secret leur destinée, et détester le malheur de la sienne. On lui met dans la bouche les paroles des Livres saints^ et les sentimens d'un Roi pénitent ; et il sent bien que son cœur désavoue ces exprès^ sions divines , et que des paroles , qu'une charité ardente et une componction parfaite a formées , ne conviennent pas à un pécheur surpris comme lui dans ses désordres. On assemble autour de son lit ses amis et ses proches pour recueillir ses derniers soupirs : et il en détourne les yeux , parce qu'il retrouve encore au miUeu d'eux le souvenir de ses crimes. Le ministre de l'Eglise lui présente un Dieu mourant : et cet objet si consolant et si capable d'exciter sa confiance, lui reproche tout bas ses ingratitudes et l'abus perpétuel de ses grâces. Cependant la mort approche ; le Prêtre t^che de soutenir par les prières des. mourans,. ce reste de vie qui l'anime encore; Partez,, ame chrétienne , lui dit -il : Projiciscere , anima christiana, 11 ne lui dit pas : Priuce, Grand du monde, partez. Durant sa vie les monu^ mens publics pouvoient à peine suffire an nombre et à l'orgueil de ses titres : dans ce dernier moment on ne lui donne, que le titre tout; seul qu'il avoit reçu dans4e baptême, le seul dont il ne f^isoit aucun ças^ et le seul qui lui doit demeurer éternellement. Proficùcere^ anima christiana : Partez, a/ne chrétienne, Hélssl elle avoit vécu, comme si le corps eût été tout son être; elle avoit même tâché de so persuader que son ame n'étoit rien ; que l'hon^n^e nlétoit qu'un ouvrage de chair et de sang, et que tout mouroit avec nous  ^t on vient lui déclarer , que c'est son corps qui n'étoit rien qu^un peu de boue, qui va se dissoudre; et que tout son être immortel , c'est cette ^me,^ cette image de la divinité, cette intelligence seule capable del'aimer et de lé connoitre , (jui va se détacher de s^ xjiaisoii teçres^tre % et^pa^*

MORT DU PÉCHEUR^ etc. tkg

roître dcrant le tribunal redoutable. Parlez, ame chrétienne : vous aviez regardé la terre comme votre patrie, et ce n'éloit qu'un lieu de pèlerinage dont il faut partir ; l'Eglise croyoit vous annoncer une nou'Vclle de joie, la un de votre exil, le terme de vos misères, eu vous annonçant la dissolution du corps terrestre : hélas ! et elle ne vous annonce qu'une nouvelle lugubre et effroyable , et le commencement de vos malheurs et de vos peines. Partez donc , ame c/tré" tienne : Prqficiscere 9 anima christiana , ame marquée du sceau du salât , que vous avez effacé ; rachetée du sang de J. C. , que vous avez fouie aux pieds; lavée par la grâce de la régénération , que vous avez mille fois souillée; éclairée des lumières de la foi^ que vous avez toujours rejetées; comblée de toutes les miséricordes du ciel, que vous avez toujours indignement profanées : Partez, ame chré» tienne ; allez porter devant J. C. ce titre auguste , qui devoit être le signe magnifique de votre salut, et qui va devenir le plus grand de vos crimes : Prqficiscere , anima christiana^

Alors le pécheur mourant , ne trouvant plus dans le souvenir du passé que des regrets qui Taccablent ; dans tout ce qui se passe à ^t% yeux , que des images qui l'affligent; dans la pensée de l'avenir , que des horreurs qui l'épouvantent; ne sachant plus à qui avoir recours , ci iux créatures qui lui échappent , ni au monde qui s'évanouit , ni aux hommes qui ne sauroient le délivrer de la mort , ni au Dieu juste qu'il regarde comme un ennemi déclaré, dont il ne doit plus attendre dindulgence : il se roule dans ses propres horreurs, il se tourmente, il s'agite pour fuir la mort qui le saisit, ou du moins pour se fuir lui-même; il sort de ses yeux mourans , je ne sais quoi de sombre et de farouche , qui exprimé les fureurs de son ame ; il pousse du fond de sa tristesse des paroles entrecoupées de sanglots qu'on n'entend qu'a demi , et qu'on ne sait si c'est le désespoir ou le repentir qui les a formées ; il jette sur un Dieu crucifié des regards affreux, et qui laissent douter si c'est la crainte ou l'espérance, la haine ou l'amour qu'ils expriment ; il entre dans des saisissemens , où l'on ignore si c'est le corps qui se dissout ou l'ame qui sent l'ap* proche de son Juge; il soupire profondément, et l'on ne sait si c'est le souvenir de ses crimes, qui lui arrache ses soupivs , ou le désespoir de quitter la vie. Enfin, au milieu de ces tristes efforts, ses yeux se fixent , ses traits changent , son visage se défigure , sa bouche livide s'entr'ouvre d'elle-même, tout son corps frémit; et par ce dernier effort , son ame infortunée s'arrache comme à regret de ce corps de boue, tombe entre les mains de Dieu 9 et se trouve seule aux pieds du tribunal redoutable.

M. F. , ainsi meurent ceux qui ont oublié Dieu pendant leur vie; ainsi mourrez-vous vous-mêmes, si vos crimes vous accompagnent jusqu'à ce dernier moment. Tout changera à vos yeux , et vous ne changerez pas vous-mêmes. Vous mourrez, et vous mourrez pécheurs, comme vous avez vécu , et votre mort sera semblable à votre vie. Prévenez ce malheur ; vivez de la vie des Justes , et votre mort scm-

3o LE JOUR DES MORÏS.

blable à la leur ne sera accompagnée que de joie, dedoucear et d«

consolation : c'est ce que nons allons voir dans la suite de ce Disoour» >

SECONDE PARTIE

Je sais que la mort a toujours quelque chose de terrible pour le» âmes même les plus justes. Les jugemens de Dieu, dont elles craignent toujours les secrets impénétrables; les ténèbres de leur propre' conscience, où elles se figurent toujours des souillures cachées et connues de Dieu seul ; la vivacité de leur foi et de leur amour, qui grossit toujours à leurs yeux leurs fautes les plus légères ; enfin , la dissolution toute seule du corps terrestre, et Thorreur naturelle du tombei^u; tout cela laisse toujours à la mort, je ne sais quoi d'affreux pour la nature, qui fait que les plus justes mémes^ comme dit saint Paul , voudroient , à la vérité , être revélus de l'immortalité qui leur est promise, mais sans être dépouillés de la mortalité qui les environne.

Il n*en est pas moins vrai cependant, que la grâce surmonte en eux cette horreur de la mort qui leur vient de la nature ; et que dans ce moment, soit qu'ils rappellent le passé, dit saint Bernard, soit qu'ils considèrent ce qui se passe à leurs yeux , soit qu'ils se tournent du côté de l'avenir, ils trouvent dans le souvenir du passé la fin de leurs peines , Requies de labore; dans tout ce qui se passe à leurs yeux, une nouveauté qui les remplit d'une joie sainte , Gaudiutn de novitate; dans la pensée de l'avenir, l'assurance de l'éternité qui les transporte , Securitas deœternitate: de sorte que les mêmes situations qui forment le désespoir du pécheur mourant, deviennent alors une source abon* dante de consolations pour l'ame fidèle.

Je dis, soit qu'ils rappellent le passé. Et ici, M. F. , représentez « vous au lit de la mort une ame fidèle, qui depuis long-temps se préparoit à ce dernier moment, amassoit par la pratique des oeuvres chrétiennes un trésor de justice pour ne pas aller paroitre vide de-> vant son Juge, et vivoit de la foi, pour mourir dans la paix et dans la consolation de l'espérance : représentez- vous cette ame arrivée enfin à cette dernière heure, qu'elle n'avoit jamais perdue de vue , et à laquelle elle avoit toujours rapporté toutes les peines, toutes les privations, toutes les violences, tous les événemens de sa vie mortelle. Je dis que rien n'est plus consolant pour elle que le souvenir du passé, de ses souffrances, de ses macérations, de ses renoncemeus, de toutes les situations qu'elle a éprouvées : Requies de labore»

Oui , M. F. , il vous paroit affreux maintenant de souffrir pour Dieu. Les plus légères violences que la religion exige , vous paroissent accablantes : un jeûne seul vous abat et vous rebute; la seule approche des jours de pénitence vous jette dans l'ennui et dans la tristesse ; vous regardez comme malheureux , ceux qui portent le joug de J. C. , et qui renoncent au monde et à tous ses plaisirs pour lui plaira. Mais au lit de la mort, la pensée la plus consolante pour une ame fidèle, c'est le souvenir des violences qu'elle s'est faites pour

MORT DU PÉCHEUR, etc. 3i

.™Di«, Elle comprend alor» tout le mérite de la pénitence , «t com- 1 iThîmmes s^t insensé, de disputer à Dieu un instant de conr n ! „^,T doit être payé d'une félicité san» fin et sans mesure. Car *; ^^«toîr c'est flu'elle n'a sacrifié que des plaisirs d'un ins- X d^t U nVlui^^r^it «lorsque la <^f«sion et la honte; c'est : i ce qu'elle auroit souffert pr le monde ser^^^^^^^ 11. J.n. <•« dernier moment : au heu que tout ce qu eue a souiiert n^n unn«me , une violence , un goût mortifié , une vwac.é ^ ir une VaTnTsatisfaction sacrifiée^ tout cela ne sera jamais '' hVT^t' da^ra Lutant que Dieu même. Ce qui la console, c'est que dftôuùs les î^i""t "es voluptés humaines, hélas ! il n'en reste p.* - . ».. Ut de la mort , au pécheur qui les a tou purs goûtées , qo au s eïù stn eaTtou ours^bstenu; qfce les plaisirs sont également és^pour tous les deux : mais que l'un portera éternellement le crime deT'y ê.re livré ; et l'autre, la gloire d'avoir su les vaincre.

Voilà ce au'offre le passé à l'ame fidèle au lit de la mort : de. violences dea afflictions qui ont peu duré , et qui vont être éterne Ucment . Zoléea le temps des dangers et des tentations passé; les attaqu^ r,u™ÔAdVlivroit à sa foi fenfin terminées ; les pénis, ou son inno-

rncla"ort«^«ruUd^

cenceavoitc naufrage, enfin pour toujours éloignée.,

,mu '''Tl' ît^X qïelîeavoifeùsà soutenir du côté de ses pas- Us conjats j»'^^^f\»;,*^^,t,d ^e la chair et le sang avoient tou- Mons, fims ««fi°; '**X anéInSs : Requie, de labore. Quand on est purs mis a »« P*«'*'.f "°"^„„^ de rappeler le souvenir des orages et

Ztemp^é"' Quanl on est sorti vaiS^ueur de la course qu'on aime de la tempête . vu» . j ^^51 j de la carrière

à retourner en esprit sur SCS pas^e a rev ^^^ difficultés, qui

!" ^'r TlTX^^R^ÙuTje Zore. Il me'semble que le Juste les ont '«• J"* ^f ^„ ^Vtre Moyse mourant sur la montagne sainte, «' f I^:r«ri«TavS Xé son tombeau : Ascende in morUe.n ou le Sf»5«*"J„73"T^qN. lequel avant d'expirer, tournant la tôte « morere ( Deut. ^a. *9 J | H r ^ ^ de terres ,

du haut de ce heu sacré , «' J «""' M^l*^^^^^^^ et qu'il laisse der-

•^•'Pr'"'«SXpé?iu^^^^^

îrcomba^sleunt de nations vaincues; les fatigties du désert ; les les combats aeta ^^^„res et les calomnies de ses fi'eres;

îef ^^"s br?s f ;Tes ^ffilués des chemins --"'^"' '-£" l^r^de vÉffVPte évités ; les eaux de la mer Rouge franchies ; la faim , f. s„?f la Situde combattues; et touchant enfin au terme heureux de tant' de rava«, et .aluant enfin de loin cette patrie promise a ses oLes il chaite un cantique d'action de grâces, meurt transporté, et ptre», Il cnaui. n , évités, et par la vue du heu du

?e\^;rTe"£ign uflut-^^^^^^^^ « V^e la montagne

Ta n.eriWa%rer, comme la réco-p-e^^ «.travaux, etle terme heureux de sa course : Requies de labore. Ceu'eu p.» que le .ouveoir du passé, *n rappelant au Juste mou-

Tant les combats et les périls de sa vie passée, ne lui rappelle anssî ses infidélités ^t ses chutes : mais ce sont des chutes expiées par les gémissemens de la pénitence; des chutes heureuses par le renouvellement de ferveur et de fidélité dont elles ont été toujours suivies ; des chutes qui lui rappellent les miséricordes «le Dieu sur son ame, lequel a fait servir ses crimes à sa pénitence, ses passions à sa conversion y et ses chutes à son salut. Ah ! la douleur de ses fautes dans ce dernier moment, n*est plus poar elle qu'une douleur de consolation et de tendresse : les larmes que ce souvenir lui arrache encore, ne sont plus que des larmes dejoie et de reconnoissance. Les anciennes miséricordes de Dieu sur elle la remplissent de confiaîàce, et lui en font espérer de nouvelles; toute la conduite passée de Dieu à son égard la rassure, et semblelui répondre de Tavenir. Elle ne se le représente plus alors , comme dans les jours de son deuil et de sa pénitence ^ sous l'idée d*un Juge terrible, qu'elle avoit outragé , et qu'il falloit apaiser; mais comme un père de miséricordes, et un Dieu de toute consolation , qui va la recevoir dans son sein , et l'y délasser de toutes ses peines.

Levez-vous , ame fidèle , lui dit alors en secret son Seigneur et sou Dieu : Elevare ^ consur^;e ^ Jérusalem (^Is. 5i ; 17). Vous qui aveas bu toute l'amertume de mon calice, oubliez enfin vos larmes et vos peines passées : Quœ bibisti calicem usque adfundum (jy. 5i ; 17). Le. temps des pleurs et des souffrances est enfin passé pour vous : Non adjicies ut bibas illum ultra {^Is, 5 1 ; 2^ ). Dépouillez-vous donc , fille de Jérusalem , de ce vêtement de deuil et de tristesse , dont vous avez été jusqu'ici environnée ; laissez là les tristes dépouilles de votre mortalité; revêlez -vous de vos habits de gloire et de magnificence; entrez dans la joie de votre Seigneur, cité sainte, dans laquelle j'ai pour toujours choisi ma demeure : Jnduer^veftimentis glorice tuœ^ Jérusalem , civltas sancti ( Is, 62 ; 1 ). Brisez enfin les liens de votre captivité; sortez du milieu de Babylone, où vous gémissez depuis si long -temps des rigueurs et de la durée de votre exil : Solve vincula coin tui captiva filia Sion {Is* Sa ; a ). Les incirconcis n'habi teron t plus au milieu de vous; les scandales des pécheurs n'affligeront plus votre foi : il est temps enfin que je reprenne ce qui m'appartient ; que je rentre dans mon héritage ; que je vous retire du milieu d'un monde auquel vous n'apparteniez pas, et qui n'étoit pas dignç de vous ; et que je vous réunisse à l'Eglise du ciel, dont vous étiez une portion pure et immortelle : Non adjiciet ultra ut pertranseat per te incir-* cumcisus et immundus (^Is. 5a ; i )..

Première consolation d^l'ame juste au lit de la mort, le souvenir du passé iMequies de labore. Mais tout ce qui se passe à ses yeux : le monde, qui s'enfuit; toutes les créatures, qui disparoissent ; tout ce fantôme de vanit é, qui s'évanouit ; ce changement, cette nouveauté , est encore pour elle uûe source de mille nouvelles consolations : Gau^ dium de nopitate,

" En effet , nous venons de voir que ce qui fait le désespoir du pé-

MORT DU PÉCHEUR, etc. 33

cheur mourant , lorsqu'il considère tout ce qui se passe à ses yênx, sont ses surprises , ses séparations , ses cbangemens ; et voilà précisément toute la consolation de Tame fidèle dans ce dernier moment» Rien ne la surprend ; elle ne se sépare de rien ^ rien ne cliange à ses yeux. ^

Rien ne la surprend ! Ab ! le jour du Seigneur ne la surprend point : elle Tattendoit ; elle le désiroit. La pensée de cette'^dernière heure entroit d^s toutes ses actions , étoit de tous ^s projets , régloit tous ses désirs , animoit toute la conduite de sa yie- Chaque heure , chaque moment lui avoit paru celui où le juste Juge alloit lu^ demander ce compte terrible où les justices elles-mêmes .seront jugées. C'est ainsi qu'elle avoit vécu , préparant sans cesse son ame à cette dernière heure : c'est ainsi qu'elfe meurt tranquille, consolée , sans sur* prise, sans frayeur, dans la paix de son Seigneur; ne voyant pas alors la mort de plus près qu'elle l'àvoit toujours vue; ne mourant pas plus alors à elle-même qu'elle y mouroit chaque jour ; et né trouvant rien de différent entre le jour de sa mort, et les jours ordinaires de sa vie mortelle.

D'ailleurs , ce qui fait la surprise et le désespoir du pécheur au lit de là mort , c'est de Voir que le monde , en qui il avoit mis toute sa confiance, n'est rien, n'est qu'un songe qui s'évanouit et qui lui échappe. Mais l'ame fidèle en ce dernier moment, ahl elle voit le monde des mêmes yeux qu'elle l'avoit toujours vu; comme une figure qui passe, comme une fumée qui ne trompe que de loin, et qui de prés n'a rien de réel et de solide. Elle sent alors une joie sainte , d'avoir toujours jugé du monde, comme il en falloit juger ; de n'avoic pas pris le change ; de ne s'être pas attachée à ce qui devoit lui échapper en un instant ; et de n'avoir mis sa confiance qu'en Dieu seul , qu^ demeure toujours pour récompenser éternellement ceux qui espèrenfe en lui. Qu'il est doux alors pour une ame fidèle, de pouvoir se dire a elle-même ; J'ai choisi le meilleur parti; j'avois bien raison de ne n'attacher qu'à Dieu seul , puisqu'il ne devoit me rester que lui seul^ On regardoit mon choix comme une folie , le monde s'en moquoit , et on trouvoit bizarre et singulier de ne pas se conformer à lui; mais enfin ce dernier moment répond à tout. C'est la mort qui décide de quel côté sont les sages ou les insensés, et lequel des deux avoit raison , ou le Mondain ^ ou le Fidèle.. . .

Ainsi voit le monde et toute sa gloire , une ame juste au lit de la mort. Aussi , lorsque les ministres de l'Eglise viennent rèntretenir dé discours de Dieu, et du néant de toutes les choses humaines, ces vérités saintes , si nouvelles pour le pécheur en ce dernier moment, sont pour elle des objets familiers ,^es lumières accoutumées qu'elle n'avoit jamais perdues de vue. Ces vérités consolantes font alors sa plus douce occupation : elle les médite; elle lés goûte; elle les tire du fond de son cœur où elles avoient toujours été, pour se les remettre devant les yeux. Ce n'est pas un langage nouveau et étranger'que le ministre de J. C. lui parle : c'est le langage de son cœur^ ce sont les senti-^

il. "'V/O/I. TOME I. 3

34 l't JOUR DES MORTS,

meas.de toute sa vie. Rien ne la console alors comme d'entendre parler du Dieu qu'elle a toujours aimé; des biens éternels qu'elle a loujourst désirés ; du bonheur d'une autre yie après laquelle elle a to^jjpurs soupiré ; du néant du monde qu'elle a toujours méprisé, ïout autre langage lui devient insupportable. Elle ne peut plus eutendre raconter que les miséricordes du Dieu 4^ ^^^ pères ; et regrette les momens qu'il faut alors donner a régler une maison terrestre, et à disposer de la succession de ses ancêtres. Grand Dieu ! que de lumi ère! que de pai^f ! que de transports heureux I que de saints mouyeraens d'amour , de joie ^ de confiance ^ d'actions de grâces se passen t filar^ dans ce^te ame fidèle! sa foi se renoi^velle; son amour s'enflanime; sa ferveur s'excite; sa componction se réveille. Plus la dissolution de l'homme terrestre approche, plus l'homme nouveau s'açl\ève et s'accomplit. Plus sa maison de boue s'écroule, plus sou ^me s'élève et se purifie. Plus le corps se détruit , plus l'esprit se dégage et se renouvelle. Semblable à une flamme pure qui s'élève et parpît plus éclatante^ à mesure qu'elle se dégage d'un reste de matière qiii la retenoit , et que le corps où elle étoit attachée se consume et se dissipe.

' Ah! les discours de Dieu fatiguent alors le pécheur au lit de la mort : ils aigrissent ses maux; sa tète en souffre; son repos en est altéré. Il faut ménager sa foiblesse en ne coulant que quelques mots à propos; prendre des précautions, de peur que la longueur n'importune ; choisir ses momens pour lui parler du Dieu qui va le juger, et qu'il n'a jamais connu. Il faut de saints artifices de charfté , et le tromper presque, pour le faire souvenir de son salut. Les mîxiistres mêmes de l'Eglise n'approchent que rarement , parce qu'on sent bien qu'ils sont à charge : on les écarte comme 'des Prophètes \ristes et désagréables ; on détourne les discours de salut , comme des nouvelles de mort et des discours lugubres qui fatiguent ; on ne cherche qu'à égayer ses maux par le récit des affaires et des vanités du siècle, qui l'avoient occupé durant sa vie. *Grand Dieu ! et vous îpermettez que cet infortuné porte jusqu'à la mort le dégoût de lavc- !rité; que les images du monde l'occupent encore en ce dernier monient ; et qu'on craigne de lui parler du Dieu qu'il a toujours craint de servir et de connoitre.

Mais ne perdons pas de vue l'ame fidèle : non-seulement elle ne ^iï rien au lit de la mort qui la surprenne, mais elle ne se sépare de rien qui lui coûte et qu'elle regrette. Car, M. F. , de quoi la mort pourroit-elle la séparer > qui lui coûtât encore des regrets et des larmes? Du monde? Hélas! d'un fuonde où elle avoit toujours vécu comme étrangère ; où elle n'avoit jamais trouvé que des scandales 4|ui affligeoient sa foi , des écueus qui faisoient trembler son innocence, des bienséances qui la génoient, des assujettissemens qui la parugeoient encore malgré elle-même entre le ciel et la terre : on ne rf greue guères ce qu'on n'a jamais aimé. De ses biens et de ses rii;li^ses? Hélas I son trésor étoit dans le cielj ses biens avoient été

MORT DU PÉCHEUR, etc. 3îf

k«s biens âes pauvres : elle né le« perd pas^ elle va seiilemeiit les retrouver immortel» daas le sein de Dieii même. De ses titres et de ses dignités? Hélas! c'est un joug qu'elle secoue; le seul titre qui loi fut cber , étoit celui qu'elle avoit reçu siir les fonts sacrés « qu'elle doit porter devant Dieu « et qui lui donne droit aux promesses éternelles. De ses proches et de sei amis ? Hélas! elle sait qu'elle ne les devancé que d'un moment ; que la mort ne sépare pas ceux que la cbarité avoit unis sur la terre} et que, réunis bientôt dans le sein de Dieu^ ils formeront avec elle la même Eglise et. le même peuple, et jouiront des douceurs d'une société immortelle. De. ses enfans? Elle leur laisse le Seigneur pour père , ses exemples et ses instructioiis pour héritage^ ses vœux et sQs bénédictions pQur 4eraère consolation; et comme David , elle meurt en demandant pour son fils Salomon, non pas des prospérités temporeUes, m^is un CQHir parfail^ l'amour de la loi, et la crainte du Dieu de ses pères.: Salo/notti quoquefiUo meo da cor perfectum (/• Parai 2g; ig ). De son corps? Hélas ! de son corps qu'elle avoit touJQnrs châtié, crucifié; qu'elle regardoit comme sOn ennemi ; qui la faisoit encore dépendre des sens et de la chair; qui l'accabloit sous le poids de tant de nécessités humiliantes : de cette maison de boue qui la ret^ncHt captive; qui prolongeoit le» jours de son exil et de sa servitude, et Vempéckoit de s'aller réunir à J. C. : ah! elle souhaite, comme Paul, sa dissolution. C'est un vêtement étranger dont on la débarrasse ; c'est un mur de séparation d'avec son Dieu, qu'on dérruit , qui la laisse libre, et en état de prendre son essor , et de voler vers les montagnes éternelles. Ainsi, la mort ne la sépare de rien, parce que la foi l'avoit déjà séparéode tout.

Je n'ajoute p^s que les changemens qui se font au Ht de lâ mort, si désespérans pour le pécheur, ne changent rien dans l'ame fidèle. Sa raison s'éteint , il est vi'si ; mais depuis long-temps elle la voit captivée sous le joug de la foi, et éteint ses vaines lumières devant la lumière de Dieu et la profondeur de ses mystères. Ses yeux mourans s'obscurcissent, et se ferment à toutes les choses visibles ; mais depuis long-temps elle ne voyoit plus que les invisibles. Sa langue immobile se lie et s'épaissit; mais depuis long-temps elle j avoit mis une garde de circonspection, et méditoit dans le silence les misérisordes du Dieu de ses pères. Tous ses sens s'émoussent , et perdent leur usage naturel; mais depuis Idng-t^ps elle se l'étoit interdite à elle-même; et dans un sens bien différent des vaines idoles, elle avoit des yeux , et ne voyoit pas ; des oreilles, et n'entendoit pas, un odorat , et ne s'en servoit pas ; un goût , et ne goûtait plus que les choses du ciel. Enfin , les traits A'une vaine beauté s'effacent; mais depuis long-temiis toute sa beauté étoit au dedans , et elle n'étoit occupée qu'à çmbellir son awe des dons de la grâce e^ de la justice.

Rien ne change donc pour cette ame au lit de la mort. "Son corps se détruit ; toutes les créatures s'évanouissent ; la lumière se relire, toute la nature retombe dans le néant; et au mîlieu.de tous ces chan-^

S6 LE Jouit bES MORTS.

geméns t\\t seule ne change pas; elle seule est toujonrs la même* Que la foi ^ M. F. , rend lé fidèle grand au lit de la mort ! Que le spectacle de Tame juste en ce dernier moment est digne de Dieu , des jknges et des hommes ! CTest alors quelefidèle paroit roaitredu monde et de toutes les créatures : c'est alors que cette ame , participant déjà à là grandeur et à Timmutabilité du Dieu auquel elle va se réunir , est élevée an- dessus de tout : dans le monde , sans j prendre part ; dans un corps- mortel , sans y être attachée ; au milieu de ses proches et de ses amis , sans les voir et sans les connoitre ; parini les larmes et les gémissemens des siens , *sans les entendre; an milieu des embarras et' des mouvemens que sa mort fait naître à ses yenx, sans rien perdre de sa tranquillité : Elle est libre parmi les morts (^Ps. 87 ; 6 ) ! elle est déjà immobile dans le sein de Dieu , au milieu de la destruction de toutes choses. Qu'il est grand, encore une fois y d'avoir vécu dans l'observance de la loi du Seigneur , et de mourir dans sa crainte ! Que l'élévation de la foi se fait bien sentir en ce dernier moment dans l'ame fidèle 1 C'est )e moment de sa gloire et de ses triomphes ; c'est le point auquel se réunit tout l'éclat de sa vie et de ses vertus. Qu'il est beau de voir alors le Juste marcher d'un pas tranquille et majestueux vers l'éternité î et que ce' Propbète infidèle avoit bien raison autrefois , en voyant Israël entrer dans la terre de promesse , le triomphe-de sa marche , et la confiance de ses cantiques , de s'écrier : Que mon ame meure de la mon des Justes , et que ma fin leur soii semblable ( Nomb. a3 ; 10 ) î

Et voilà , M. F. , ce qui achève en dernier lieu , de remplir l'ame fidèle au lit de la mort, de joie et de consolation : la pensée de l'avenir, Securitas deœternitate. Le pécheur durant la santé voit l'avenir d'un œil tranquille ; mais , dans ce dernier moment , le voyant déplus près, sa tranquillité se change en saisissement et en terreur. L'ame juste, au contraire , durant les jours de sa vie mortelle, n'osoit reganler d'un œil fixe la profondeur des jugemens de Dieu ; elle opéroit son salut avec crainte et tremblement ; elle frémissoic à la seule pensée de cet avenir terrible, où les Justes mêmes seront à peine sauvés , s'ils sont jugés sans miséricorde : mais au lit de ]a mort, «h I le Dieu de paix qui se montre à elle, calme ses agitations : ses frayeurs cessent tout d'un coup , et se changent en une douce espérandl. Elle perce déjà, avec des yeux mourans , le nuage de la mortalité qui l'environne encore ; et voit , comme Etienne, ie sein de la gloire, et le Fils de l'Homme à la droite de son Père tout prêt à la recevoir : cette patrie immortelle , après laquelle elle avoit tant soupiré , et ou elle avoit toujours habité en esprit ; cette sainte Sion , que le Dieu de ses pères remplit de sa gloire et de sa présence, où il enivre ses Elus d'un torrent de délices, et leur fait goûter tous les jours les biens incompréhensibles qu'il a prépadc*s V^°^ ^"^ l'aiment; cette cité du peuple de Dieu, le séjour vcra *?.''*/ ' demeure des Justes et des Prophètes , où elle retrou- • fr«w» que la charité lui avoit unis sur la terre , et avec

MORT fDU PÉCHEUR, elc. S7

lesquels elle bénira éternellement les miséricordes da Seigneur , et chantera avec eux les louanges de sa grâce.

Ah! aussi, quand les ministres de TEglise vietinent enfin an* nonccr à cette ame que son heure est venue, ^t que réternité appro* che ; quand ils viennent lui dire , au nom de TEglise qui les envoie : Partez j ame chrétienne; Proficiscere^ anima christiana : sortez enfin, de cette terre où 'vous avez été si long^-temps étrangère et captive ; le temps des épreuves et des tribulations est fini ; voici enfin le juste Ju^ qui vient briser les liens de votre mortalité : retournez dans le sein de Dieu d'où vous étiez.sortie; quittez enfin un monde qui n'étoit pas digne de vous : Prqficiscere ^ anima christiaua. Le Seigneur s'est enfin laissé toueher à vos larmes ; il vient en lin y ou s ouvrir la voie desiSaints et les portes éternelles : Partez ^ ame fidèle , allez vous réunir à l'Eglise du eiel qsi vous attend ; souvenez-vous seulement de. vo^ 'frères que vous laissez sur la terre, encore exi posés aux tentations et aux orages; laissez-vous toucher au trisA état de l'Eglise d'ici-bas , qui vous a engendrée en J . 0. , et q^a vous voit partir avec envie ;soHicrtez-hi- fin de sa captivité, et 5rénnion entière avec son Epoux , dont elle est encore séparée : JPro^ ficiscere , anima christiana,- Ceux qui dorment dans le Seigneur ne périssent pas sans ressource ; nous %ie Vous perdrons sur la terre que pour vous retrouver dans peu avec J. C. dans le royaume de ses Saints ;; le corp» qiJ^^ous âUea laisser; en proie açsçverset à la pourriture , vous suivra bientôt immortel et glorieux ; pas un cheveu de votre tête ne périra ; il restera dans vos cendres une sem%nce d'immortalité jusqu'au jour de ht -révélation, où vos os arides se ranimeront , et paroitront plus brillaus que la lumière. Quel bonheur pour vous , d'être enfin quitte de lomtes les misères qui nous affligent encore ; de n'être plus exposée , comme vos frères , à per^ dre le Dieu q^e vous allez posséder ;^ de fermer enfin les yeux à tous les scandales qui nous contristent, à la vanité qui nous séduit , aux exemples qui nous entraînent , aux attachemens qui nous partagent , aux agitati<>AS9^tti ssous dissipent ! Quel bùoheur de sortir enfin d'un lieu où tout nous lasse et tout nous souille, où nous nous sommes à charge à nous-mêmes ^ où nous ne vivons que pour nous ren« . dre malheureux ; et d'aller dans un séjour de paix , de joie , de sérénité , où l'on n'a plus d'autre occupation que de xouir 4<t Dieu que^ l'on aime I Proficiscere , anima christiana.

Quelle nouvelle de joie et d'immortalité alors pour cette ame juste ! Quel ovdre heureux l^ Avec quelle' paix, .quelle confiance , quelle action'de grâce Taccepto^t-elle? EUeièYO an ciel , comme le vieillard Siméon, ses y^eux mourans ; et regardait* son Seigneur. Kfiii vient à elle : Brisez-, à mon. Dieu , quand il vous plaira , lui dit-^elle en 'secret , ces resto^ de mortalité, ces foibles liens qui mètetiendent en** coce ; j'attends dans la paix et dans l'espérance l'effet de vos pro^ messes étemelles. Ainsi , purifiée par leseii^ations d'une vie sainte et chrétienne ^fortifiée par les derniers remèdes de l'Eglise, lavée

aa r' dimanche de l^avent.

dans ie «ahg d? l'Agneau , soutenue de Vespérmice des promesses , consolée par Tonction secrète de Tesprit qui habite en elle, mûre pour réternité j elle ferme les jeux avec une sainte joie à toutes les créatures , elle s*eudort tranquillement dans le Seigneur » et s'ei^ retourne dans le sein de Dieu d*oîi elle étoijt sortie.

M. F. , les réflexions sont ici inutiles. Telle est la fin de ceux qui ptkt vécn dans, la crainte du Seigneur : leur mort est précieuse devant Pieu*comme leur vie. Teile est la fin déplorable de ceux qui l'ont Oublié jusqu'à cette dernière heure : la mort des pécheuri est abominabif^auv yeux de Dieu comme leur vie. Si vous vivez dans le péché, vous mourre? dans les horreurs et dans les regrets inutiles du pécheur , et votre mort sera une mort éternelle. Si vous vivez dans la justice, vous mourrez dans la paix et dans là confiance du- Juste-, et votre mort ne sera qu'un JMSsage à la bienheureuse immortalité.

as

SERMON

POUR LE PREMIER mMANCHE DE L'AVENT.

Tune Tidebant Filiam Hominis Tenîentem ia noba cnm pofie«tate magnà , et Biajestate.

' ' '' • ^/oAf ils iferront le Fils da l'Soinme tpii viendra sur une mséeénfee une grand»

ptwsance eâ une grande rm^siéi hvQ, ai; 97*

IRE

Tel doit être le dernier spectacle qui finira les révelutioBS contitïneïles , que la figure de ce monde offre t^ous les jours à nos ^ux , et xfui , ou nous amusent^ par leur nouveauté , ou no«s séduisent pap leorsebarmes. Tel sera l'avèncmènt du Fils de L'Homme, le jour de .sa révélation, raccomplissement de son règne, l'enliève rédemption de sou corps mystique. T«4 le jour de la mauifeststidn des consciences j ce jour de calamité et de désespoir pour les uns Vp<>ûr les autres, de paix, de consolation et d'allégresse : l'att^t^ des Justes,

JtJGEMENT UNIVERSEt. , 3<j

la terrenr des méchans; le jour décisif de la destinée de tous les Lommes.

C'est rimâge tonjonrS présente , que les prédictions du Sauveur sur ce jour terrible en 'a voit* laissée aux premiers fidèles , qui les rendoit patiens dans les persécutions, joyeux dans les souffrances^ glorieux dans tes opprobres. C'est elle qui depuis soutint la foi des Martyrs, anima la constance des Vierges, adoucit aux Anachorètes les korrenr^ des déserts; c'est elle qui encore aujourd'hui peuple ces solitudes religieuses , que la piété de nos pères éleva contre la contagion du siècle.

Yotis^mémes , M. F. , rappelant quelquefois Tappareil formidable de ce grand événement, n'ave» pu refuser à ce souvenir des senti* mens de compondion et de crainte* Mais^ ce n'ont été là que des frayeurs paasagères; des idées plus douées et plus riantes les ont à rinstant effacées , et ont ralnené votre premier calme. Hélas ! dans les temps heureux. de l'Eglise ,jc'eèt été renoncer à la foi, de ne pas désirer le jour du. Seigneur. Toute la coiisçlation de ces premiers Disciples de laibi étoitde l'attendre; et il.falloit même que les Apô* très modérassent là-dessus le saint empressement des Fidèles; et aujourd'hui il faut que l'Eglise emploie toute la terreiir de notre ministère pour en rappeler le souvoiir aux Chrétiens; et tout le fruit de nos diteeurs se borne aie fsûiré craindre.

3e ne me propose pas cependant de votls étaler ici toute This* toire de ce terrible avènement. Je veux me renfermer dans utie de ces circonstances qui m'a toujours paru îa plus propre à faire impression sur les'cœùrs : c'est la manifestation des consciences.

Or , voici tout pou dessein. lei-bas le •pécheiK' ne .^connoit jamais tel qu'il est^ et n'est connu des hommes qu'à-demi : il vit d'ordinaire inconnu. à. lui- même par son aveuglement; aux autres, par %e% dissimulations et par ses .artifices. Dans ce grand jour il se cônnoitra , et il, sera conpu* Le pécheur montré à. lui-même ; le pécheur montré ii toutes les créatures : yoilà sur quoi j'ai résolu de faire quelques réflexions simples et édifiantes. Implorons, eto. Ave^ Maria. . „ .

PREMIERE PARTIE

Tout se réserve pour t avenir^ dît le Sagfe, et demeure ici^hàs in^ certain , parce que tout arrive également àù juste et à V injuste , au bon et au méchant, au pur et à tinïpur; h.ceîui qui immole des vie» times , et h celui qui méprise les sacrifices ( EccL 9 ; 2 ). Quelle idée , en effet , M. F., aurioiis-nous de la Providence dans le gouvernement de l'Univers, si nous ne jugions de sa sagesse et àé sa justice, que par les diverses destinées qu'elle ménage ici-bas aux liômmes? Quoi f les biens et les maux seroienl dispensés sur la terre, sails choix V sans égard , sans distinction ? Le Juste gi^mîroit presque toujours daiVs l'affliction et dans la misère , taudis que l'impie vivroît énvironîi^ de gloire > de plaisir et d'abondance ; et après des fortunes si diS^

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4o 1« DIMANCHE DE L»AVENT.

férentea, et des mœurs si dissemblables , tous deux toii4>^roienf: égâ« lement dans un oubli éternel ; et le Dieu juste et vengeur qu'ils trou- Teroient au-delà, ne daigneroit pas peser leurs œuvres, etdiBcerner leurs mérites? Vous êtes juste , Seigneur , et vous rendrez à chacun, selon ses œuvres.

Ce grand point de la (oi chrétienne, si conforme même à l'équité naturelle, ici supposé : je dis que dans ce .jour terrible, où, à la face de rUnivers,le pécheur paroitra devant le tribunal redoutable, accorapagiié de ses œuvras , la manifestation des consciences sera le supplice le plus affreux de Tame infidèle. Un examen rigoureux la montrera d'abord à elle-même ; et voici toutes les circonstances de cette formidable discussion. • , ^ *

Je ne m'arrête pas à vous fsàte observer tous les titres dont sera revêtu celui qui vous examinera, et qui annoncent toute la rijgfueur doiit il doit user, en pesant dans sa balance vos œuvres et vos pensées; Ce sera un Législateur sévère , jaloux de la sainteté de sa loi , et qui ne vous jugera que par elle : tous les adoucissemenl , toutes les vaines interprétations que Tusage ou une fausse science avoit inventées, s'évanouiront. Llédat delà loi les dissipera; les ressources dont elles: avoient flatté le péoheur tomberont ; et le Législateur irvité examinera presque plus rigoureusement les fausses interprétations qui en avoient altéré la pureté , que les transgressions ma* uifestes qui l'avoient violé^. Ce sera un Juge^ chargé des intérêts de la gloire de son Père contre le pécheur ! établi pour juger entre Dieu et Thomme 1 et cç jour sera le jour de son zèle pour l'honneur de la Divinité , contre ceux qui ne lui auront pas rendu la gloire qui lui est due I Un Sauveur qui vous montrera ses plaies pour^vous reprocher votre ingratitude ! tout ce qu'il a fait pour vous se tour^ nera contre vous; son sang, le prix de votre salut élèvera sa voix et demandera votre perte , et ses bienfaits méprisés seront comptés parmi vos plus grands crimes. Le scrutateur des cœurs ! aux yeux duquel les conseils les phrs cachés , et les plus secrètes pensées se« Tont découvertes. Enfin , un Dieu d'une majesté terrible ! devant lequeMes-eieux se dissoudront ^ les élémens se -confondront ^ toute la nature se bouleversera , et dont le pécheur tout seul sera obligé de soutenir l'examen , et la terreur de sa présence.

. Qr , voici les circonstances de cet examen redoutable. Premièrement, il sera le même à l'égard de tous les hommes : Etcongrëga^ buntur ante éum omnes gentes , dit un autre Evangéliste {Matth\ a5 ; 32 ). La différence des siècles , des ^e& , des pays, des conditions, de la nabsance, du tempérament, n'y sera plus comptée pour rien; et comme l'Evangile sur lequel vous serez jugés, est la loi de tous les temps et de tous les états , et n'a que les înêmes règles à proposer au noble et au roturier ; au Prince et au Sujet ; aux. Grands et au Peuple ; au Solitaire et à l'homme eia^agé dans le tumulte du monde; au Fidèle qui vivoit dans la ferveur des premiers temps, et à celui qui a eu le malheur de vivre dans le relâchement;

JPÇEMENT UNIVERSEL, r 41

àe% scècles : on n'usera d'aucune disiiirciioa dans la manière d^ procéder à l'examen des coupables. Vaines excuses sur le rang , sur la naissance, sur les périls de son état , sur les mœurs de sou siècle, aur la foiblesse du tempérament , vous ne serez plus alors écoutées ! et sur, la chasteté, sur Ja modestie , sur rambiiion , sur le pardon des offenses, sur le renoncement à soi-même, sur la mortification des sens, le juste Juge demandera un compte aussi exact au Gjrec, qu'au Barbare; au pauvre, qu'au puissant; à l'iioiiurie du monde» qu'à celui qui vit dans la retraite; au Prince, qu au simple citoyen; enfin., aux Chrétiens de ces derniers temps, qu'aijx premiers Disciples de l'Evangile : Et cQjjigregaùantur ante eum o runes génies.

Vains jngemens de la terre, que vous serez alors étrangement con* fondus ! Et que nous ferons peu de cas de la noblesse du sang , de la gloire des ancêtres , de l'éclat de la réputation , de la distinction des talens , et de tous ces titres pompeux , dont les hommes tâchent îci-bas d'exhausser leur bassesse , et sur lesquels ils fondent tant de distinctions et de privilèges, lorsque nous verrons dans cette foule de ooapables, le Souverain confondu avi*c l'esclave; les Grands avec le Peuple; les Savans placés au hasard parmi les ignorans et les simples ; les Dieux de la guerre , ces hommes invincibles et glorieux qui avoient rempli l'Univers du bruit de leur nom, à côté du vigneron et du laboureût ; que vous avez seul , 6 mon Dieu , la gloire , la puissance, l'immortalité;' et que tous lés titres de la vanité étant détruits et anéantie a>ec le monde qui les àvoit inventés, chacun ne paroUra environné que de ses œuvres 1 •

En second lien, cet exi^nen sera universel ;• c>st-à-dire , qu'il rappellera les divers* âges et toutes les circonstances de votre vie i les foibiesses dei'enibttce', qui 6nt échappé à votre souvenir ; les empor« temens de 1% jeunesse, dont tous les momens ont presque été des crimes; l'ambition et.les soucis d'un âge plusmùr ; rendurcissenx^nt et les chagrins d'une vieillesse peut-être encore votoptueusc^Quelle surprise, lorsqu'en repassant sur les divers rôles que vous :avez remplis sur la terre , vous vous retrouvenee par-tout : profane , dissolu ; voluptueux, sans vertu, sans pénitence, sani bonnes œuvres ; n'ayant passé par dififérentes situations , que pour amasser un trésor plus abondant de colère , et ayant vécu dans ces divers états , comme û • tout avoit dû mourir avec vous !

La variété desévénemensqui se succèdent ici-bas les uns aux autres"^ et qm]»artagent notre vie V ne fixent notre attention- q n'a u pfé^ent; et ne nons permettent pa» <de la rappeler tout entière, et de voii* tout cequenoussommes.' Nous- ne nous envisege<»ns jamais quedans le point de vue que notre état présent nous olfré; la dernière s itua-^ tion est toujours eellè qui nous fait juger de nous-mêmes : un senti-* ment de salut dont Dieu nous favorise quelquefois , nous calme sur une insensibilité de ptnsiears années ; un jour passé dans les eter** cices de la piété , nons fiiit oublier une vie de crimes ; la cl éel a région de nos fautes au tribunal de la Péoitcnice les'^sfce de notre souvcf-^

^H r' DIMANCHE DE fAVËST.

T)ir , et elles sont pour nous comme si elles n'avolenf jamais Mé^ en un mot, nous ne "voyons jamais de ]Vtat de notre conscience que le présent. Mais devant le Juge terrible tout se présentera à la fois : l'histoire se dépliera tout entière. Depuis le premier sentiment que forma votre cœur jusqu'à son dernier soupir, tout se rassemblera sous vos yeux ; toutes les iniquités dispersées dans les diffé* rens âges de votre vie seront ici réunies : pas une action , pas un désir, pas une pensée, pas une parole n*y sera omise ; car si nos clie* veux sont comptés, jugez de nos œuvres. Nous verrons revivre tout le cours de nos années, qui étoit comme anéanti pour nous, et qui vivoit pourtant aux yeux de Dieu : et nôtis retrouverons là , non pas ces histoires périssables , où nos vaines actions dévoient être jtransmises à la postérité ; non pas ces récits flatteurs de nos exploits militaires , de ces événemens brillans qui avoient rempli tant de vo* lûmes y et épuisé tant de louanges ; non pas ces mémoires publics où çtoient marqués ré)évation de notre naissance , l'antiquité de notre origine , la gloire de nos ancêtres , les dignités qui les ont illustrés, l'éclat que nous avons ajouté à leur nom*, et toute l'histoire , pour ainsi dire , des illusions et des erreurs humaines : cette immortalité Vaut vantée , qu'elle nous promettoit , sera ensevelie dans les ruines et les débris de l'Univers ! mais nous y verrons l'histoire la plus af-r freuse et la plus exacte de notre cœur, ^e notre esprit» de 9Qtre imagination, c'est-à-dire, cette partie intérieure et invisible den^ptre vie , aussi inconnue à nous-mêmes qu'au reste des hon^mes* , ; . .

Oui , M. F. , outre l'histoire extérietire de nos mœurs ^ùî sera tôate rappelée , ce qui nous surprendra leplils , ce* sera l'histoife secrète de notre cœur, qui se dépliera alors tout entière à nos yeUx i de ce cœur que nous n'avions jamais sondé, jamais connu ; de c^œur qai se déroboit sans cesse à nous-mêitoés , et. qni nousidéguisoit là hc^te de ses passions sons des noms spécieux ; de ce cœur dont nous avons tant vanté l'élévation , la droiture, la magnanimité , le dêsintéresseçient , la bonté ; que l'erreur publique et l'adulation avoièhl regardé comme tel , et qui nous avoit fait placer au-dessus des autres hommes. Tant de désirs honteux et qui à peine étoient formés , que nous tâchions de nous les cacher à nous-mêmes; tant de projets ridicules de fortune et d'élévation , douces erreurs où notre ccetf f sé« duit se livroit sans cesse ; tant de jalousies basses- et secrètes ^vté nous nous dissimulions par fierté « et qui cependant étoieht Ifr-prlncipe invisible de toute notre conduite>;« tant de dispositions ccimi^ nelles , qui nous avoient porté mille fois à souhaiter que ka plaisirs des sens pussent être ou éternels ou iwptfnis; tant de haines et d'animosités , qui nous avoient corrompu le- eœ«tr à notre insçu ; tant d'intentions souillées et vicieuses, sur lesquelles nous étions si habiles à nous flatter; tant de projets de erimes auxquels l'oocanan seule avoit manqué , et que nous n'avions coniptés pour rien , parce qu'ils n'étoient pas sortis de notre cœur; en un mot, cette vicissi'* tnde de passions qui s'étoient toujours succédées les unes anx antres

an cledàBs de nous : voilà ce qu'on étalera à nos yei|X. Nous verrons son»r« dit saint Bernard , «comme d'une embuscade', des crimes sani nombre, dont nous ne notis serions jamais crus coupables : Prodienê ex impropiso , et quasi ex insidÛs, On nous montrera nous* mêmes à nous-mêmes ; on nous fera rentrer dans notre cœur , où nou« n'avions jamais habité ; une lumière soudaine éclairera cet abîme : ce mystère d'iniquité sera révélé , et nous verrons que ce que nous connoitisîons le moins de nous , c'étoit nous-mêmes.

A Pexamen des maux quenous avons faits i succédera celui de# biens que nous avons manqué de faire. On nous rappellera les omis^ sion& iniSnies dofit notre vie a été pleine, et sur lesquelles nous n'avions pas eu même de remords : tant de circonstances où notre caractère nous engageoît de rendre gloire à la vérité', et où nous l'avons trahie par de vils intérêts, ou par de basses complaisances; tant d'occasions de faire le bien , que la bonté de Dieu nous avoît ménagées, et que nous avons presque toujours négligées; tant d'igno* rances coupables et volontaires, pour avoir toujours craint la lumière, et fui ceux qui poûvoient nous instruire; tant d'^éyénemens si capables de nous ouvrir les yeux, et qui n'ont servi qu'à augmenter notre aveuglement; tant de bien que nous aurions pu faire par nos talens, ou par nos exemples , et que nous avons empêché par nos vices; tant d'ames dont nous aurions pu préserver Tinnocence par nos largesses, et que nous avons laissé périr pour n'avoir rien voulu rabattre d^ nos profusions; tant de crimes que nous aurions pu épargner à nos inférieurs ou à nos égaux-, par de sages remontrances et des conseils utiles, que l'indolence, la lâcheté, et peut-être des vues plus cou<^ pables nous ont fait Supprimer ; tant de jours <ft de moniens que nous tarions pu mettre' 4 ^i^ofit po^r le eiel^ et que nous avons passée dans l'inutilité et dans une indigne mollesse. Et ee qu'il y a ici dé plus terrible^ c'est que c'éloit là la partie de notre vie la plus innocente à nos yeux, et qui n'effroît tout au plus à notre souvenir qu'on grand vide* ' i^ ^

Quel regret alors pour l^ihe infidèle, de voir une si longue suite de jours perdue , sacrifiés' a l'inutilité, au monde qui n'est plus , tandis qu'un' sCtil 'moment consacré à un Dieu fidèle dans ses pro-» messes , eât pu lui mériter la félicité des Saints! àk voir tant de basr sesses , tant d^assujettissement, pour dés biens et une fortune misérable , qui ne dévoient durer qu'un instant , tandis qu'une seule violence soufferte pou^ J. Ç. eût pu lui assurer un royaume immortel f Quel regret de Volr^û'il n'eût pas falFu tant de soins et de peines ])our se sauver, qu'elle en a soufferts pour se perdre; et qu'un seut jour de cette longse vie, tout employé pour le monde , eût suffi pour rérennté !

A cet examen su<^dera , eh -quatrième lien , celui des grâces dont tous avez abusé : tant d'inspirations ^inte^^ on rejetées , ou suivies à demi ; tant de soins et de ménagement de la Providence sur votre ame, rendus int^tiles 3 tant de yérités emtndues^ par notre ministère f

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