‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 9 sur 131 · LA. MORT DU PÉCHEUR, ET LA MORT DU JUSTE · texte numérisé non relu

LA. MORT DU PÉCHEUR, ET LA MORT DU JUSTE

Beati mortul qai in Domino moriantar.

Heureux sont les morts ^ui meurent dans le Seigneur. Apoc. I4; x3.

(ES passions humaines on;t toujours quelque chose d'étonnant i d'incompréhensible. Tous les hommes veulent vhrre; ils regardei la mort comme le dernier des malheurs ; toutes leurs passions les at tachent à la vie : et cependant ce sont leujrs passions elles-mêmes qi les poussent sans cesse vers cette mort, pour laquelle ils ont tai d'horreur; et il semble qu'ils ne vivent que pour se hâter de mourii Ils se promettent tous qu'ils mourront de la mort des Justes ; ils l'e^ pèrent , ils le désirent. Ne pouvant se flatter d'être immortels sur ] terre y ifs comptent du moins, qu'avant ce dernier moment , lespaj sions, qui actuellement les souillent et les captivent, seront éteinte Ils se représentent la destinée d'un pécheur qui meurt dans son p< ché, et dans la haine de Dieu, comme une destinée affreuse; i cependant ils se la préparent à eux-mêmes tranquillement et sa» inquiétude. Ce terme horrible de la vie humaine, qui est la moj dans le péché ^ les saisit et les épouvante; et cependant ilsmarch^ei en dansant comme des insensés par la voie qui y conduit. Noi avons beau leur annoncer qu'on meurt comme on a vécu : ils veulei vivre en pécheurs , et mpurir pourtant de la mort des Justes.

MORT DÛ iPÉCHEtft, e\c. 19

Je veux donc aujourd'hui, M. F. 9 non pas vous détromper d'une illusion si commune et si grossière (résenrons ce sujet pour une autre occasion ) ; mais , puisque la mort du Juste vous paroit si désirable, et celle du pécheut* si affreuse, je veux vous exposer ici l'tine et l'autre, et réveiller sur Tune et sur l'autre vos désirs et votre terreur. Comme vous mourrez dans l'une de ces deux situations, il importe de vous en rapprocher le spectacle; afin que« vous mettant souS lès yeux lé portrait affreux de l'une et Timage consolante de l'autre, vous puissiez décider par avance laquelle des deux destinées Vous attend , et prendi'e des mesures afin que la décision vous soh favorable.

Dans le portrait «du pécheur mouraiit, vous verrez où aboutît enfin le monde avec tous ses plaisirs et toute sa gloire : dànS le récit de la mort dû Juste , vous apprendrez où conduit la vertu avec toutes ses peines. Dans l'une, vous verrez le monde , des yeux d'un pécheui^ qui va mourir : et qu'il vous parottra vain et frivole , et différent de ce qu'il vous paroit aujourd'hui! Dans l'autre, vous verrez la vertu , des yeux du Juste qui expire : et qu'elle vous paroiira ^ande et estimable I Dans l^une, vous comprendrez tout le malheur d'une amequi a vécu dans l'oubli de Dieu : dans l'autre, le bonheur de celle qui n'a vécu que pour le servir et pour lui plaire^ En un mot , le spectacle de la mort du pécheur, vous fera souhaiter de vivre de la vie du Juste; et l'image de la mort du Juste, vous inspirera une sainte horreur de la vie du pécheur. Implorons^ etc. Ave, Maria,

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